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Extrêmement Close

Martin Bilodeau   4 février 2012  Cinéma

À retenir

    Albert Nobbs
    De Rodrigo Garcia. Avec Glenn Close, Mia Wasikowska, Janet McTeer, Aaron Johnson, Jonathan Rhys Meyers, Brendan Gleeson. Scénario: John Banville, Gabriella Prekop, Glenn Close, d'après la nouvelle de George Moore. Image: Michael McDonough. Montage: Steven Weisberg. Musique: Brian Byrne. Irlande-Grande-Bretagne, 2011, 113 minutes.
L'actrice Glenn Close porte à bout de bras depuis plusieurs décennies ce projet inspiré de la pièce de théâtre éponyme dans laquelle elle a joué à Broadway en 1982, laquelle était tirée d'une nouvelle de l'Irlandais George Moore. Elle est ici actrice, productrice, coscénariste. Albert Nobbs est donc une œuvre extrêmement Close, son Yentl à elle toute seule. Et juste pour ça, on a envie d'être indulgent.

L'Académie américaine l'a été, puisqu'elle a mis Glenn Close en lice pour l'Oscar de la meilleure actrice, soulignant sa détermination davantage que son interprétation, un peu trop figée dans ce film un peu trop guindé dont la mise en scène a été confiée à Rodrigo Garcia (Mother and Child), bien connu pour son travail dans des téléséries haut de gamme (In Treatment, Six Feet Under, Carnivale).

Sous son costume de majordome, Albert Nobbs est une femme. Mais dans l'hôtel de Dublin où elle travaille (nous sommes en 1898), tout le monde l'ignore. Le spectateur doit quant à lui faire un sérieux acte de foi pour y croire: Close est une actrice petit format qu'il ne suffit pas d'enlaidir pour la rendre androgyne. Acte de foi, donc. Et pas n'importe lequel: Barbra Streisand était plus crédible en garçon dans Yentl, Julie Andrews plus convaincante en baron déchu dans Victor/Victoria. C'est dire.

Nobbs est un petit individu secret, un brin séraphin, qui passe ses journées à servir les clients de l'hôtel Vieille-Europe sous un imperturbable masque de cire, et qui le soir venu compile ses économies avant de s'endormir en rêvant à sa future petite échoppe. Son monde bascule lorsque dans sa chambre fait irruption M. Page, un peintre qui découvre son secret au détour d'un revirement absurde et qui se révèle être lui-même... une femme. Plus émancipée sous le déguisement, plus audacieuse, cette dernière, magnifiquement campée par la brillante Janet McTeer, est allée jusqu'à se marier. Cette découverte a pour effet de décloisonner l'horizon de Nobbs et de l'amener à faire la cour à une fille de chambre (Mia Wasikowska) amoureuse d'un jeune ouvrier (Aaron Johnson) qui exploite la situation.

Cette héroïne tragique emmurée dans son secret manque curieusement de mystère. Et pour cause: afin de communiquer sa pensée au spectateur, les scénaristes la font dire à voix haute ce que son silence aurait tout aussi bien pu suggérer. De fait, Albert Nobbs est une de ces raretés de films dont on mesure continuellement le fossé entre ce qu'il est et ce qu'il aurait pu être. C'est-à-dire une oeuvre plus folle et plus rugueuse, à la hauteur du climat de décadence suggéré au détour d'une scène de bal masqué où un riche client homosexuel de l'hôtel (Jonathan Rhys Meyer, purement décoratif) se pavane dans une robe Empire.

On se surprend à imaginer ce que le regretté Ken Russell aurait fait d'un sujet pareil. Ou ce qu'un parti pris moins réaliste et moins conventionnel dans le traitement aurait permis d'exprimer. Or, entre l'authenticité du décor et l'invraisemblance du personnage, quelque chose se perd. Du reste, Garcia n'a pas le contrôle absolu du matériau et ça se sent. Sa mise en scène compassée slalome entre les meubles, à la suite d'une Glenn Close dont l'engagement absolu pour le rôle fascine, mais dont la silhouette semble avoir été découpée dans un tableau de Magritte.

À 64 ans, cette actrice d'exception, sous-exploitée par le cinéma américain qui l'a cantonnée dans des rôles de vilaine (de la maîtresse meurtrière de Fatal Attraction à Cruella DeVil), cherche à donner à sa carrière un second souffle. Si Albert Nobbs et sa nomination à l'Oscar permettent au moins cela, on ne peut qu'être pour.

***

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