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    La série documentaire Maisons de Fous - Âmes souffrantes mises à nu

    L'oeuvre du réalisateur Alexandre Hamel vise à «déstigmatiser la maladie mentale»

    13 septembre 2011 |Amélie Daoust-Boisvert | Cinéma
    Le réalisateur Alexandre Hamel (à gauche) en compagnie de Patrick et de Marie-Pier, deux personnages plus grands que nature de la série documentaire Maisons de Fous.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le réalisateur Alexandre Hamel (à gauche) en compagnie de Patrick et de Marie-Pier, deux personnages plus grands que nature de la série documentaire Maisons de Fous.
    De la courbe d'une fesse ici à celle d'un biceps là, on nous a habitués aux jeunes en quête de gloire qui se dénudent à tout vent dans les émissions de télé-réalité. Mais quand le mal de l'âme et les vulnérabilités les plus intimes de personnes souffrant de diverses maladies mentales remplacent ces dévoilements superficiels, la mise à nu déroute, frappe et laisse songeur. Bienvenue dans les Maisons de fous, une série documentaire en huit épisodes présentée cet automne à TV5.

    Chambre 104. En préambule du premier épisode, le réalisateur Alexandre Hamel s'installe dans une «maison de fous», une «ressource d'hébergement dans la communauté» de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine. Autrement dit, un milieu de vie intermédiaire entre l'hôpital et la maison, où les patients expérimentent l'autonomie tout en étant entourés d'intervenants spécialisés 24 heures sur 24.

    Le cinéaste ne s'est pas contenté de tourner quelques entrevues: il a vécu avec Marie-Pier, Marc-André, Patrick, Édith et tous les personnages plus grands que nature de sa série documentaire. «Pendant six mois, j'étais là tous les jours, même les fins de semaine», expliquait-il hier lors de la projection de presse de son oeuvre. On peut dire qu'il s'est investi entièrement dans l'aventure. «J'ai pris deux mois de vacances après, confie-t-il. J'étais détruit. J'aurais mérité ma place à l'hôpital.» Hier, il apparaissait pimpant et prêt à déboulonner de nouveaux tabous.

    «Cinéaste recherché»: c'est en répondant à une petite annonce parue dans le journal Voir il y a trois ans que l'univers d'Alexandre Hamel, patineur artistique et vidéaste amateur, allait basculer. «J'ai appris beaucoup. Le respect des gens différents. Ils ont tous vécu de grosses épreuves et ils s'en sortent, ils sont impressionnants!» Le résultat force les changements de perspectives.

    Sans filtre

    Doit-on tout montrer? Alexandre Hamel avoue que, pour certaines scènes particulièrement intenses, «on y a pensé à deux fois». Les résidents ont chaque fois eu le dernier mot. Et ils osent.

    Comme Marie-Pier. Quand elle arrive à la résidence Petite-Patrie, elle sort d'un long et éprouvant séjour à l'hôpital.

    Dans l'oeil de la caméra d'Alexandre Hamel, on la voit lutter contre ses démons dans un ultime combat pour retrouver une vie «normale». Des hauts, des bas, et des moments particulièrement troublants. Elle qui ne voulait pas participer de prime abord — «je ne voulais rien savoir d'être filmée!», confie-t-elle — se livre finalement sans filtre. «Le but n'est pas d'être spectaculaire, c'est de déstigmatiser la maladie mentale!», dit Alexandre Hamel. «À la longue, j'ai vu que ça pouvait sensibiliser les gens», ajoute la jeune femme.

    Il y a les petites et les grandes victoires. «Aujourd'hui, j'ai coupé une tomate avec un couteau, lance-t-elle, très fière, dans une séquence. Avant, je n'étais pas capable. Je voyais tout le temps plein de sang chaque fois que j'avais un couteau proche.»

    Intervenante à Petite-Patrie, Ariane a ressenti des frissons hier lors de la projection, impressionnée par le chemin parcouru par Marie-Pier depuis environ un an. Aujourd'hui, «je vais bien», confie cette dernière, encore un peu secouée par le visionnement des scènes relatant des jours difficiles qui sont définitivement derrière elle. Diplômée en éducation spécialisée, elle travaille maintenant auprès d'adolescents autistes et habite dans son propre appartement. «Je peux les aider, j'ai vécu la même chose», dit-elle.

    Syndrome d'Asperger. Gilles de la Tourette. Troubles obsessifs compulsifs. Troubles d'adaptation avec humeur dépressive. Pas exactement le genre d'informations qu'on a l'habitude de voir sur un CV. Mais Marie-Pier a fait le pari de la transparence. «Se trouver un emploi, c'est difficile. J'ai choisi d'en parler. Mais oui, il y a du monde qui n'était pas intéressé à m'engager», raconte-t-elle. Alexandre Hamel rêve pour sa part du jour où on dévoilera avec fierté avoir combattu une maladie mentale, au même titre qu'un cancer.

    Dans Maisons de fous, on assiste aussi aux tribulations de Marc-André. Hospitalisé à 9 ans, il en ressort 27 ans plus tard. Dans la série, on observe ses premiers pas en dehors des murs. Il y a Édith, qui doit apprendre à gérer dépendance à l'alcool et prise de sa médication pour contrôler les symptômes de la schizophrénie. Son ami Patrick, qui, après avoir vécu ses propres heures sombres, l'appuie. Et toute une constellation de personnages secondaires et d'intervenants dont on admire l'aplomb, la patience et le petit côté maternel.

    Si Marie-Pier, Marc-André et Édith ont ouvert la porte de leur quotidien à Alexandre Hamel, il leur a renvoyé l'ascenseur. Avec des moyens limités — une caméra, un micro, un ordinateur —, il a partagé ses connaissances avec plusieurs de ses colocs temporaires, qui ont réalisé leurs premiers courts métrages.

    Sons et lumières exacerbés, visions macabres, gestes répétitifs, envies irrépressibles et décomptes mentaux continuels, le film de Marie-Pier, par exemple, nous transporte dans sa tête. «Dans mon film, c'est comme si on voyait à travers mes yeux, qu'on entendait ce qui se passe dans ma tête», explique-t-elle.

    En plus d'être diffusés sur le Web, ces courts métrages regroupés sous le nom de Foliewood seront présentés sur grand écran ce soir au cinéma Beaubien.












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