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Cinéma - Le rose et le noir

François Lévesque   4 février 2012  Cinéma
Une scène du documentaire L’industrie du ruban rose, de Léa Pool <br />
Photo : Source: ONF
Une scène du documentaire L’industrie du ruban rose, de Léa Pool

À retenir

    L'industrie du ruban rose (v. s.-t.f. de Pink Ribbon inc.)
    Réalisation: Léa Pool. Scénario: L. Pool, Nancy Guérin, Patricia Kearns. Photo: Sylvaine Dufaux, Daniel Jobin, Nathalie Moliavko-Visotzky. Montage: Oana Suteu. Canada, 2011, 98 min.
On a commencé à parler il y a deux semaines du documentaire L'industrie du ruban rose, dans lequel la cinéaste Léa Pool expose comment le symbole de la lutte contre le cancer du sein est devenu, justement, une industrie. Les réactions ont afflué à la mesure de l'importance du sujet.

Déjà, toutefois, l'intérêt s'est tari. Autres nouvelles, autres manchettes: c'est le lot médiatique. Heureusement, le brûlot produit par l'Office national du film (ONF) devrait recommencer à alimenter les conversations réelles et virtuelles puisque c'est cette semaine que L'industrie du ruban rose prend l'affiche.

Davantage connue pour ses oeuvres de fiction, souvent des portraits feutrés de femmes écorchées (La femme de l'hôtel, Anne Trister, Lost and Delirious), Léa Pool n'en est pas à ses premières armes dans le documentaire. Elle en consacra notamment un très beau à Gabrielle Roy, en 1998. De par la nature épineuse de son sujet, L'industrie du ruban rose n'est toutefois pas de la même eau. La lutte contre le cancer du sein est une cause noble et, même si les carences éthiques (c'est le moins qu'on puisse dire) de certaines compagnies réunies sous sa bannière pastel sont flagrantes, d'aucuns verront peut-être d'un mauvais oeil cette oeuvre qui pourrait inciter certaines personnes à réévaluer, non pas leur soutien à la recherche, mais leur manière d'y contribuer.

Léa Pool aborde son sujet avec un pragmatisme salutaire. La tâche n'était pas évidente, car on n'a pas affaire ici à une cible facile à cerner, comme, par exemple, l'industrie des armes à feu dans Bowling for Columbine, avec les bons et les méchants clairement définis par Michael Moore. Le ruban rose recèle plutôt des zones d'ombre, des mensonges plus ou moins blancs, etc. On parle du manque de coordination entre les cellules de recherche, on suggère qu'une main soigne tandis que l'autre blesse...

On est dans la nuance et la rigueur, pas dans le sensationnalisme. Et si l'émotion affleure plus d'une fois, personne ne vient déchirer sa chemise pour le spectacle. Les intervenantes, dont plusieurs connaissent intimement la maladie, offrent un discours documenté, clair, éloquent. Leurs propos frappent la conscience et la réalisatrice ne recourt pas à une technique tapageuse pour les souligner: un montage intelligent les fait résonner au besoin, cela suffit.

Léa Pool privilégie deux aspects précis: la préséance du remède sur les causes de la maladie et la «mercantilisation» de la lutte. Ce faisant, elle isole les deux ficelles principales de ce qui s'apparente à une mystification de masse. Une fois tissées, celles-ci forment un cordon de hissage solide qui, à son tour, permet ce lever de rideau essentiel que représente L'industrie du ruban rose.

***

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