Entretien avec l'acteur français Jean-Pierre Darroussin - Le travail comme abîme
Photo : François Pesant - Le Devoir
Jean-Pierre Darroussin est à Montréal dans le cadre du FNC.
L'acteur français incarne un homme broyé par la mécanique de son entreprise dans De bon matin de Jean-Marc Moutout. Au Festival du nouveau cinéma, aujourd'hui, à 19h.
Il dégage quelque chose de mélancolique, de lunaire, et une faille qui perce ses personnages; les bons gars malmenés et les durs, pas si durs que ça, au fait. À lui, les rôles de complexité, aux couches multiples comme les oignons. «Je porte en moi une forme d'opacité et d'absence, également un mélange d'authenticité et de réserve qui doit inciter le spectateur à se demander ce que mes personnages ont en tête», lance-t-il en guise d'explication. Mais la sobriété et l'acuité de son jeu — il ne cabotine jamais — font aussi sa force.
Plusieurs chez nous l'ont découvert à travers la pléthore de films qu'il a joués avec Robert Guédiguian (dont Marius et Jeannette, Marie-Jo et ses deux amours). Il trouve sa zone de confort auprès de cette troupe d'amis; long compagnonnage oblige. Et qui a oublié son garçon de café dans le délicieusement grinçant Un air de famille de Cédric Klapisch, d'après la pièce Agnès Jaoui-Jean-Pierre Bacri, qui lui vaut un César en 1997? À l'affiche du Voyage aux Pyrénées des frères Darrieux, derrière et devant la caméra pour le sombre et réussi Pressentiment, ici comme là, profil atypique devenu valeur sûre du cinéma français.
C'est le scénario qui l'allume, et celui de De bon matin de Jean-Marc Moutout avait tous les éléments pour lui concocter un rôle touffu. Il le porte brillamment sur ses épaules, en nous rendant le héros attachant, même s'il abat d'entrée de jeu deux de ses supérieurs, avant l'inévitable retour en arrière.
Voici Jean-Pierre Darroussin, en cadre d'une société bancaire, tassé dans le coin sans accepter son sort. Les banques sont aujourd'hui au centre des vagues de contestation anti-Wall Street. «Mais déjà quand Jean-Marc Moutout écrivait son scénario, les abus de spéculations et les magouilles du système bancaire éclataient.»
Darroussin admet qu'une des différences capitales entre le cinéma et la réalité, c'est que le spectateur n'a pas à juger les actes du héros et peut même se permettre d'être un peu de son côté.
«Le film de Moutout, également sur le monde du travail, Violence des échanges en milieu tempéré fut une oeuvre marquante, dit-il. Mais traiter de relations professionnelles commande beaucoup de recherche en amont. Jean-Marc Moutout a rencontré des gens ayant vécu des expériences similaires.
Le film est basé sur une histoire vécue, mais décrit aussi un système: on laisse la place aux gestionnaires pour optimiser le rendement, alors ils veulent tôt ou tard remplacer les anciens par des plus jeunes qui coûtent moins cher et maîtrisent les codes de l'époque. Le type que j'incarne est humilié par son supérieur. Il a participé à construire cette société, a nourri la reine de la ruche et le système le trahit, mais il demeure un être profondément moral qui remet aussi en cause sa propre conduite.»
***
Omniprésent donc, Jean-Pierre Darroussin. Et pour cause.
Au dernier Festival de Cannes, sa composition d'un commissaire de police au départ implacable, dans Le havre du Finlandais Aki Kaurismäki, a ébahi le parterre. Il est de la distribution du dernier Guédiguian Les neiges du Kilimandjaro. Tellement actif au cinéma et au théâtre — les planches l'aident à se ressourcer — qu'il n'a guère le temps de réaliser ses propres films. «Mais mon prochain scénario est presque fini, un film qui ne devrait pas déboucher avant 2013.»
Le temps de jouer dans la troisième mouture du populaire Coeur des hommes de Marc Esposito.
