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Cinéma - Carolle Brabant, femme d'influence

La perception du cinéma canadien doit changer, dit la directrice de Téléfilm Canada, à qui Hollywood Reporter a rendu hommage

Martin Bilodeau   14 février 2012  Cinéma
Pour Carolle Brabant, le succès cinéma canadien ne se mesure pas seulement à l’aune du box-office.<br />
Photo : Source: Téléfilm Canada
Pour Carolle Brabant, le succès cinéma canadien ne se mesure pas seulement à l’aune du box-office.
Élue en décembre parmi les 13 femmes les plus influentes au monde dans le domaine du cinéma par le prestigieux magazine Hollywood Reporter, la directrice générale de Téléfilm Canada, Carolle Brabant, de passage à la Berlinale, dresse le bilan de deux années de mandat. Le point avec une femme de parole qui a la bosse des mathématiques.

Le Devoir à Berlin — Comptable agréée de formation, Carolle Brabant a eu la tête dans les chiffres de Téléfilm Canada pendant vingt ans. Nommée en 2010 au poste de directrice générale de l'institution publique fédérale, elle a maintenant les yeux ouverts sur le monde. Je l'attrape à Berlin, où elle fait tourner à plein régime le principal moteur de sa gouvernance: la promotion à l'international du cinéma canadien.

«Par le passé, nous avons beaucoup mis l'accent sur le développement des contenus, m'explique Carolle Brabant, attablée dans un café au rez-de-chaussée de son hôtel. Dans mon langage de comptable, on a beaucoup travaillé sur l'offre. Mais on n'a pas travaillé aussi activement sur la promotion, sur la façon de maximiser la demande ici et à l'étranger, et ce, sur toutes les plateformes.»

Carolle Brabant entend donc tirer le meilleur parti de la présence de plusieurs de films de chez nous à la Berlinale, dont Rebelle, de Kim Nguyen, en compétition officielle. Elle est bien consciente que le succès récent à l'étranger d'oeuvres de chez nous fait en sorte que le monde entier nous regarde. Son objectif, c'est de soutenir ce regard. Il faut pour cela des politiques plus flexibles, à tous les stades. Elle prône la réduction de la paperasse et la maximisation de chaque dollar dépensé, prévoit rénover l'ensemble des programmes dans la prochaine année, pense même en fusionner quelques-uns. Elle écoute le milieu, rencontre tous les gens qui réclament une audience, délègue et fait confiance à son équipe composée de 210 personnes.

Ne lui demandez pas de lire un scénario: «On a des gens qualifiés qui font ce travail à Téléfilm», répond cette lectrice avide, née à Montréal et venant du milieu de la finance. Pleine d'appréhension, l'industrie s'attendait à une bureaucrate. Il a découvert au contraire une personne curieuse, à l'écoute, de bon conseil. Sa force? «Je ne suis pas menaçante, dit-elle avec un certain humour. Lorsqu'ils te connaissent, les gens mettent la barre haute.» Avec elle, point de ce genre d'attentes. Considérés dès le départ comme des leaders plus naturels, ses prédécesseurs — Richard Stursberg, qui a présidé à la création des enveloppes à la performance, et Wayne Clarkson — souffrent aujourd'hui de la comparaison.

Carolle Brabant, 59 ans, se défend toutefois d'être en rupture avec ces gens qu'elle a côtoyés de près, pense que les politiques adoptées ou observées par eux ont permis d'éclairer le tableau sur lequel elle écrit aujourd'hui son bout d'histoire, notamment en ce qui a trait au calcul du succès par le box-office. «Il y a dix ans, c'était quand même assez nouveau d'arriver avec des [paramètres] mesurables pour les industries culturelles, rappelle-t-elle. Mais c'est probablement parce qu'on les a eus qu'on est capables aujourd'hui de savoir qu'ils n'étaient pas appropriés. [...] Car lorsqu'on mesure le succès uniquement à la lumière du box-office, tout ce qu'on se trouve à dire, la plupart du temps, c'est qu'on n'a pas réussi.»

Des succès

Au jeu d'essai-erreur, Carolle Brabant n'a pas encore gagné sur toute la ligne, les fruits de ses politiques n'étant pas tous mûrs, mais l'hommage du Hollywood Reporter signifie à ses yeux «une reconnaissance de notre présence et du travail de promotion que nous avons fait sur la scène internationale». Sur le plan national aussi, les succès populaires récents de films tels que Monsieur Lazhar et Incendies confirment que son intuition est juste. «Je ne pense pas que le star-système assure le succès du cinéma québécois. C'est plutôt sa présence, dans la continuité, et ce qu'il faut qu'on arrive à recréer à la grandeur du Canada».

Car, à ses yeux, l'échec du cinéma canadien sur son propre territoire est le produit d'un malentendu. «Seulement 50 % des Canadiens pensent qu'il est important d'avoir du contenu canadien sur nos écrans. Seulement un Canadien sur trois pense que nos contenus sont aussi bons que ceux qui viennent de l'étranger. Je trouve ça épouvantable. Il faut faire changer cette perception et, pour y arriver, il faut convaincre les gens, un après l'autre. Un éléphant, ça se mange une bouchée à la fois».

Le cinéma canadien n'est peut-être pas premier de classe chez lui, mais il voyage, rayonne, étonne. «Ce n'est pas par chauvinisme que je vous dis que nous avons du bon contenu. Je peux facilement vous nommer dix réalisateurs canadiens qui ont fait leur marque sur la scène nationale et internationale dans les deux dernières années. Nous venons d'avoir deux films sélectionnés dans le top 5 aux Oscar. Berlin présente un bon cru de nos films. Bref, il y a beaucoup de choses qui se passent, beaucoup d'effervescence. Mais on dirait que cette information ne revient pas au Canada», déplore-t-elle.

Parmi les remèdes au problème, Carolle Brabant a demandé que soient organisées des conférences de presse téléphoniques avec les créateurs qui brillent à l'étranger. Kim Nguyen en donnera une vendredi, Philippe Falardeau en donnera durant son séjour à Los Angeles pour la cérémonie des Oscar. Elle favorise une approche auprès des médias locaux, de proximité, surtout dans le Canada anglais, où ces journaux ont un impact et sont lus, dit-elle, par les parlementaires. Les projections ponctuelles des nouveaux films devant la classe politique d'Ottawa font également partie des stratégies visant à créer un contact entre les décideurs et les décisions.

***

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  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit
    14 février 2012 08 h 05
    Ô Canada!
    Madame Brabant devrait analyser les données sur les habitudes culturelles. Les Canadians regardent, d'abord et essentiellement, la télé américaine et les films américains. Telle est l'étendue et la portée de leur culture. Le reste, c'est ce qui vient du Québec.

    Desrosiers
    Val David
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