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Des Oscar aux couleurs bleu, blanc, rouge

La France serre les rangs derrière The Artist, les Québécois appuient dans sa catégorie Monsieur Lazhar, les Américains se célèbrent eux-mêmes en laissant cette fois une place à d'autres. Car c'est The Artist qui domine la course.

Odile Tremblay   25 février 2012  Cinéma
Le réalisateur de Monsieur Lazhar, Philippe Falardeau, a rencontré la presse hier à Hollywood.<br />
Photo : Agence Reuters
Le réalisateur de Monsieur Lazhar, Philippe Falardeau, a rencontré la presse hier à Hollywood.
Le Gala des 84e Oscar animé dimanche par Billy Crystal, vieux pro du périlleux exercice, pour la neuvième fois à la barre, demain dans un Kodak Theater rebaptisé Hollywood & Highland Center, ne prétend pas réinventer la roue: des blagues de bon aloi, de la paillette. En prime: la performance du Cirque du Soleil avec 50 artistes en piste.

Mais côté palmarès, on parle déjà d'une édition à marquer d'une pierre blanche. La marche triomphale de The Artist de Michel Hazanavicius, en route vers les sommets, crée le cru historique. Tout indique que le film en noir et blanc, succulent — mais qui n'avait pas soulevé de raz-de-marée à Cannes —fort bien interprété par Jean Dujardin, Bérénice Bejo et le chien Uggie, sortira grand vainqueur de la cérémonie: meilleur film, meilleure réalisation, meilleur acteur (Dujardin, à moins que Clooney...), meilleur montage, meilleure musique, peut-être meilleure actrice secondaire (Bejo), etc. Dominant la course, comme aux César hier.

Ça prenait quand même une oeuvre muette, tournée à Hollywood, célébrant la gloire de l'âge d'or du cinéma américain, au titre anglais, pour faire oublier les origines hexagonales de The Artist dans le ventre de la bête hollywoodienne. Allez, les bleus!

Si le charmant Hugo de Scorsese, avec sa remarquable utilisation du 3D et son coup de chapeau au cinéma de Méliès, domine le nombre de nominations (11 contre 10 pour The Artist), on peut craindre qu'il ne récolte que des prix techniques.

The Descendants d'Alexander Payne, chronique familiale hawaïenne, entre rires et larmes, est un concurrent plus solide. Le grand cinéaste Terrence Malick, qui livrait le film américain le plus ambitieux de la cuvée avec The Tree of Life (Palme d'or à Cannes), n'est, hélas! pas des favoris pour les gros lauriers. La comédie éclatée Midnight in Paris de Woody Allen non plus, qui pourrait se contenter du prix du meilleur scénario. War Horse de Steven Spielberg est trop pétri de clichés pour monter bien haut au palmarès, et ses six nominations ne font que mettre en lumière l'absence de son Tintin dans la catégorie du meilleur long métrage d'animation. The Help de Tate Taylor vaut surtout par son sujet, lutte contre le racisme à Jackson, Mississippi, avec héroïnes noires.

Cette cuvée s'offre des airs de nostalgie. Tant Hugo que The Artist, War Horse, Midnight in Paris, The Help s'accrochent à un passé plus ou moins lointain. La ville en vedette cette année: Paris, autant dans Hugo et Midnight in Paris que dans la charmante animation française Une vie de chat, en lice pour le meilleur film d'animation.

Back at the ranch


Bien évidemment, au Québec, on surveillera de près le parcours de Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, un des cinq films retenus pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Oui, il peut l'emporter, non seulement pour sa luminosité, sa concision et l'intérêt des questions soulevées sur la mort et l'éducation, mais aussi parce qu'il est simple et émouvant. Or les membres de l'Academy, souvent vieillissants et conservateurs, n'aiment pas trop se creuser le coco, en général... En tout cas, le réseau américain CNN prédisait vendredi, par la voix du chroniqueur Tom Charity, la victoire à Monsieur Lazhar.

Sauf qu'au fil des éditions des Oscar, les observateurs du milieu se pendent en général avec la corde de leurs prédictions. Ça ne se joue pas vraiment au mérite. En témoignait en 2010 la déroute d'Un prophète de Jacques Audiard, aux mains du plus facile Dans ses yeux de l'Argentin Juan José Campanella. Les exemples d'injustices sont légion.

Les concurrents de Monsieur Lazhar ont tous des atouts. A Separation de l'Iranien Asghar Farhadi, primé partout, part favori. Son scénario est bétonné (il mériterait le laurier dans cette section), mais l'Iran n'a guère la cote en Amérique, ça peut nuire.