Et d'incarner l'an prochain le rôle de maître Panisse dans la trilogie de Pagnol: Marius, Fanny, César. Daniel Auteuil en tiendra la barre, plus de 70 ans après l'adaptation au cinéma de ces oeuvres-cultes qu'il veut raviver.
Il dégage quelque chose de mélancolique, de lunaire, et une faille qui perce ses personnages; les bons gars malmenés et les durs, pas si durs que ça, au fait. À lui, les rôles de complexité, aux couches multiples comme les oignons. «Je porte en moi une forme d'opacité et d'absence, également un mélange d'authenticité et de réserve qui doit inciter le spectateur à se demander ce que mes personnages ont en tête», lance-t-il en guise d'explication. Mais la sobriété et l'acuité de son jeu — il ne cabotine jamais — font aussi sa force.
Plusieurs chez nous l'ont découvert à travers la pléthore de films qu'il a joués avec Robert Guédiguian (dont Marius et Jeannette, Marie-Jo et ses deux amours). Il trouve sa zone de confort auprès de cette troupe d'amis; long compagnonnage oblige. Et qui a oublié son garçon de café dans le délicieusement grinçant Un air de famille de Cédric Klapisch, d'après la pièce Agnès Jaoui-Jean-Pierre Bacri, qui lui vaut un César en 1997? À l'affiche du Voyage aux Pyrénées des frères Darrieux, derrière et devant la caméra pour le sombre et réussi Pressentiment, ici comme là, profil atypique devenu valeur sûre du cinéma français.
C'est le scénario qui l'allume, et celui de De bon matin de Jean-Marc Moutout avait tous les éléments pour lui concocter un rôle touffu. Il le porte brillamment sur ses épaules, en nous rendant le héros attachant, même s'il abat d'entrée de jeu deux de ses supérieurs, avant l'inévitable retour en arrière.
Voici Jean-Pierre Darroussin, en cadre d'une société bancaire, tassé dans le coin sans accepter son sort. Les banques sont aujourd'hui au centre des vagues de contestation anti-Wall Street. «Mais déjà quand Jean-Marc Moutout écrivait son scénario, les abus de spéculations et les magouilles du système bancaire éclataient.»
Darroussin admet qu'une des différences capitales entre le cinéma et la réalité, c'est que le spectateur n'a pas à juger les actes du héros et peut même se permettre d'être un peu de son côté.
«Le film de Moutout, également sur le monde du travail, Violence des échanges en milieu tempéré fut une oeuvre marquante, dit-il. Mais traiter de relations professionnelles commande beaucoup de recherche en amont. Jean-Marc Moutout a rencontré des gens ayant vécu des expériences similaires.
Le film est basé sur une histoire vécue, mais décrit aussi un système: on laisse la place aux gestionnaires pour optimiser le rendement, alors ils veulent tôt ou tard remplacer les anciens par des plus jeunes qui coûtent moins cher et maîtrisent les codes de l'époque. Le type que j'incarne est humilié par son supérieur. Il a participé à construire cette société, a nourri la reine de la ruche et le système le trahit, mais il demeure un être profondément moral qui remet aussi en cause sa propre conduite.»
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Omniprésent donc, Jean-Pierre Darroussin. Et pour cause.
Au dernier Festival de Cannes, sa composition d'un commissaire de police au départ implacable, dans Le havre du Finlandais Aki Kaurismäki, a ébahi le parterre. Il est de la distribution du dernier Guédiguian Les neiges du Kilimandjaro. Tellement actif au cinéma et au théâtre — les planches l'aident à se ressourcer — qu'il n'a guère le temps de réaliser ses propres films. «Mais mon prochain scénario est presque fini, un film qui ne devrait pas déboucher avant 2013.»
Le temps de jouer dans la troisième mouture du populaire Coeur des hommes de Marc Esposito.
Et d'incarner l'an prochain le rôle de maître Panisse dans la trilogie de Pagnol: Marius, Fanny, César. Daniel Auteuil en tiendra la barre, plus de 70 ans après l'adaptation au cinéma de ces oeuvres-cultes qu'il veut raviver.
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