Attendre Amour
En raison de la complexité grandissante des réseaux de salles balkanisés entre multiplexes et salles d’art et essai, à cause aussi des coûts d’acquisition astronomiques exigés par les vendeurs internationaux après le passage de leurs films dans des festivals d’envergure, enfin par la faute des distributeurs états-uniens ayant la mainmise sur le marché nord-américain, les retombées cannoises s’échelonnent sur des durées de plus en plus longues.
Habemus papam de Nanni Moretti, projeté en première mondiale à Cannes l’an dernier, vient à peine de sortir. La semaine prochaine, Poulet aux prunes, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (Persépolis), débarque enfin sur quelques écrans, plus d’un an après son décollage sur la Croisette. Comme pour mettre en évidence leur grand retard, Les Films Séville lancent en orbite la même semaine Cosmopolis, de David Cronenberg, qui vient tout juste d’y être défloré.
Au-delà des collines, prix d’interprétation féminine et prix du scénario pour son auteur, le roumain Cristian Mungiu, a été acheté aux États-Unis par Sundance Select, distributeur-boutique. Rien ne semble encore confirmé pour le Canada et le Québec. Pareil pour le nouvel opus du Mexicain Carlos Reygadas : Post tenebras lux, prix de la mise en scène, cherche encore la lumière d’un projecteur de par chez nous. Un de ceux du FNC semble tout trouvé. Pour la suite, rien n’est moins sûr. Même cas de figure pour Reality, du réalisateur de Gomorra Matteo Garrone, qui pour l’instant n’a pas trouvé preneur malgré son Grand Prix du jury. Aussi dans la balance côté français : De rouille et d’os, coup de coeur cannois ignoré au palmarès, avec Marion Cotillard dirigée par Jacques Audiard, et deux autres films qui ont divisé la critique, Holy Motors, de Leos Carax, et Vous n’avez encore rien vu, du nonagénaire Alain Resnais.
À l’exception de Mud, de Jeff Nichols, qui nous avait donné l’an dernier le fascinant Take Shelter, nous savons quand arriveront les quatre autres films américains de la compétition officielle cannoise. Moonrise Kingdom, film d’ouverture du grand fou Wes Anderson, nous sera livré encore tout mouillé de la pluie cannoise le 15 juin ; Lawless, de John Hillcoat (The Road), sur des bootleggers durant la Dépression, sortira le 29 août ; Killing Them Softly, d’Andrew Dominik, avec Brad Pitt infiltrant le monde du jeu clandestin, arrive en principe le 21 septembre. Reste On the Road, de Walter Salles, d’après le livre de Jack Kerouac, dont la date précise de livraison automnale reste à déterminer. Chose certaine, on le verra avant Amour.








