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Cinéma - Passe-moi le beigne et la mitraillette

André Lavoie   8 août 2003  Cinéma
Sans céder à la paranoïa, il s'avère difficile de ne pas voir, dans une production-gadget telle que S.W.A.T., l'expression d'une collusion pernicieuse entre le pouvoir politique américain et les rois du divertissement abrutissant. Sous un angle bêtement nostalgique, ce film de Clark Johnson, un habitué de la télé (Homicide: Life on the Streets, NYPD Blue, The West Wing), veut faire revivre les beaux jours de la célèbre série du même nom, extirpée de la boîte à surprises kitsch de la décennie 1970. Ou ne serait-ce pas plutôt une autre séance d'autocongratulation pour créer un improbable sentiment de sécurité grâce à une police armée jusqu'aux dents?

Cette méfiance vis-à-vis d'un film qui, à dire vrai, n'exige pas tant de contorsions intellectuelles est suscitée surtout par l'omniprésent Colin Farrell, qui tourne plus vite que son ombre. Parmi ses récentes mésaventures, The Recruit, de Roger Donaldson, apologie de la CIA et de ses méthodes subtiles et efficaces (sic), se rapproche dangereusement des intentions de Johnson dans S.W.A.T. Du drame social à l'infopub, il n'y a qu'un pas, que l'un et l'autre ont franchi sans remords et surtout sans talent.

Une fois encore, dans la peau de Jim Street, Farrell joue à l'ami vertueux, au collègue exemplaire, à celui qui apprend de ses erreurs et dispense ses leçons à un entourage admiratif. Rejeté de l'unité S.W.A.T. (pour «Special Weapons and Tactics») par suite d'une faute professionnelle commise lors d'une prise d'otages, tout comme son partenaire Brian (Jeremy Renner), Jim se voit offrir une seconde chance grâce à la détermination du commandant Dan Harrelson (Samuel L. Jackson). Celui-ci a décidé de mettre en place une équipe au profil peu orthodoxe et, après un entraînement rigoureux, se voit confier la mission d'escorter un baron de la drogue (Olivier Martinez) qui propose 100 millions de dollars à celui qui pourra le libérer. La proposition, alléchante, va séduire les pires truands, mais aussi quelques traîtres nuisant au bon fonctionnement des vénérables institutions chargées d'assurer la quiétude du bon peuple.

Cédant davantage à l'infantilisme qu'à la nostalgie, les scénaristes David Ayer et David McKenna ont tenu pour acquis que le public allait se ruer vers S.W.A.T. pour suivre une nouvelle étape de la carrière de Farrell, ayant vaguement en mémoire les notes d'une musique-thème de série télévisée qu'ils pourraient confondre avec CHiPs, si d'aventure ils sont assez âgés pour cela. Séances d'entraînement, prises de bec entre collègues virils, éternelles confrontations avec des patrons bornés, le film n'en finit plus de planter un décor archiconnu, de semer des repères idéologiques pour établir la grandeur d'âme des policiers consciencieux et noircir le trait des ennemis, dont l'un d'entre

eux est Français. Sans doute un hasard...

Cette longue mise en place sans intérêt retarde un suspense que l'on n'espérait plus et qui se révèle sans autre éclat que celui des mitraillettes, prétexte à déployer, c'est le cas de le dire, l'artillerie lourde, alors qu'on distingue quelques allusions à la série pour rassurer les rares aficionados. Avec ces fusillades interminables, ces bagarres sanglantes et ces cascades périlleuses (un pont se transforme en piste d'atterrissage, rien de moins), on se demande ce que Farrell et sa bande font à Los Angeles alors que les soldats américains n'en mènent pas large à Bagdad.

Ils ne remplissent en fait que la seule véritable mission de S.W.A.T., celle de nous faire gober le discours pontifiant de Samuel L. Jackson sur la chance unique de ces recrues d'appartenir à cette troupe de tireurs d'élite, de nous permettre de nous extasier devant leurs prouesses et de constater que les éléments nuisibles finissent par être neutralisés. Curieux, tout de même, qu'on y arrive plus facilement dans ces films de propagande — car comment les décrire autrement? — que dans les bureaux de comptables, les officines du Pentagone ou les grottes d'Afghanistan. Colin Farrell a de bien belles années de boulot devant lui.

***

À l'affiche cette semaine

FANFAN LA TULIPE

France, 2003, 95 minutes

Film de cape et d'épée de Gérard Krawczyk avec Vincent Perez, Penelope Cruz, Didier Bourdon.

Au XVIIIe siècle, l'aventurier et coureur de jupons Fanfan s'engage dans l'armée de Louis XV pour échapper à un mariage forcé. La jeune gitane Adeline lui a en effet prédit un destin exceptionnel sous les drapeaux et la fille du roi comme future épouse.

* V.O.: Quartier latin, Beaubien, Carrefour Angrignon, StarCité

CINEMANIA

États-Unis - Allemagne, 2002, 93 minutes

Documentaire d'Angela Christlieb et Stephen Kijak.

Pendant plusieurs mois, les documentaristes Angela Christlieb et Stephen Kijak ont suivi cinq New-Yorkais qui passent l'essentiel de leur temps à voir des films dans les différents cinémas de répertoire de leur ville.

* V.O.: Cinéma Du Parc

SALOMÉ

Espagne, 2002, 86 minutes

Drame musical de Carlos Saura avec Aida Gomez, Pere Arquillué, Paco Mora.

Dans un grand studio, on assiste aux répétitions puis à la présentation d'un ballet flamenco inspiré du mythe biblique de Salomé.

* V.O., s.-t.f.: Ex-Centris

TABLEAU DE FAMILLE

Italie - France, 2001, 110 minutes

Drame de moeurs de Ferzan Ozpetek avec Margherita Buy, Stefano Accorsi, Serra Yilmaz.

Après la mort accidentelle de son mari Massimo, la biologiste romaine Antonia découvre avec stupeur qu'il entretenait depuis sept ans une liaison avec Michele, un commerçant autour duquel gravite un cercle d'individus plus ou moins marginaux.

* V.F.: Quartier latin

AND NOW... LADIES & GENTLEMEN

France - Grande-Bretagne, 2002, 133 minutes

Comédie dramatique de Claude Lelouch avec Jeremy Irons.

Pour rompre avec son passé, un cambrioleur britannique entreprend un tour du monde en solitaire à la voile. Pendant son périple, il rencontrera une chanteuse de cabaret souffrant de troubles de la mémoire.

* V.O.F., s.-t.a.: Quartier latin, Paramoun
 
 
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