François Ozon, un surdoué jongleur
J'avais rencontré François Ozon au dernier Festival de Cannes, à l'heure où son Swimming Pool était présenté en compétition. Il ne livre pas avec ce film son oeuvre la plus forte, mais ses glissements séduisent. Il trône de toute façon, bon cru, mauvais cru, sur le cinéma français comme une sorte de surdoué jongleur. Ozon livre des oeuvres souvent ambiguës (Gouttes d'eau sur pierres brûlantes), des constructions à plusieurs voix ludiques (8 femmes), des incursions intimistes sombres et puissantes (Sous le sable).
J'aurais dû écrire cette entrevue quand Swimming Pool est sorti dans nos salles en juillet, mais les vacances sont les vacances. Le texte a attendu mon retour.
Ozon a le physique d'un beau jeune premier et le vent dans les voiles comme cinéaste. On l'imagine en train de s'envoler pour la Californie en criant by! by! à sa mère patrie. Pourquoi d'ailleurs avoir tourné Swimming Pool en anglais? On le lui demande. «Je n'ai jamais rêvé de travailler en anglais, répond-il. Cela dit, Charlotte Rampling [elle était aussi la vedette de Sous le sable] est anglaise et la langue de tournage s'est imposée. Bien sûr, je pourrais réaliser une grosse production en anglais, même sans l'aide d'Hollywood. L'important est d'être fidèle à son thème.»
François Ozon émergeait du tournage de 8 femmes qu'il avait trouvé fort éprouvant. Diriger huit vedettes féminines avec leur ego, leurs humeurs, n'est pas nécessairement une sinécure. Alors, il a voulu réduire la distribution pour son film suivant, réunir deux comédiennes qu'il aimait beaucoup: Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier. «Charlotte est une actrice qui apporte du mystère au quotidien. Ludivine va au charbon, accepte de jouer le jeu jusqu'au bout en faisant confiance au réalisateur. Mon film part un peu du cliché de la petite Française délurée face à l'Anglaise collet monté. Puis le cliché sort de sa piste et nous entraîne ailleurs.»
«J'aime filmer des actrices, explique le cinéaste, les mettre à nu. Le fait de tourner dehors au bord d'une piscine permet de réduire leurs costumes au minimum (ou à rien du tout), de capter leurs corps.»
Rappelons que l'histoire de Swimming Pool est celle d'une romancière anglaise (Rampling) venue en Provence trouver l'inspiration créatrice dans la maison de campagne d'un ami dont la fille (Ludivine) débarque abruptement et brouille les cartes.
Swimming Pool est aussi un film gigogne. «J'aime mêler les niveaux de réalité, déclare le réalisateur. Dans un processus créatif, tout se mélange. On utilisera le mouvement d'un tel, le regard d'un autre pour créer une figure de fiction. Je voulais mettre le spectateur dans la même position que le créateur face au vrai et au faux. Alors, mon film porte sur le fantasme qu'on projette sur les autres. L'héroïne romancière se sert des gens qu'elle rencontre pour réinventer leur vie. En ce sens, Swimming Pool constitue un autoportrait. Ce besoin de se couper du monde pour créer qu'éprouve la romancière, je le ressens également.»
À son avis, dans un film, il est important que l'intrigue ne passe pas par le dialogue, que les mots ne viennent pas expliquer les choses. «C'est l'action qui doit ouvrir une porte sur l'imagination. La romancière a-t-elle inventé cette présence de la jeune fille à la maison de Provence dans Swimming Pool? Au spectateur de décider. Des clés, il en existe plusieurs ou pas du tout. C'est cette ambiguïté qui me plaît.»
J'aurais dû écrire cette entrevue quand Swimming Pool est sorti dans nos salles en juillet, mais les vacances sont les vacances. Le texte a attendu mon retour.
Ozon a le physique d'un beau jeune premier et le vent dans les voiles comme cinéaste. On l'imagine en train de s'envoler pour la Californie en criant by! by! à sa mère patrie. Pourquoi d'ailleurs avoir tourné Swimming Pool en anglais? On le lui demande. «Je n'ai jamais rêvé de travailler en anglais, répond-il. Cela dit, Charlotte Rampling [elle était aussi la vedette de Sous le sable] est anglaise et la langue de tournage s'est imposée. Bien sûr, je pourrais réaliser une grosse production en anglais, même sans l'aide d'Hollywood. L'important est d'être fidèle à son thème.»
François Ozon émergeait du tournage de 8 femmes qu'il avait trouvé fort éprouvant. Diriger huit vedettes féminines avec leur ego, leurs humeurs, n'est pas nécessairement une sinécure. Alors, il a voulu réduire la distribution pour son film suivant, réunir deux comédiennes qu'il aimait beaucoup: Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier. «Charlotte est une actrice qui apporte du mystère au quotidien. Ludivine va au charbon, accepte de jouer le jeu jusqu'au bout en faisant confiance au réalisateur. Mon film part un peu du cliché de la petite Française délurée face à l'Anglaise collet monté. Puis le cliché sort de sa piste et nous entraîne ailleurs.»
«J'aime filmer des actrices, explique le cinéaste, les mettre à nu. Le fait de tourner dehors au bord d'une piscine permet de réduire leurs costumes au minimum (ou à rien du tout), de capter leurs corps.»
Rappelons que l'histoire de Swimming Pool est celle d'une romancière anglaise (Rampling) venue en Provence trouver l'inspiration créatrice dans la maison de campagne d'un ami dont la fille (Ludivine) débarque abruptement et brouille les cartes.
Swimming Pool est aussi un film gigogne. «J'aime mêler les niveaux de réalité, déclare le réalisateur. Dans un processus créatif, tout se mélange. On utilisera le mouvement d'un tel, le regard d'un autre pour créer une figure de fiction. Je voulais mettre le spectateur dans la même position que le créateur face au vrai et au faux. Alors, mon film porte sur le fantasme qu'on projette sur les autres. L'héroïne romancière se sert des gens qu'elle rencontre pour réinventer leur vie. En ce sens, Swimming Pool constitue un autoportrait. Ce besoin de se couper du monde pour créer qu'éprouve la romancière, je le ressens également.»
À son avis, dans un film, il est important que l'intrigue ne passe pas par le dialogue, que les mots ne viennent pas expliquer les choses. «C'est l'action qui doit ouvrir une porte sur l'imagination. La romancière a-t-elle inventé cette présence de la jeune fille à la maison de Provence dans Swimming Pool? Au spectateur de décider. Des clés, il en existe plusieurs ou pas du tout. C'est cette ambiguïté qui me plaît.»
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

