Cahin-caha sur la Croisette
Pour le palmarès de demain, subsistent, on se console, quelques valeurs sûres : De rouille et d’os de Jacques Audiard, Amour de Michael Haneke, Au-delà des collines de Christian Mungiu, et l’ovni Holy Motors de Leos Carax, qui a le mérite de l’originalité. Il reste deux films à voir. En gros, la table est mise.
Nanni Moretti, le président du jury, avouait vouloir être étonné, et Holy Motors semble conçu pour combler ses voeux. Mais son équipe est forte et le consensus peut aller dans n’importe quel sens.
Ici, tous les festivaliers consultent les cotes accordées par des membres de la presse hexagonale dans Le film français aux oeuvres de la sélection officielle, et par la presse internationale dans Screen. Ça forme de petits tableaux créant une tendance, et ça vaut ce que ça vaut. Certains plombent la note, comme le critique du Figaro Éric Neuhoff, qui n’aime à peu près rien.
En gros, les Français privilégient les films d’Audiard et d’Haneke, avec un coup de coeur pour Holy Motors de Carax. La presse internationale offre ses meilleures cotes aux films de Mungiu et d’Haneke, suivis de celui d’Audiard, de La chasse de Thomas Vinterberg et de Killing Them Softly d’Andrew Dominik, plus mal reçu par la presse française.
Allons-y d’un palmarès personnel. Palme d’or : Amour de Michael Haneke. Grand Prix du jury : De rouille et d’os de Jacques Audiard. Prix de la mise en scène : Christian Mungiu pour Au-delà des collines. Prix d’interprétation masculine : Denis Lavant pour Holy Motors ou Jean-Louis Trintignant pour Amour. Prix d’interprétation féminine : Marion Cotillard pour De rouille et d’os, ou les actrices roumaines du film de Mungiu. Prix du meilleur scénario : La part des anges de Ken Loach. Prix du jury : Dans la brume de Sergei Loznitsa.
***
Dans la brume de l’Ukrainien Sergei Loznitsa, sur une veine aussi sombre et austère que celle du Roumain Mungiu, mais en moins achevé, vaut pour sa mise en scène de concentration, la structure habile de son scénario et sa respiration haletante. À travers l’histoire d’un paysan biélorusse résistant aux Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, et faussement accusé de collaboration, le film s’interroge sur la question de la culpabilité dans un monde abîmé où nul ne peut clamer son innocence. Film de fin du monde, adapté d’un roman de Vasil Bykov, en peu de mots, tout en regards et en marches dans la forêt, Dans la brume suit les destins en flash-back du présumé coupable et de ceux qui doivent l’exécuter, avec ou non des questions en tête quant au bien-fondé de leur sentence. Le son, les ombres, les gros plans, les regards disent l’aveuglement des hommes dans cette forêt chargée de symboles et d’émotion, qui nous renvoie au brouillard des dérives d’aujourd’hui.
***
Ah oui ! Le bien nommé brûlot Antisémite, réalisé et joué par l’humoriste facho français Dieudonné, a été interdit de projection au Marché du film de Cannes pour cause d’incitation à la violence. Le film, une coproduction France-Iran, a été tourné en neuf jours. Précisons qu’il n’est pas destiné au marché des salles, mais à une diffusion Internet pour les adeptes de Dieudonné. Ils sont nombreux. Ils votent aussi.
À lundi pour le palmarès !








