Cinéma de papa
Photo : Source: Films Séville
La fille du puisatier est un film réalisé par Daniel Auteuil, dans lequel il joue le rôle principal.
À retenir
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La fille du puisatier
Réalisation et scénario: Daniel Auteuil, d'après Marcel Pagnol. Avec Daniel Auteuil, Kad Merad, Sabine Azéma, Jean-Pierre Darroussin, Nicolas Duvauchelle, Alfred Bergès-Frisbey, Émilie Cazenave. Musique: Alexandre Desplat. Image: Jean-François Robin. Montage: Joëlle Hache.
Depuis qu'il tint admirablement le rôle d'Hugolin dans les films que Claude Berri adapta de l'œuvre de Pagnol — Jean de Florette et Manon des sources — au cours des années 80, Daniel Auteuil gardait des connivences avec l'univers truculent et poétique du chantre de Marseille. Auteuil était également demeuré proche de la famille Pagnol. Tant et si bien que, pour sa première réalisation, il a choisi d'adapter La fille du puisatier, en se donnant le rôle du père, tenu en 1940 par Raimu.
Si on revoit avec grand plaisir le mélodrame de Pagnol, surtout pour la prestation de Raimu d'ailleurs et de Fernandel, son cinéma est quand même forcément daté. Hélas, à l'heure de marcher sur ses traces, Auteuil ne parvient pas à offrir à son film l'ampleur et l'esthétique de modernité qui justifieraient le remake. Il nous livre une Fille du puisatier arrimée au cinéma de papa, et en moins bon que l'original.
On s'en désole d'autant plus que, dans les films adaptés de Pagnol par Berri, qui comptent quand même un quart de siècle, ce souffle de renouveau traversait l'écran. Daniel Auteuil régresse ici avec sa timide adaptation. Et comme il s'attelle à la trilogie Marius, Fanny, César, le pire est à craindre pour l'avenir de Pagnol au cinéma.
Le fait d'incarner le puisatier, un rôle exigeant, lui a manifestement enlevé du temps et de la concentration qu'exige une première mise en scène, et le film déçoit.
Bien sûr, le scénario de Pagnol, auquel Auteuil a changé quelques répliques, demeure d'une grande richesse dramatique, avec de merveilleux dialogues et la figure du puisatier en tête de proue. Mais Daniel Auteuil pâlit face au Raimu de la première cuvée tout en attirant la lumière par la force d'un rôle tour à tour comique, grandiloquent, roué et touchant, alors que Kad Merad, en homme du peuple amoureux de la jeune fille, succédant à Fernandel, souffre de la comparaison et s'efface dans le décor.
Rappelons que La fille du puisatier, abordant l'univers des classes sociales sur fond de début de Deuxième Guerre mondiale, met en scène deux tourtereaux d'inégale extraction: Patricia, la fille du puisatier élevée à Paris, aux allures de demoiselle, et Jacques, fils de petits bourgeois parvenus, bientôt envoyé au front, laissant la belle enceinte et déshonorée.
C'est surtout par parents interposés que la partie se joue. Le puisatier affronte les géniteurs du jeune séducteur, qui l'envoient promener avec le plus haut mépris. Honneur bafoué, humiliation des pauvres, société machiste à outrance, comme dans le Fanny de Pagnol, mais ici transcendée, le tout dans une lumière et des décors provençaux; les grands thèmes d'hier distillent encore une couleur et une émotion sous la griffe immortelle de Pagnol. Sabine Azéma et Jean-Pierre Darroussin se tirent bien d'affaire en parents détestables que l'épreuve humanise. Mais les jeunes acteurs paraissent bien mièvres; elle (Astrid Bergès-Frisbey) douce et jolie, lui (Nicolas Duvauchelle) au profil mal développé, ectoplasme dont les sentiments réels demeurent nébuleux. Et fallait-il qu'Alexandre Desplat nappe chaque émotion d'une musique aussi tonitruante et que la mise sen scène soit si vieillotte? Sous le soleil de la Provence, on a déjà fait tellement mieux, même en noir et blanc.
Si on revoit avec grand plaisir le mélodrame de Pagnol, surtout pour la prestation de Raimu d'ailleurs et de Fernandel, son cinéma est quand même forcément daté. Hélas, à l'heure de marcher sur ses traces, Auteuil ne parvient pas à offrir à son film l'ampleur et l'esthétique de modernité qui justifieraient le remake. Il nous livre une Fille du puisatier arrimée au cinéma de papa, et en moins bon que l'original.
On s'en désole d'autant plus que, dans les films adaptés de Pagnol par Berri, qui comptent quand même un quart de siècle, ce souffle de renouveau traversait l'écran. Daniel Auteuil régresse ici avec sa timide adaptation. Et comme il s'attelle à la trilogie Marius, Fanny, César, le pire est à craindre pour l'avenir de Pagnol au cinéma.
Le fait d'incarner le puisatier, un rôle exigeant, lui a manifestement enlevé du temps et de la concentration qu'exige une première mise en scène, et le film déçoit.
Bien sûr, le scénario de Pagnol, auquel Auteuil a changé quelques répliques, demeure d'une grande richesse dramatique, avec de merveilleux dialogues et la figure du puisatier en tête de proue. Mais Daniel Auteuil pâlit face au Raimu de la première cuvée tout en attirant la lumière par la force d'un rôle tour à tour comique, grandiloquent, roué et touchant, alors que Kad Merad, en homme du peuple amoureux de la jeune fille, succédant à Fernandel, souffre de la comparaison et s'efface dans le décor.
Rappelons que La fille du puisatier, abordant l'univers des classes sociales sur fond de début de Deuxième Guerre mondiale, met en scène deux tourtereaux d'inégale extraction: Patricia, la fille du puisatier élevée à Paris, aux allures de demoiselle, et Jacques, fils de petits bourgeois parvenus, bientôt envoyé au front, laissant la belle enceinte et déshonorée.
C'est surtout par parents interposés que la partie se joue. Le puisatier affronte les géniteurs du jeune séducteur, qui l'envoient promener avec le plus haut mépris. Honneur bafoué, humiliation des pauvres, société machiste à outrance, comme dans le Fanny de Pagnol, mais ici transcendée, le tout dans une lumière et des décors provençaux; les grands thèmes d'hier distillent encore une couleur et une émotion sous la griffe immortelle de Pagnol. Sabine Azéma et Jean-Pierre Darroussin se tirent bien d'affaire en parents détestables que l'épreuve humanise. Mais les jeunes acteurs paraissent bien mièvres; elle (Astrid Bergès-Frisbey) douce et jolie, lui (Nicolas Duvauchelle) au profil mal développé, ectoplasme dont les sentiments réels demeurent nébuleux. Et fallait-il qu'Alexandre Desplat nappe chaque émotion d'une musique aussi tonitruante et que la mise sen scène soit si vieillotte? Sous le soleil de la Provence, on a déjà fait tellement mieux, même en noir et blanc.
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