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Le Pulitzer au critique du Boston Globe

20 avril 2012 | Martin Bilodeau | Cinéma
Les critiques de cinéma disparaissent peu à peu des salles de rédaction des quotidiens américains, où la saignée ne fait que commencer. Le commentaire intelligent, éclairé et instruit sur le 7e art perd du terrain dans l'imprimé, pour aller se marginaliser dans Internet. Autres temps, autres mœurs. Toutefois, je suis de ceux qui croient qu'une hiérarchie d'information naturelle est en train de se créer sur la Toile, en réaction directe avec la mort annoncée, et amorcée, du modèle de la gratuité absolue pour tous.

Ce préambule pour vous dire que, dans le contexte difficile et incertain actuel, le prix Pulitzer remis cette semaine au rédacteur de cinéma du Boston Globe Wesley Morris, dans la catégorie récompensant la critique, est un signe encourageant. La preuve qu'il y a encore de l'espace, dans les médias américains, pour des journalistes qui font une lecture éclairée des oeuvres de cinéma, et qui sont capables, comme c'est le cas de Morris, d'élever celles-ci au niveau du regard des lecteurs. Dans son intitulé, le jury a d'ailleurs tenu à signaler qu'il récompensait Morris pour «la précision de sa prose faisant le pont entre le cinéma d'art et essai et le cinéma populaire».

Dans son discours de remerciement, le critique a parlé de l'élasticité du média cinéma, capable d'englober les gens, la vie, les idées et les arts. «Ils [les films] peuvent tout contenir, supporter tout, nous faire ressentir n'importe quoi. D'autres formes d'art y parviennent aussi, mais le cinéma est le seul à être capable d'incorporer les autres à la sienne.»

Âgé de 36 ans, ce diplômé en lettres et en cinéma de l'Université Yale a reçu le Pulitzer pour un bouquet de textes parus dans le Boston Globe durant l'année 2011, et dont la pièce de résistance n'est autre que sa critique passionnante, nuancée et très inspirante pour le critique que je suis du film The Help (La couleur des sentiments). «On peut aimer ce film, le laisser nous faire rire et pleurer, tout en se demandant pourquoi nous sentons encore le besoin aujourd'hui de produire une comédie dramatique, certes sincère, sur des gouvernantes noires travaillant pour des patronnes blanches dans le Mississippi de 1962 et 1963», fait remarquer le critique afro-américain dans son texte accessible sur la Toile. «Ce film, poursuit-il, est trop pieux pour être une farce et trop désireux de plaire pour être à même d'analyser de façon convaincante les atrocités raciales qui ont été commises dans le Sud profond de l'époque.»

Son texte, composé d'environ huit feuillets (une longueur antédiluvienne pour un quotidien québécois), fait une analyse serrée et personnelle du film et interroge, comme toute bonne critique devrait le faire dans ce contexte, le sens caché du film. Par exemple, parlant de l'essai écrit par Skeeter, la jeune héroïne blanche du film campée par Emma Stone, Morris fait remarquer que celui-ci a pour but de la libérer elle, tout autant que les servantes dont elle retrace l'histoire. «The Help ratisse large, de To Kill a Mockingbird à The Blind Side; mais comme tous les autres films hollywoodiens avant lui, l'avancement de la cause raciale reste le territoire des Blancs bienfaisants. [...] Le film renforce des images de cinéma connues. Les garçons blancs ont toujours été des Capitaine America. Les femmes noires, d'une façon comme d'une autre, ont toujours été des servantes.»

Je ne connaissais Wesley Morris que de nom avant cette semaine. Il peut désormais me compter parmi ses lecteurs assidus. Ses articles paraissent sur le site du Boston Globe. Payant, le site. Mais le bouquet d'articles grâce auquel il a remporté le Pulitzer est accessible à tous à cette adresse: www.boston.com/news/specials/pulitzer2012/

***
Cette chronique fera relâche la semaine prochaine.
 
 
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