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    Le pari de la lenteur

    26 août 2011 |André Lavoie | Cinéma
    Chehma, le vieux pêcheur<br />
    Photo: Photo Films du 3 mars Chehma, le vieux pêcheur
    Les tortues ne meurent pas de vieillesse
    Réalisation et scénario: Hind Benchekroun, Sami Mermer. Image: Sami Mermer. Montage: René Roberge. Canada-Maroc, 2010, 92 min.
    Ce n'est ni un hommage ni du plagiat, tout au plus une lointaine ressemblance que les jeunes cinéastes Hind Benchekroun et Sami Mermer peuvent sans conteste revendiquer: on retrouve un peu de l'esprit de Pour la suite du monde, de Pierre Perrault et Michel Brault, dans leur documentaire Les tortues ne meurent pas de vieillesse.

    Au fil des conversations et des silences de trois patriarches d'origine marocaine qui forment le coeur de ce film, on retrouve des préoccupations que partageaient les habitants de l'île aux Coudres dans les années 1960: la perte des traditions, la fracture des générations, la fin d'un mode de vie terrassé par la modernité, etc.

    Ce sont ces inquiétudes, ces angoisses sourdes, qu'expriment, souvent en peu de mots (ou avec une certaine propension à la redite), Chehma, un vieux pêcheur, Abdesslam, un musicien porté sur la drogue!, et Erradi, un aubergiste irascible et misanthrope. À tour de rôle chacun expose sa philosophie de vie, résumée en des mots très simples, certains s'excusant d'avoir trop peu fréquenté l'école, chose qu'ils ne souhaitent pas pour leurs descendants.

    Mais ce n'est pas tant leurs réflexions qui animent l'intérêt des deux cinéastes que l'osmose de ces hommes ridés, mais encore fiers et robustes à leur environnement. Face à la Méditerranée ou cachés derrière le grillage des fenêtres de leur demeure, ils commentent le monde tel qu'ils le voient, vision d'espoir autant que d'amertume, teintée d'un soupçon de paranoïa, surtout chez Erradi, le moins attachant du trio.

    Ces tortues, qui marchent sans précipitation mais d'un pas constant, frappées parfois par le destin (Abdesslam vivra le pire des deuils, évoqué en fin de parcours), se laissent découvrir avec une certaine pudeur, jouant un peu au chat et à la souris avec les cinéastes. Cette pudeur constitue à la fois la force et la faiblesse de ce portrait de groupe au style contemplatif, au rythme parfois lancinant. En cela, il épouse la belle indolence de ce coin du monde où pourtant le mot «retraite» n'est pas à la mode.

    ***

    Collaborateur du Devoir

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    - V.o., s.-t.f.: Cinéma Parallèle
    Chehma, le vieux pêcheur<br />
Erradi, l’aubergiste irascible et misanthrope<br />












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