Car ces prix ont souvent des résonances politiques. Les films sur la Shoah comme In Darkness de la Polonaise Agnieszka Holland — pour la troisième fois en nomination dans cette catégorie — ont généralement la cote. Footnote de l'Israélien Joseph Cedar (prix de scénario à Cannes), incursion dans le féroce milieu universitaire de Jérusalem, manque d'ampleur, mais plusieurs votants sont en lien avec Israël, et, veut, veut pas, ça joue. Bulhead du Belge MIchael Roskam (pas vu celui-là, mais tout le monde en dit grand bien), serait un peu trop déjanté pour rafler un Oscar.

Au finish, ça devient une sorte de loterie à l'issue incertaine. Chacun se tient derrière son champion national, et Inch Allah!

Acteurs


Du côté des acteurs, Jean Dujardin, la star déchue de The Artist, devrait rafler la statuette comme à Cannes, mais la concurrence est féroce. Surtout celle de George Clooney, qui tenait son rôle le plus nuancé dans The Descendants d'Alexander Payne, ainsi que de Brad Pitt, fort convaincant dans Moneyball en agent sportif.

Dans la catégorie de la meilleure actrice, Meryl Streep, 17 fois en nomination aux Oscar (un record) pour 2 victoires, domine le peloton avec sa prestation éblouissante de Margaret Thatcher dans The Iron Lady. Mais elle devra sans doute s'incliner au profit de Viola Davis, très bien dans The Help, sans aller à la cheville de Meryl Streep ni à celle de Rooney Mara, la sensible Lisbeth de The Girl with the Dragon Tattoo.

Meilleur acteur de soutien: sans doute Christopher Plummer en homosexuel sur le retour dans Beginners, mais on souhaiterait au tout jeune Jonah Hill de l'emporter en as des statistiques dans Moneyball. Bérénice Bejo, si ardente dans The Artist au titre de meilleure actrice de soutien, primée aux Césars, subit la concurrence d'Octavia Spencer dans The Help, film vanté pour ses interprètes.

Au meilleur scénario original: sans doute Midnight in Paris de Woody Allen, mais on espère Asghar Farhadi pour A Separation, à moins que le vent de The Artist ne balaie tout. Meilleur scénario adapté: The Descendants ou le complexe Tinker Tailor Soldier Spy (La taupe).

Le laurier du meilleur film d'animation ira sans doute à Rango de Gore Verbinski, aventures d'un caméléon en crise existentielle. On souhaite celui du meilleur documentaire à Pina de Wim Wenders et Gian-Piero Ringel. Facile, quand on n'a pas vu les concurrents... Et meilleure chance à l'ONF avec Dimanche de Patrick Doyon et Wild Life d'Amanda Forbis et Wendy Tilby, en lice pour le meilleur court métrage d'animation! On croise les doigts! Vivement dimanche!
 
 
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  • Mylène Bergeron Nature Québec - Abonnée
    25 février 2012 08 h 31
    Brad Pitt, directeur gérant
    Brad Pitt n'était pas agent sportif, ça c'est le type qui négocie pour les joueurs mais bien directeur gérant. Mais je vous pardonne Odile! ;-)
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  • Jean Baillargeon - Abonné
    25 février 2012 11 h 40
    Et voilà que madame Odile adopte...
    J'adore la plume de madame Tremblay. J'ai un énorme respect pour sa fabuleuse culture cinématographique et la grande intelligence qu'elle dirige sur tous les films qu'elle critique. Mais dans ce dernier papier elle utilise une expression très «française». «Au finish» dit-elle pour ouvrir la dernière phrase du paragraphe qui ferme le propos intitulé «back at the ranch».

    Dommage. Alors qu'elle fait toujours la preuve qu'elle possède un large vocabulaire, pour notre grand plaisir de lecteur, il faut peut-être constater ici qu'elle est sur le point de succomber à cette malheureuse habitude de nos amis de l'Hexagone de foutre de l'anglais partourt. J'espère que non.

    Je continuerai de la lire avec plaisir tout de même parce que sa lecture est riche et m'apprend toujours beaucoup. Mais j'aurai un pincement au coeur quand ces dérives réapparaïtront sous sa plume.
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  • Claude Simard Claude Simard - Abonné
    25 février 2012 17 h 10
    i love Odile
    Moi j'aime mieux supporter l'anglais dans les textes d'Odile au Devoir que de lire Ellen Degeneres en traduction sur le Huffingyon Podt Version Quewbec....
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