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    Trois étudiants en colère… sous Duplessis

    5 mai 2012 |Odile Tremblay | Cinéma
    Bruno Meloche, Francine Laurendeau et Jean-Pierre Goyer
    Photo: ONF Bruno Meloche, Francine Laurendeau et Jean-Pierre Goyer
    On est nombreux à avoir appuyé la jeunesse étudiante debout, par-delà les gros problèmes que leur grève occasionne. Pour l’énergie de la chose, pour la chape d’inertie enfin soulevée, pour leur apprentissage de la solidarité, de l’organisation, de la stratégie acquis sur le tas, éprouvé sur le macadam.

    Avec les défis qui les attendent, du moins ne se laisseront-ils pas tondre comme des moutons. Dans notre Québec si longtemps assoupi, un vent qui souffle, ça grise ! Assez pour redonner de l’espoir. Ces étudiants auront mis en lumière l’incurie d’un gouvernement qui a laissé s’envenimer toute cette crise. Pas fameux, les casseurs cagoulards, mais dans cette affaire, qui d’eux ou du premier ministre aura avancé vraiment masqué ?


    En écho aux manifestations des carrés rouges, reste à déterrer les racines des mouvements étudiants au Québec. Car des précurseurs à nos manifestants ont existé, avant même la Révolution tranquille. Voyons voir !


    Un documentaire de Jean-Claude Labrecque, L’histoire des trois, tourné en 1990, reprend l’affiche au cinéma du Parc aujourd’hui et demain, en guise d’aide-mémoire, invitant à tisser un tas de parallèles. Le Québec, en plus de 50 ans, a viré cul par-dessus tête, soit, mais parfois, c’est bien pour dire, on s’y croirait encore.


    Le film nous replonge en 1958, avec de précieux documents d’archives et des interviews plus récentes à l’appui. Trois étudiants de l’Université de Montréal dans la vingtaine : Francine Laurendeau (notre ancienne critique de cinéma), Bruno Meloche (plus tard avocat) et Jean-Pierre Goyer (qui deviendra ministre sous Trudeau) avaient été mandatés par leur assemblée, au lendemain de grèves étudiantes dans les universités du Québec, pour livrer leurs griefs au premier ministre Maurice Duplessis. Ils réclamaient l’abolition des droits de scolarité afin de rendre l’enseignement supérieur accessible à tous. Transplantées dans la vieille rue Couillard durant trois mois, jour après jour, nos trois colombes allaient faire antichambre auprès du Chef, qui n’accepta jamais de les rencontrer. Faut dire qu’il regardait l’éducation de travers, Duplessis. Des Québécois instruits lui semblaient beaucoup moins malléables qu’un troupeau d’ignorants. « Pas de temps à perdre ! », disait-il en évinçant ces jeunots, toisés de haut. Jean Charest, qui envoya tant de fins de non-recevoir aux leaders étudiants, a de qui tenir…


    Jean-Claude Labrecque est le compagnon de Francine Laurendeau. Il me raconte avoir découvert lors d’un déménagement les scrap books d’un frère de Francine qui avait collé des coupures de presse, des photos, etc., de cette aventure. Elle était la fille d’André Laurendeau, rédacteur en chef du Devoir, lequel appuyait les étudiants ; mais ça compliquait leurs rapports filiaux. Tout ça passionna le cinéaste, qui trouva des images à Radio-Canada et ailleurs pour ressusciter ladite mission.


    Dans son film de 1990, il fait reprendre aux trois ex-contestataires le même train Montréal-Québec en compagnie du journaliste Guy Lamarche du Devoir, qui avait couvert leurs revendications à l’époque. Celui-ci se sentait de plain-pied avec les étudiants, partageant leur rêve de bouter Duplessis hors du trône.


    Ces étudiants-là se battaient en 1958 en un temps où seuls les élèves dont les parents avaient les moyens de payer (mis à part certains boursiers) pouvaient faire leur cours classique, seul Sésame pour l’université. Le clergé demeurait omniprésent en matière d’éducation. Bien des livres étaient à l’index. Des étoiles brillaient dans la Grande Noirceur, mais pour pas grand monde.


    À regarder dans le film le trio estudiantin repoussé par Duplessis, on croit voir en filigrane nos trois leaders étudiants. Sauf qu’à l’époque, il était presque osé d’inclure une fille dans le trio, tellement les femmes constituaient des citoyennes de seconde zone. On voit la Francine de 20 ans donner à la télé un petit exposé féministe pas piqué des vers. Mais les médias étaient pas mal moins présents qu’aujourd’hui. Quant au combat pour la gratuité des droits de scolarité, il demeure, plus de 50 ans plus tard, toujours d’actualité, comme la CLASSE le démontre. De fait, c’est bien pour dire…


    Ah oui ! les trois étudiants de 1958 avaient perdu leur année scolaire, mais l’expérience a changé leur vie…

    ***

    Je suis allée faire un tour cette semaine dans la rue Parthenais. Dans le quartier ouvrier de Sainte-Marie, ça se développe comme pôle culturel. D’anciennes usines de textile sont transformées en ateliers d’artistes. Remarquez, d’un côté, on se désole, à cause du secteur manufacturier grugé par la mondialisation. De l’autre, ça crée de l’effervescence dans le quartier, ça fait vivre les commerces des alentours. Et le Montréal culturel sort de ses ghettos consacrés. J’ai visité des ateliers d’artistes, en peinture, en mode dans l’édifice Grover. Les bâtiments industriels offrent toujours des espaces magnifiques. La Virée des ateliers, du 10 au 13 mai, y accueille le grand public. Ça vaut la peine de s’y pointer, pour les œuvres, pour l’ambiance, pour les artistes qui vous reçoivent, pour la ville en mutation appelée à devenir de plus en plus culturelle dans son bond vers l’avenir. Leçon de choses et plaisir des yeux.

     
     
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