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Le projet Reagan

19 mai 2012 | André Lavoie | Cinéma

Battleship (v.f. : Bataille navale)

Réalisation : Peter Berg. Scénario : Erich Hoeber, Joe Hoeber. Avec Taylor Kitsch, Alexander Skarsgard, Liam Neeson, Brooklyn Decker. Image : Tobias A. Schliessler. Montage : Colby Parker Jr., Billy Rich, Paul Rubell. Musique : Steve Jablonsky. États-Unis, 2012, 130 min.

Beaucoup de films se bousculent dans notre mémoire pendant le trop long Battleship, un jouet clinquant manipulé par Peter Berg (Hancock, The Kingdom). La veine Transformers apparaît aussi évidente qu’un nez de clown, mais d’autres titres nous reviennent à l’esprit, remontant aussi loin que… Top Gun. Ne manquait plus qu’une scène où un soldat en bobettes pleure la mort de son fidèle collègue pour une illusion parfaite.

Le fracas des références, allant de Pearl Harbor à Independence Day, ne sert qu’à remplir une intrigue plus mince que la coque d’un rafiot flottant sur l’imagerie de certains jeux vidéo et d’autres plus conventionnels, dont, justement, Battleship. Comme bien des adolescents, j’ai goûté aux plaisirs de cette simulation inoffensive de combats navals, mais cette production tapageuse ne risque pas de susciter le désir de m’y replonger.


Certains voudront sans doute le faire pour prolonger les aventures d’un marin pas très discipliné, Alex (Taylor Kitsch, le degré zéro de l’intériorité), prêt à tout pour épouser Sam (Brooklyn Decker), la fille d’un puissant amiral (Liam Neeson en mode « je passe à la caisse »), qui lui ne voit rien d’édifiant en ce jeune homme. Il devra pourtant faire ses preuves lors d’une opération de routine dans l’océan Pacifique. Celle-ci vire au cauchemar après l’arrivée d’énormes vaisseaux de l’espace conduits pas des extraterrestres pas très bavards mais rapides sur la gâchette. Ils ont suivi un puissant signal envoyé par des scientifiques dans le cadre du projet Beacon, destiné à rejoindre une lointaine planète qui ressemblerait à la Terre. À voir débarquer ces « douchebags » interplanétaires, son existence apparaît crédible…


Ce qui l’est moins, c’est ce déballage excessif d’effets spéciaux tonitruants, et que la musique tout aussi tapageuse de Steve Jablonsky ne fait qu’amplifier. C’est d’ailleurs une vieille stratégie qui fonctionne encore et toujours, celle de faire beaucoup de bruit pour cacher ce rien cinématographique dont Battleship pourrait être le navire amiral. On reconnaît d’ailleurs cette vacuité à ce joli florilège de répliques (« It’s North Korean, I’m telling you », « If you can’t, who can ? ») martelant les tournants décisifs d’un récit qui au final ne va nulle part.


Est-ce que le naufrage créatif de Battleship semblait aussi évident que la menace représentée par un iceberg ? Sans aucun doute, mais c’est avec la discipline du bon soldat que Peter Berg répond à la commande, reproduisant la quincaillerie des succès du moment, pigeant dans les recettes catastrophistes de H. G. Wells depuis La guerre des mondes, faisant au passage l’apologie de la machine militaire américaine. D’ailleurs, ne ratez pas ce travelling où la caméra suit Alex arborant un t-shirt au dos duquel est inscrit le mot « Navy ». Ce matraquage propagandiste s’affiche avec tant de panache que l’on se demande si les producteurs sont au courant que la Maison-Blanche est occupée par Barack Obama. Non par Ronald Reagan.

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