Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Un mur aux RIDM

    11 novembre 2011 | Martin Bilodeau | Cinéma
    Work in Progress est projeté demain à 20h à la Grande Bibliothèque, ainsi que le 18 novembre, 21h, au Cinéma ONF.
    Quand un film est-il achevé? Dans la grande majorité des cas, lorsque son intrigue est résolue. Ou que la boucle de l'histoire qu'il raconte est bouclée. Il arrive cependant que certaines intrigues s'enfoncent dans l'impasse. Mais l'impasse d'une histoire peut être en soi un dénouement. Je pense à Zodiac, de David Fincher, sur la traque inaboutie d'un tueur en série à San Francisco, ou encore à La belle noiseuse, de Jacques Rivette, dans lequel la toile du peintre (Michel Piccoli), demeurée inachevée, échappait à son modèle (Emmanuelle Béart) tout autant qu'aux spectateurs.

    Il arrive aussi que des films eux-mêmes restent carrément inachevés, comme le passionnant It's All True d'Orson Welles. Ou qui sont carrément morts nés sur le plateau, tels Lost in La Mancha de Terry Gilliam, ou encore L'enfer d'Henri-George Clouzot. Ces deux films ont fait l'objet de documentaires passionnants, sortes de making of de l'échec qui, d'une certaine façon, remontaient le mécanisme d'une machine qui avait foncé tête première dans le mur.

    Le mur. Nous y voici. Imaginez un ex-athlète de l'aviron, en l'occurrence Chris Overing, construisant de ses mains, à l'intention d'un riche client et avec le soutien d'une main-d'oeuvre occasionnelle et volatile, un mur de pierre sans mortier de 300 mètres de longueur dans la campagne québécoise. Imaginez un documentariste, en l'occurrence Bill Stone, fasciné par le sujet, qui décide de dédier son tout premier long métrage à la chronique de cette construction. Maintenant, imaginez qu'au bout de huit ans, le mur n'est toujours pas terminé. Qu'en est-il du film? Réponse dans Work in Progress, un passionnant documentaire projeté en première mondiale ce week-end et la semaine prochaine dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal.

    Cette chronique méditative sur le mystère de ce qui nous motive, de ce qui nous fait avancer, forme l'un des films les plus captivants qu'il m'ait été donné de voir dans la dernière année. Stone, narrateur omniprésent au patronyme bien choisi, suit l'avancée de ce gigantesque puzzle minéral avec une patience d'abord fascinée, qui se teinte de regret et d'irritation à mesure que l'échéancier s'allonge, et que le duel entre l'artiste et le sujet s'intensifie. Qui contrôle qui dans ce rapport? Overing doit-il accélérer la cadence pour donner à Stone le happy-end qu'il espère? Ici, la tâche herculéenne de l'un devient l'odyssée de l'autre.

    Work in Progress, oeuvre sur le temps, inscrit cette empreinte dans sa propre durée: 124 minutes. Malgré quelques épisodes moins forts (dont celui du voyage en Irlande), ces minutes s'égrènent à bonne vitesse grâce au charisme du sujet alpha, à l'ironie de la narration, à la folie du projet, à la fascination que celui-ci exerce dans un monde contemporain où la compétence se mesure proportionnellement à la vitesse d'exécution. Assister, même par médium interposé, à la construction d'une chose sans autre fonction que d'embellir un paysage, sans date butoir, a quelque chose de riche, d'apaisant, de rare. Quelque chose qui nous ramène à la beauté et à la modestie du geste dont nous entretenait Agnès Varda dans Les glaneurs et la glaneuse.

     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel