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    Quand le corps se tait

    24 mars 2012 |André Lavoie | Cinéma
    Photo: Rapide blanc distribution
    On ne mourra pas d'en parler
    Réalisation et scénario: Violette Daneau. Image: Philippe Lavalette. Montage: France Pilon. Musique: Robert Marcel Lepage. Canada, 2012, 92 min.
    Un adage s'efface peu à peu dans nos sociétés aseptisées: la mort, ça fait partie de la vie. En effet, la mort semble un obstacle à notre course effrénée au succès, à la performance, à une jeunesse... éternelle. Comme quoi nous ne manquons pas de contradictions.

    Violette Daneau s'insurge contre cette négation souvent jugée néfaste à notre mieux-être collectif et individuel; cette façon d'expédier les rituels funéraires, de faire de la fin de la vie un immense tabou, très peu pour elle. Pour son premier documentaire et à l'aube de la soixantaine, cette conceptrice visuelle est partie à la rencontre de gens qui ne font qu'une seule et même chose: voir la mort en face.

    Dans On ne mourra pas d'en parler, l'heure est à la lucidité, pour la cinéaste comme pour ses nombreux interlocuteurs, tous d'une grande éloquence sur ce moment charnière dont les multiples expressions reflètent autant les valeurs de chaque individu que celles du milieu qui l'a vu grandir. Les déclinaisons peuvent parfois surprendre, comme ce rituel espagnol où les vivants s'installent dans un cercueil à la suite d'une faveur obtenue, ou la pratique de la toilette funéraire enseignée par une mère toujours en deuil de sa fille de sept ans, morte dans un tragique accident de voiture.

    Ces gestes d'apprivoisement face au grand trou noir ou au seuil de l'au-delà — encore là, les conceptions varient selon les protagonistes — sont expliqués avec conviction et moult images signifiantes, comme celles du conteur Michel Faubert ou du sociologue suisse Bernard Crettaz. Celui-ci se fait d'ailleurs persuasif sur la nécessité des rencontres festives après les funérailles, car la mort disloque les communautés... mais les bons repas les ressoudent!

    D'autres se font plus prosaïques, comme le Dr Yves Quenneville, un des pionniers des soins palliatifs au Québec, qui voit la mort dans toute sa banalité, tandis que Francine Moquin, infirmière pendant 15 ans auprès des mourants, se retrouve dans le même lit que celles et ceux qu'elle a accompagnés. Cruelle ironie pour une femme qui a vu la mort de près, et qui la côtoie maintenant dans sa propre chair.

    Toutes ces confidences sont entrecoupées d'illustrations stylisées de témoignages anonymes, et des propos de la cinéaste dont la quête semble parfois laborieuse et qui nous en livre tous les détails (doutes, troubles de santé, confidences sur son enfance difficile, deuils successifs, etc.). Ses motivations, multiples et rarement explicites, constituent parfois le maillon faible de cette méditation par ailleurs essentielle, stimulante, surprenante, jamais drapée d'un noir qui sape toute forme de sagesse ou d'espoir.

    ***

    Collaborateur du Devoir













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