Cinéma - Une épopée déjà datée et remplie de clichés
War Horse, de Steven Spielberg, est un film truffé de bonnes intentions, mais convenu et faiblard
Photo : Source Walt Disney
Le cinéaste Steven Spielberg sait créer des tranchées crédibles et des champs de bataille sanglants, ici sur fond de charges de cavalerie impressionnantes.
À retenir
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War Horse (Cheval de guerre)
Réalisation: Steven Spielberg. Scénario: Lee Hall, Richard Curtis, d'après le roman de Michael Morpurgo. Avec Jeremy Irvine, Peter Mullan, Emily Watson, Niels Arestrup, David Thewlis, Tom Hiddleston. Image: Janusz Kaminski. Montage: Michael Kahn, 146 min.
Tout de suite après Les aventures de Tintin: Le secret de la Licorne, Steven Spielberg livre un film beaucoup plus convenu et, pour tout dire, faiblard, une adaptation là aussi, mais d'un roman britannique. Comme quoi il est toujours périlleux de courir deux lièvres à la fois. Il tourne trop, d'où ce film mineur, quand même destiné à toute la famille, susceptible de rallier un jeune public, malgré les scènes de guerre qui rebuteront les enfants.
War Horse est pourtant truffé de bonnes intentions avec cette histoire d'un jeune garçon dans la campagne du Devon, Albert (Jeremy Irvine, un nouveau venu au jeu quelconque), qui s'entiche d'un cheval, Joey, acheté à crédit par son alcoolique de père (Peter Mullan) au désespoir de la mère (Emily Watson, sous-utilisée, tout comme David Thewlis en méchant propriétaire). Cette amitié garçon-cheval se heurtera aux horreurs de la Grande Guerre, car les voilà séparés. Passant de main en main, d'un camp à l'autre, Joey deviendra un cheval résiliant capable de traverser les pires épreuves sur un champ de bataille. Plusieurs chevaux ont servi pour faire un Joey, en leur adjoignant une tache blanche au front qui donne l'illusion d'un seul. Excellents acteurs équidés, bien dressés et tout, mais cette histoire d'amitié, d'héroïsme, de fidélité, manque de subtilité, et les clichés abondent.
Que Spielberg rende tribut à des maîtres comme John Ford (Stagecoach, The Searchers) ainsi qu'à Autant en emporte le vent de Victor Fleming, avec départ dans le soleil couchant, est évident. Les images de paysages britanniques évoquent ici l'Ouest américain à travers les mesas, la lande désertique, offrant au cinéaste l'occasion de maints coups de chapeau cinématographiques, pas toujours subtils au demeurant. Mais les images de Janusz Kaminski sauvent parfois un peu la mise. Et l'idée de rendre hommage aux chevaux héros de guerre n'est pas mauvaise non plus. War Horse demeure pourtant une oeuvre paresseuse, par son ton, ses facilités scénaristiques.
La meilleure partie du film est sans contredit collée à la guerre. Le cinéaste de Saving Private Ryan sait créer des tranchées crédibles et des champs de bataille sanglants, ici sur fond de charges de cavalerie impressionnantes. D'ailleurs, une scène prenante de Joey emmêlé dans des fils barbelés dans le no man's land sur la ligne de front donne lieu à un armistice improvisé, dans l'esprit du Joyeux Noël de Christian Carion, sur fond de solidarité entre soldats alliés et allemands.
Niels Arestrup (grand acteur français à son meilleur en parrain corse dans Un prophète de Jacques Audiard) tient ici le rôle d'un grand-père au coeur tendre, mais Spielberg aurait pu entraîner cet interprète de haut vol beaucoup plus loin. Les scènes en France se déroulent en anglais. Et pourquoi? Dans Inglorious Basterds, Tarantino respectait les langues originales. Spielberg aurait pu également tenir son bout, à des fins de vraisemblance. War Horse ressemble à du vieux cinéma hollywoodien qui n'a pas voulu bouger de son cadre conventionnel. Ce long film paraît, dès sa sortie, déjà daté.
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War Horse est pourtant truffé de bonnes intentions avec cette histoire d'un jeune garçon dans la campagne du Devon, Albert (Jeremy Irvine, un nouveau venu au jeu quelconque), qui s'entiche d'un cheval, Joey, acheté à crédit par son alcoolique de père (Peter Mullan) au désespoir de la mère (Emily Watson, sous-utilisée, tout comme David Thewlis en méchant propriétaire). Cette amitié garçon-cheval se heurtera aux horreurs de la Grande Guerre, car les voilà séparés. Passant de main en main, d'un camp à l'autre, Joey deviendra un cheval résiliant capable de traverser les pires épreuves sur un champ de bataille. Plusieurs chevaux ont servi pour faire un Joey, en leur adjoignant une tache blanche au front qui donne l'illusion d'un seul. Excellents acteurs équidés, bien dressés et tout, mais cette histoire d'amitié, d'héroïsme, de fidélité, manque de subtilité, et les clichés abondent.
Que Spielberg rende tribut à des maîtres comme John Ford (Stagecoach, The Searchers) ainsi qu'à Autant en emporte le vent de Victor Fleming, avec départ dans le soleil couchant, est évident. Les images de paysages britanniques évoquent ici l'Ouest américain à travers les mesas, la lande désertique, offrant au cinéaste l'occasion de maints coups de chapeau cinématographiques, pas toujours subtils au demeurant. Mais les images de Janusz Kaminski sauvent parfois un peu la mise. Et l'idée de rendre hommage aux chevaux héros de guerre n'est pas mauvaise non plus. War Horse demeure pourtant une oeuvre paresseuse, par son ton, ses facilités scénaristiques.
La meilleure partie du film est sans contredit collée à la guerre. Le cinéaste de Saving Private Ryan sait créer des tranchées crédibles et des champs de bataille sanglants, ici sur fond de charges de cavalerie impressionnantes. D'ailleurs, une scène prenante de Joey emmêlé dans des fils barbelés dans le no man's land sur la ligne de front donne lieu à un armistice improvisé, dans l'esprit du Joyeux Noël de Christian Carion, sur fond de solidarité entre soldats alliés et allemands.
Niels Arestrup (grand acteur français à son meilleur en parrain corse dans Un prophète de Jacques Audiard) tient ici le rôle d'un grand-père au coeur tendre, mais Spielberg aurait pu entraîner cet interprète de haut vol beaucoup plus loin. Les scènes en France se déroulent en anglais. Et pourquoi? Dans Inglorious Basterds, Tarantino respectait les langues originales. Spielberg aurait pu également tenir son bout, à des fins de vraisemblance. War Horse ressemble à du vieux cinéma hollywoodien qui n'a pas voulu bouger de son cadre conventionnel. Ce long film paraît, dès sa sortie, déjà daté.
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