La naissance du star-système
Le Musée McCord présente une exposition réhabilitant l’actrice
Mary Pickford
Musée McCord
Montréal
Jusqu’au 3 octobre 2012
Pour la sortir de l'ombre, le Musée McCord braque cet été les projecteurs sur celle qui fut surnommée «America's Sweetheart» en présentant plus de 200 pièces d’archives de la Rob Brooks Mary Pickford Collection et du Festival international du film de Toronto (TIFF).
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Son ascension et sa chute sont presque des clichés du genre. Pourtant, le parcours de Mary Pickford demeure unique. Gladys Louise Smith est née en 1892 à Toronto, où elle commence à monter sur les planches dès l’âge de six ans.
À l’adolescence, l’ambitieuse jeune fille frappe aux portes de Broadway avant d’approcher D.W. Griffith à la Biograph Company. Ce dernier l’engage, épaté par son culot dans la négociation du cachet.
« Elle avait un jeu vraiment très naturel», constate Gabriel Thibaudeau, compositeur et pianiste attitré de la Cinémathèque québécoise et spécialiste de l’accompagnement de films muets. «Dès le départ, elle a fait tellement de films avec Griffith, sans avoir trop joué au théâtre, qu’elle n’avait pas de trucs exagérés», contrairement aux mauvais plis de ses contemporains.
Femme d’affaires
Femme d’affaires déterminée dans un monde d’hommes, Mary Pickford remarque très tôt que son nom sur les marquises fait davantage retentir les tiroirs-caisses. Elle décide de produire ses propres films et devient la première femme à posséder un studio à Hollywood. En 1919, elle s’associe à D.W. Griffith, Charlie Chaplin et Douglas Fairbanks pour fonder la United Artist.
Un an plus tard, elle divorce de son conjoint pour épouser Douglas Fairbanks. Si elle est d’abord inquiète à l’idée que la décision puisse plomber sa carrière, cette relation assumée, bien au contraire, propulsera les deux comédiens au sommet de la gloire. Ils forment ainsi le premier couple hollywoodien à soulever la passion des foules, le « Brangelina » des Années folles, en quelque sorte.
L’étoile pâlit
Puis, après l’âge d’or du cinéma muet, l’étoile pâlit. Bien sûr, il y a l’avènement du parlant. Mais, plus que tout, les jeunes louves du 7e art jouent dorénavant les femmes fatales, Greta Garbo, Louise Brooks et Marlène Dietrich en première ligne. Mary Pickford, associée aux rôles de bonnes jeunes filles chrétiennes, voire d’enfants inoffensives, essaie quelques rôles plus sexués en contre-emploi, mais sans succès.
S’ensuit une période de déchéance marquée par l’alcoolisme. La page d’un magazine illustre bien cette léthargie. Sous une photo la montrant accompagnée de Shirley Temple, le titre peu flatteur clame: « Two greatests has-beens ». Elle est décédée en 1979, trois ans après avoir reçu l’Oscar honorifique.
Au-delà de sa vie, le Musée McCord montre la redoutable machine marketing et commerciale qu’elle a nourrie et sur laquelle elle a surfé. Les nombreuses affiches de ses films constituent des oeuvres d’art en soi. Celles du Danemark, de la Suède et de l’URSS, dans un style beaucoup plus moderne que les classiques illustrations nord-américaines, témoignent du rayonnement mondial qu’a eu cette vedette.
Surtout, on nous donne à voir les débuts d’une promotion et d’une publicité des plus débridées, basées sur la multiplication des produits dérivés. Cartes postales, cartes insérées dans les paquets de cigarettes, cendriers, casse-tête, cuillères et taies d’oreiller sont étampées de son joli minois.
Faire la mode
« C’était vraiment le début du star-système, donc les gens l’ont vraiment mythifiée à l’époque », dit M. Thibaudeau. Pickford donne son nom à un modèle de chapeau, puis à une gamme de produits de beauté.
« Elle faisait la mode », commente le passionné de cinéma muet. Sans compter ses apparitions dans les publicités de voitures Maxwell, quand elle n’associait pas son visage à différentes causes comme les liberty bonds durant la Première Guerre mondiale.
Pour M. Thibodeau, le clou de l’exposition réside plus noblement dans sa carte de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, dont elle est parmi les 36 fondateurs. On peut apercevoir que son numéro de membre était 3, ce qui démontre selon lui « le pouvoir de cette femme ».
Quelques scènes
Au centre de l’expo, des bancs de cinéma permettent de s’asseoir pour visionner quel ques scènes de la comédienne, mais le Musée McCord organisera dans son auditorium la projection gratuite de deux films complets dans lesquels Pickford tenait le haut de l’affiche, soit Stella Maris, le 1er juin et le 4 août, et My Best Girl, le 7 juillet et le 1er septembre.
En marge de l’exposition, à la Cinémathèque québécoise, The Poor Little Rich Girl et Sparrows seront respectivement présentés les 14 et 21 septembre.










