La mode, mode d’emploi
Girl Model
Réalisation, scénario, image et montage : David Redmon, Ahsley Sabin. Musique : Matthew Dougherty, Eric Taxier. États-Unis, 2011, 78 min.
Dans Girl Model, les documentaristes David Redmon et Ahsley Sabin auraient pu tenter de pénétrer dans ces temples sacrés de la haute couture, mais ils ont préféré des lieux plus inusités, révélant ainsi les tentacules de cette industrie. Elles sont d’ailleurs longues et puissantes, pouvant étouffer les ambitions et les illusions de bien des aspirantes.
Nous sommes d’abord parachutés au coeur de la Sibérie, première étape d’une fascinante plongée dans cet univers d’apparences, là où des dizaines d’adolescentes, certaines d’une minceur troublante, défilent en bikini devant quelques bonzes de l’industrie. Parmi eux, une femme, très belle, et dont les yeux magnifiques sont au service du marché japonais de la mode : Ashley Arbaugh, autrefois bien visible dans les pages glacées des magazines, recherche les perles rares pour ses clients nippons qui les aiment jeunes, très jeunes, filiformes et occidentales.
Parmi eux, Nadya, une beauté russe âgée de 13 ans et sur qui Ashley jette son dévolu. Pour la famille (pauvre) de l’adolescente, c’est bien sûr la joie, mais elle essaie de ne pas trop penser à la perspective de la voir partir pour Tokyo, qui n’a rien à voir avec un petit village de la Sibérie. C’est pourtant là que Nadya débarque : personne ne l’attend à l’aéroport, elle ne connaît pas un mot d’anglais, et on se demande où elle aurait abouti si l’équipe de tournage n’avait pas été là pour filmer son désarroi. Cette arrivée sera d’ailleurs à l’image de son séjour : une enfilade frustrante d’auditions, de sous promis qui ne viennent jamais et un mal du pays qui la ronge sans répit.
Pendant ce temps, dans le confort d’une demeure si grande qu’elle pourrait s’y perdre, Ashley, bien loin de sa récente découverte, crache subtilement son fiel sur ce monde qui pourtant la fait bien vivre. Des images captées par elle-même en 1999 la montre à Tokyo dans un désarroi qui pourrait se confondre avec celui de Nadya, détestant son métier au service de la beauté comme si c’était là une fatalité.
Dévastateur sans être tonitruant ou même bêtement revanchard, Girl Model expose avec intelligence de multiples enjeux liés à cette industrie, certains d’une évidence flagrante (l’obsession tyrannique de la jeunesse) et d’autres plus troublants. Qui aurait cru que les auditions de ces jeunes filles serviraient à satisfaire la perversion des pédophiles ? Et que pour celles recalées dès la première étape ou les suivantes, il y a la forte tentation de prendre le chemin de la prostitution ? Si Girl Model pouvait encourager quelques rêveuses à miser davantage sur leur beauté intérieure, ce modeste documentaire au propos percutant n’aurait pas été fait en vain.
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