Entrevue - Une place parmi les vivants
Une rétrospective est consacrée au cinéaste japonais Kore-eda Hirokazu par la Cinémathèque québécoise
Photo : François Pesant - Le Devoir
Le réalisateur japonais Kore-eda Hirokazu
Invité à Montréal par la Cinémathèque québécoise, le cinéaste Kore-eda Hirokazu s'interroge sur le sens de l'existence lorsque celle-ci est confrontée à la fin d'une autre.
Il se dégage du cinéma de Kore-eda Hirokazu une délicatesse évanescente, l'impression d'avoir été visité par une grâce. Baignée d'une lumière sans afféterie et pourtant si belle, la réalité devient poème. Le Devoir a rencontré l'illustre cinéaste nippon à l'occasion de l'événement Un mois du cinéma japonais organisé par la Cinémathèque québécoise et qui comporte une rétrospective consacrée à l'oeuvre de Kore-eda Hirokazu.
Après l'accueil favorable de Maborosi au milieu des années 1990, les cinéphiles occidentaux adoptèrent définitivement Kore-eda Hirokazu à la fin de la décennie grâce à After Life, une fantaisie naturaliste offrant une vision inusitée de l'au-delà: après leur mort, les défunts passent quelques jours dans un centre où ils doivent choisir leur souvenir le plus cher qu'ils revivront pour l'éternité. Diligemment, des employés préparent des vidéocassettes individuelles.
«L'idée est née en 1988, révèle le cinéaste. Je travaillais à la télévision et une nuit, je me suis retrouvé seul dans une pièce fermée en train de monter des piles et des piles de bandes. Il s'agissait d'images très disparates: des paysages, des familles... Soudain, je me suis demandé ce qu'un oeil extérieur aurait pensé de la scène.»
Au commencement, la mort
Le thème de la mémoire est très présent dans l'oeuvre de Kore-eda Hirokazu, tout comme celui de la mort. Celle qui a déjà tout changé (Maborosi, After Life, Distance, Still Walking), et celle qui survient comme une fatalité (Nobody Knows). Pourtant, le traitement n'est jamais morbide ou angoissant, mais plutôt mélancolique, et parfois même solaire. Or, l'intérêt de l'auteur ne se situe pas du côté de ceux qui ne sont plus, mais bien de celui de ceux qui restent, c'est-à-dire du bord de la vie.
«Au début de ma carrière, j'ai tourné un documentaire sur des enfants qui avaient décidé d'élever une vache afin d'avoir du lait frais. Au cours du tournage, la vache est morte. Les enfants avaient écrit des poèmes avant que cela se produise et ont continué par la suite. Bien sûr, leur teneur n'était plus la même. L'un d'eux a écrit que le décès de la vache était triste, mais qu'elle leur avait donné du lait délicieux.» Depuis, Kore-eda Hirokazu médite de film en film les sages paroles du petit, tâchant de gravir le versant positif de la mort.
Cette préoccupation apparaît particulièrement évidente dans les deux chroniques familiales que sont Nobody Knows, long métrage dans lequel quatre enfants tentent de mener une vie normale après que leur mère les eût abandonnés, et Still Walking, la radiographie infiniment humaine d'un clan qui se réunit pour célébrer l'anniversaire de la mort de l'aîné. Dans ce film, la tristesse a gangrené le père et la mère, désormais incapables de communiquer avec leurs deux autres enfants. À la fin cependant, la lumière prévaut. «Still Walking est un film d'été», commente le cinéaste en opinant du chef.
Réalité et fiction
Parfois, la réalité rejoint la fiction. Ainsi, Kore-eda Hirokazu monta-t-il Still Walking dans la foulée du décès de sa mère alors qu'il se préparait plutôt à tourner Air Doll, l'histoire d'une poupée gonflable devenue humaine. Conte surréaliste mâtiné d'allusions à Pinocchio, cette oeuvre singulière campe à l'opposé des films précédents de l'auteur, en cela que ce dernier traite cette fois du gain de la vie et non de sa perte. «J'ai fait Still Walking parce que j'en éprouvais le besoin. Rapidement toutefois, j'ai eu hâte de replonger dans Air Doll.»
