Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Casse-tête mortuaire

2 juin 2012 | André Lavoie | Cinéma
Amador est réalisé par le cinéaste espagnol Fernando Leon de Aranoa
Photo : Reposado Amador est réalisé par le cinéaste espagnol Fernando Leon de Aranoa

Amador

Réalisation et scénario : Fernando Leon de Aranoa. Avec Magaly Solier, Celso Bugallo, Fanny de Castro Pietro Sibille. Image : Ramiro Civita. Montage : Nacho Ruiz Capillas. Musique : Lucio Godoy. Espagne, 2010, 112 min.

Ils ont beau parler la même langue, les immigrants latino-américains ne semblent pas toujours accueillis à bras ouverts en Espagne. C’est du moins la perception que laisse planer le cinéaste espagnol Fernando Leon de Aranoa dans Amador.

Il ne s’agit pourtant pas d’un film sur les grandeurs et misères de l’immigration, clandestine ou pas, mais le statut précaire de l’héroïne, que la caméra traque constamment, ajoute à son malaise et explique en partie certains comportements irrationnels. Car Marcela (Magaly Solier, une interprétation en demi-teintes) en a marre de cette vie auprès d’un fleuriste de pacotille ; elle était partie sans laisser d’adresse, mais a rebroussé chemin à l’annonce d’une grossesse inespérée et inattendue. Pour payer les dettes du couple, elle accepte de s’occuper d’Amador (Celso Bugallo, une forte présence qui traverse tout le film), un vieil homme laissé seul par sa famille et avec qui elle tisse peu à peu une fine complicité.


Ce boulot, c’est en quelque sorte sa planche de salut, mais l’homme dont elle a la garde lui joue un vilain tour en mourant sans bruit, sans prévenir. Doit-elle alerter la fille du défunt, prévenir la police ? Marcela ne fera rien de tout cela car la jeune femme, qui cache sa grossesse à son conjoint tout comme la mort de son protégé, préfère s’enfoncer dans le mensonge et jouer à la protectrice d’un cadavre.


Tout pourrait devenir prétexte à des descriptions macabres ou à une apologie à peine déguisée de la nécrophilie. Le propos de Fernando Leon de Aranoa est ailleurs, s’en tenant aux états d’âme, aux dilemmes et aux impulsions de Marcela, laissant toujours à notre imagination l’état du trépassé, décédé au moment où il s’apprêtait à déposer une pièce de son casse-tête. L’image est d’ailleurs reprise à maintes occasions, symbole de la situation de plus en plus complexe dans laquelle s’enfonce cette jeune croyante, soucieuse du bien-être de l’âme du défunt, moins de l’odeur qui commence à inquiéter les voisins.


De par ses nombreux silences et une posture qui semble celle d’une femme résignée, Marcela apparaît comme une figure ambivalente, agissant par calcul, certes, mais dont la mesquinerie mêlée d’abnégation n’est pas toujours facile à décoder. Sa relation avec cet homme peu bavard mais à l’oeil aiguisé (il perçoit des choses qui échappent totalement au conjoint de Marcela) évolue au départ sans longs bavardages, et se poursuit dans un silence éloquent, jamais tristement mortuaire. Cette curieuse veillée funèbre qui n’en porte jamais le nom se fait en pleine lumière, dans un cadre aussi dépouillé que déstabilisant.
 



***
Collaborateur 
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel