Soderbergh s'amuse
Photo : Source Alliance
Gina Carano dans Piégée, de Steven Soderbergh
À retenir
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Haywire (Piégée)
De Steven Soderbergh. Avec Gina Carano, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Channing Tatum, Michael Douglas, Antonio Banderas. Scénario: Lem Dobbs. Image: Peter Andrews. Montage: Mary Ann Bernard. Musique: David Holmes. États-Unis, 2012, 93 minutes.
S'agit-il d'un exercice de style entre deux projets ambitieux? D'un opuscule inoffensif pour garder la main? Ou Haywire serait-il le symptôme plus inquiétant d'une crise d'inspiration pour son réalisateur Steven Soderbergh? Les questions fusent durant la projection, sans toutefois gâter le plaisir que procure ce micro-thriller façon Grindhouse, focalisé sur une figure héroïque forte: l'ex-reine des arts martiaux Gina Carano.
Celle-ci tient le film sur ses épaules dans la peau de Mallory Kane, une fière-à-bras qui travaille pour un sous-traitant pour le gouvernement américain. Piégée par son employeur et ex-amoureux (Ewan McGregor) qui l'a compromise à la faveur d'une mission top-secrète à Barcelone et d'une autre à Dublin, la jeune athlète met K.-O. les hommes qui veulent l'occire et prend la clé des champs. Un jeune homme sur le siège du passager de la «professionnelle» en cavale recueille son témoignage candidement offert, matérialisé par une mitraille de flash-back qui masquent assez bien les trous béants dans la logique du récit.
Dans ce film tout entier consacré au mouvement et à la réaction, les explications sont superflues, à l'exception du dénouement, où elles s'imposent lourdement. Soderbergh joue le jeu du scénario de Lem Dobbs, avec qui il avait fait Kafka et The Limey, deux oeuvres autrement plus ambitieuses. De la première, le film retient son traitement photographique sophistiqué du paysage européen, auquel s'ajoute le relief accidenté du Nouveau-Mexique, lieu de résidence du père de l'héroïne (Bill Paxton), où toutes les pistes convergent. Du second, on reconnaît le style seventies, avec humeur sombre et lumière crue, ainsi qu'une réalisation aux effets minimalistes, apte à forger le suspense dans le roc du silence.
Dans Haywire, quelques percussions accompagnent les scènes de poursuite et quelques notes ici et là font croître le suspense. Au-delà de quoi Soderbergh mise sur le son sourd, surtout dans les scènes de bagarre, qui sont accompagnées uniquement de la musique des corps qui s'entrechoquent et du bruit nu des coups de feu.
Gina Carano pousse les cloisons de son registre limité pour composer une fascinante héroïne que Soderbergh filme avec délectation. Le cinéaste exploite ici sa beauté et sa force physique comme des aspects complémentaires (plutôt que contradictoires), comme l'avait fait avant lui Quentin Tarantino avec Uma Thurman dans Kill Bill, ou encore Park Chan-wook avec Lee Young-ae, son épatante Lady Vengeance.
Nous sommes malgré tout à des kilomètres d'un grand film, ce que la figure de Michael Douglas, vedette de l'autrement plus réussi Traffic, ne manque pas de rappeler par sa présence un peu fantomatique. Et si Haywire était lui-même le fantôme d'un Soderbergh en jachère?
***
Collaborateur du Devoir
Celle-ci tient le film sur ses épaules dans la peau de Mallory Kane, une fière-à-bras qui travaille pour un sous-traitant pour le gouvernement américain. Piégée par son employeur et ex-amoureux (Ewan McGregor) qui l'a compromise à la faveur d'une mission top-secrète à Barcelone et d'une autre à Dublin, la jeune athlète met K.-O. les hommes qui veulent l'occire et prend la clé des champs. Un jeune homme sur le siège du passager de la «professionnelle» en cavale recueille son témoignage candidement offert, matérialisé par une mitraille de flash-back qui masquent assez bien les trous béants dans la logique du récit.
Dans ce film tout entier consacré au mouvement et à la réaction, les explications sont superflues, à l'exception du dénouement, où elles s'imposent lourdement. Soderbergh joue le jeu du scénario de Lem Dobbs, avec qui il avait fait Kafka et The Limey, deux oeuvres autrement plus ambitieuses. De la première, le film retient son traitement photographique sophistiqué du paysage européen, auquel s'ajoute le relief accidenté du Nouveau-Mexique, lieu de résidence du père de l'héroïne (Bill Paxton), où toutes les pistes convergent. Du second, on reconnaît le style seventies, avec humeur sombre et lumière crue, ainsi qu'une réalisation aux effets minimalistes, apte à forger le suspense dans le roc du silence.
Dans Haywire, quelques percussions accompagnent les scènes de poursuite et quelques notes ici et là font croître le suspense. Au-delà de quoi Soderbergh mise sur le son sourd, surtout dans les scènes de bagarre, qui sont accompagnées uniquement de la musique des corps qui s'entrechoquent et du bruit nu des coups de feu.
Gina Carano pousse les cloisons de son registre limité pour composer une fascinante héroïne que Soderbergh filme avec délectation. Le cinéaste exploite ici sa beauté et sa force physique comme des aspects complémentaires (plutôt que contradictoires), comme l'avait fait avant lui Quentin Tarantino avec Uma Thurman dans Kill Bill, ou encore Park Chan-wook avec Lee Young-ae, son épatante Lady Vengeance.
Nous sommes malgré tout à des kilomètres d'un grand film, ce que la figure de Michael Douglas, vedette de l'autrement plus réussi Traffic, ne manque pas de rappeler par sa présence un peu fantomatique. Et si Haywire était lui-même le fantôme d'un Soderbergh en jachère?
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