Bref, et en dépit des apparences, Kore-eda Hirokazu évolue résolument parmi les vivants. Notons en terminant que l'événement Un mois du cinéma japonais se déroule à la cinémathèque jusqu'au 9 octobre.
***
Collaborateur du Devoir
Il se dégage du cinéma de Kore-eda Hirokazu une délicatesse évanescente, l'impression d'avoir été visité par une grâce. Baignée d'une lumière sans afféterie et pourtant si belle, la réalité devient poème. Le Devoir a rencontré l'illustre cinéaste nippon à l'occasion de l'événement Un mois du cinéma japonais organisé par la Cinémathèque québécoise et qui comporte une rétrospective consacrée à l'oeuvre de Kore-eda Hirokazu.
Après l'accueil favorable de Maborosi au milieu des années 1990, les cinéphiles occidentaux adoptèrent définitivement Kore-eda Hirokazu à la fin de la décennie grâce à After Life, une fantaisie naturaliste offrant une vision inusitée de l'au-delà: après leur mort, les défunts passent quelques jours dans un centre où ils doivent choisir leur souvenir le plus cher qu'ils revivront pour l'éternité. Diligemment, des employés préparent des vidéocassettes individuelles.
«L'idée est née en 1988, révèle le cinéaste. Je travaillais à la télévision et une nuit, je me suis retrouvé seul dans une pièce fermée en train de monter des piles et des piles de bandes. Il s'agissait d'images très disparates: des paysages, des familles... Soudain, je me suis demandé ce qu'un oeil extérieur aurait pensé de la scène.»
Au commencement, la mort
Le thème de la mémoire est très présent dans l'oeuvre de Kore-eda Hirokazu, tout comme celui de la mort. Celle qui a déjà tout changé (Maborosi, After Life, Distance, Still Walking), et celle qui survient comme une fatalité (Nobody Knows). Pourtant, le traitement n'est jamais morbide ou angoissant, mais plutôt mélancolique, et parfois même solaire. Or, l'intérêt de l'auteur ne se situe pas du côté de ceux qui ne sont plus, mais bien de celui de ceux qui restent, c'est-à-dire du bord de la vie.
«Au début de ma carrière, j'ai tourné un documentaire sur des enfants qui avaient décidé d'élever une vache afin d'avoir du lait frais. Au cours du tournage, la vache est morte. Les enfants avaient écrit des poèmes avant que cela se produise et ont continué par la suite. Bien sûr, leur teneur n'était plus la même. L'un d'eux a écrit que le décès de la vache était triste, mais qu'elle leur avait donné du lait délicieux.» Depuis, Kore-eda Hirokazu médite de film en film les sages paroles du petit, tâchant de gravir le versant positif de la mort.
Cette préoccupation apparaît particulièrement évidente dans les deux chroniques familiales que sont Nobody Knows, long métrage dans lequel quatre enfants tentent de mener une vie normale après que leur mère les eût abandonnés, et Still Walking, la radiographie infiniment humaine d'un clan qui se réunit pour célébrer l'anniversaire de la mort de l'aîné. Dans ce film, la tristesse a gangrené le père et la mère, désormais incapables de communiquer avec leurs deux autres enfants. À la fin cependant, la lumière prévaut. «Still Walking est un film d'été», commente le cinéaste en opinant du chef.
Réalité et fiction
Parfois, la réalité rejoint la fiction. Ainsi, Kore-eda Hirokazu monta-t-il Still Walking dans la foulée du décès de sa mère alors qu'il se préparait plutôt à tourner Air Doll, l'histoire d'une poupée gonflable devenue humaine. Conte surréaliste mâtiné d'allusions à Pinocchio, cette oeuvre singulière campe à l'opposé des films précédents de l'auteur, en cela que ce dernier traite cette fois du gain de la vie et non de sa perte. «J'ai fait Still Walking parce que j'en éprouvais le besoin. Rapidement toutefois, j'ai eu hâte de replonger dans Air Doll.»
Bref, et en dépit des apparences, Kore-eda Hirokazu évolue résolument parmi les vivants. Notons en terminant que l'événement Un mois du cinéma japonais se déroule à la cinémathèque jusqu'au 9 octobre.
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