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    Rebelle passe la rampe

    18 février 2012 |Martin Bilodeau, Le Devoir | Cinéma
    Le cinéaste Kim Nguyen et la vedette du film Rebelle, Rachel Mwanza, qui a reçu des applaudissements chaleureux de la foule.<br />
    Photo: Agence Reuters Morris Mac Matzen Le cinéaste Kim Nguyen et la vedette du film Rebelle, Rachel Mwanza, qui a reçu des applaudissements chaleureux de la foule.
    Dernière heure: La jeune comédienne congolaise Rachel Mwanza vient aujourd'hui de décrocher l'Ours d'argent de la meilleure interprétation féminine au Festival international du film de Berlin, pour son rôle de Komona dans le film Rebelle du Québécois Kim Nguyen. - Le Devoir


    Le Devoir à Berlin - Dernier long métrage de la compétition officielle, Rebelle de Kim Nguyen a été accueilli hier comme une bonne nouvelle, tant par la presse que le public. Celui-ci lui a réservé des applaudissements nourris lors de la première mondiale en fin d'après-midi au Berlinale Palast, avant de se déverser à la place Marlene Dietrich où s'étaient massés des jeunes filles attendant le passage sur le tapis rouge de leur idole Robert Pattinson, venu présenter Bel ami hors concours. Beau contraste. Revenons un instant à l'intérieur, où la jeune Rachel Mwanza, foudroyante de vérité dans ce drame terrible et lumineux, a reçu les applaudissements les plus chaleureux de la foule. On lui souhaite un prix d'interprétation féminine.

    Un peu plus tôt dans la journée, cette jeune Congolaise, analphabète avant le tournage, a raconté aux journalistes réunis en conférence de presse la longue séquence de malchances et de sévices qu'elle a vécus, grâce auxquels elle a pu s'identifier à l'enfant-soldate orpheline que Nguyen lui a offert de camper. Le personnage s'appelle Komona, et elle a 12 ans quand les rebelles du Grand Tigre royal viennent l'arracher à son village pour l'emmener combattre dans la jungle. Nous sommes dans un pays anonyme d'Afrique noire en pleine guerre civile. Grâce à ses visions prophétiques, qui lui permettent de repérer les soldats du gouvernement avant qu'ils donnent l'assaut, Komona obtient un statut particulier de sorcière, ainsi que la protection d'un enfant albinos qui va tomber amoureux d'elle.

    Le récit est un long flash-back illustrant les propos contenus dans la lettre lue en voix hors champ par l'héroïne, une lettre à sa fille qui va naître et qui s'ouvre sur des paroles terribles: «Je ne sais pas si le Bon Dieu va me donner assez de force pour t'aimer.» Des chapitres (12 ans, 13 ans) procurent quelques repères chronologiques au scénario qui faiblit légèrement en son milieu, pour mieux reprendre son souffle au dernier acte.

    Nguyen a ingéré une somme colossale d'information sur le phénomène des enfants-soldats en Afrique. L'endoctrinement, l'anesthésie morale, l'adrénaline à la «kalach», le sentiment de puissance, la hiérarchie, les superstitions, la magie noire, il a tout assimilé. Pour mieux s'en libérer. Son film dit tout sans effort, va au coeur de la vérité des situations et des personnages, là où le spectateur qui s'en donne la peine trouvera prise.

    Par ailleurs, la force de Rebelle repose sur cette quête d'innocence contenue dans le regard de Nguyen qui se matérialise à l'écran par une vérité brute, sans filtre, objective à faire peur: «J'ai voulu faire ce film avec le regard d'un enfant de 14 ans», a dit le cinéaste au cours de sa conférence de presse étonnamment courue pour un premier long métrage, qui plus est à la onzième heure du festival. Pari relevé: la caméra à l'épaule happe les visages, morcelle les corps, avec une hâte juvénile. Le mouvement et le balancement du temps s'impriment dans l'image par les déplacements des acteurs et les articulations du montage souple de Richard Comeau, tandis que la ponctuation musicale (de reggae angolais des années 1970) déstabilise, torture la réalité montrée. Rebelle est un objet de beauté, de chaos et de paradoxes, qui mérite une place au palmarès qui sera annoncé demain soir par le président du jury, Mike Leigh.

    À l'heure des pronostics, je parie sur la présence, assez haute au tableau, des frères Taviani, qui ont conquis le festival samedi dernier avec César doit mourir. Un prix d'interprétation pour l'ensemble de sa distribution composée de détenus d'une prison à sécurité maximale serait audacieux, même souhaitable. Parmi les autres poulains de tête, on note la remarquable contribution de la Hongrie avec Just the Wind, sur le sort des Roms, ainsi que Meteora, histoire d'amour entre un moine et une nonne sur fond d'abîme grec, ainsi que Captive, du Philippin Brillante Mendoza. Ce dernier a divisé la critique (tout comme Postcards from the Zoo de l'Indonésien Edwin), mais il y a consensus sur la performance de sa vedette, Isabelle Huppert. Enfin, la contribution la plus sérieuse de l'Allemagne, Barbara, campé en ex-RDA, fait ici l'objet d'une rumeur favorable que j'ai du mal à m'expliquer. Qui vivra verra.


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