Huit prix Génie pour Incendies, dont meilleur film et meilleure réalisation

Lubna Azabal, si bouleversante dans le rôle de la mère dans Incendies, a remporté le Génie de la meilleure actrice.<br />
Photo: Source Films Séville Lubna Azabal, si bouleversante dans le rôle de la mère dans Incendies, a remporté le Génie de la meilleure actrice.

Le duel qui opposait aux Génies canadiens Incendies de Denis Villeneuve à Barney's Version de Richard J. Lewis se sera soldé par le triomphe du premier. Avant-goût du gala des Jutra qui couronnera dimanche les artisans du cinéma québécois, avec Incendies en tête. Tout semble l'indiquer.

Villeneuve remet le couvert, puisque l'an dernier son Polytechnique avait triomphé également aux Génies avec neuf trophées, dont les plus glorieux.

À Ottawa, au Centre national des arts, de l'autre côté de la frontière ontarienne, huit statuettes, et non les moindres, venaient hier ponctuer le sacre d'Incendies: meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario adapté (de la pièce de Wajdi Mouawad), meilleures images, meilleur montage, meilleure actrice pour Lubna Azabal, si bouleversante dans le rôle de la mère, meilleur son d'ensemble, meilleur montage sonore. Qui dit mieux?

Barney's Version, mégaproduction canadienne de Richard J. Lewis, adaptée du dernier roman de Mordecai Richler et tournée en grande partie à Montréal, poussée aussi par le puissant producteur torontois Robert Lanthos, était le titre à vaincre, avec ses 11 nominations,

soit une de plus qu'Incendies. Mais le film de Lewis a également fait le plein de statuettes, beaucoup du côté de l'interprétation: meilleur acteur pour l'Américain Paul Giamatti, qui impressionna dans la peau de Barney (déjà couronné aux Golden Globes), meilleur acteur de soutien à Dustin Hoffman, qui incarnait son père avec une merveilleuse dérision, meilleure actrice de soutien à l'irrésistible Minnie Driver, meilleure musique originale, meilleure direction artistique, meilleurs maquillages, meilleurs costumes.

À eux deux, les favoris ont balayé beaucoup de terrain, au détriment de bons joueurs, dont plusieurs québécois. L'intense 10 1/2 de Podz, huit fois cité, n'a rien remporté, pas plus que Les Sept jours du Talion du même cinéaste. Idem pour Les Amours imaginaires de Xavier Dolan, Route 132 de Louis Bélanger, Piché: entre ciel et terre de Sylvain Archambault, tous repartis les mains vides. Du moins étaient-ils dans la course. Curling de Denis Côté et À l'origine d'un cri de Robin Aubert n'avaient reçu aucune nomination.

Mais le Québec ne peut guère jouer les oubliés. Outre la tornade Incendies, l'amusante comédie de campus The Trotsky de Jacob Tierney a pu se faufiler entre les deux piliers, récoltant les Génies du meilleur scénario original et de meilleure chanson originale pour son Already Gone.

Par ailleurs, la palme du meilleur documentaire, hautement méritée, est allée à l'extraordinaire Last Train Home de Lixin Fan, production de l'ONF tourné en Chine. Sans oublier la statuette du meilleur court métrage d'animation au remarquable Lipsett Diaries de Theodore Ushev, issu de l'ONF lui aussi, biographie fictive du cinéaste d'animation Arthur Lipsett. On savait déjà aussi que le prix Claude-Jutra du meilleur premier long métrage allait à Sortie 67 de Jephté Bastien, abordant les gangs de rue dans un quartier de Montréal.

Les Génies, toujours dans la délicate position de reconnaître peu ou prou la vivace industrie du cinéma québécois et la piètre performance des oeuvres canadiennes-anglaises, auront du moins cette année pu couper la poire en deux et célébrer les deux cinématographies. Les votants ont eu l'honnêteté d'élire au sommet Incendies, que sa nomination aux Oscar a dû aider, alors qu'ils avaient cette fois une production canadienne, Barney's Version, sinon excellente, du moins imposante à se mettre sous la dent du côté anglophone.
3 commentaires
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 11 mars 2011 09 h 59

    Provincialisme et myopie culturelle.

    On n'en a que pour Incendies. Je suis d'accord, c'est un excellent film. Mais Barney's Version est aussi, en grande partie, Montréalais, et basé sur une histoire d'un de ses plus grands écrivains, Mordecai Richler.

    Je sais, je sais, Mordecaï n'aimait pas le nationalisme québécois et le film a été produit par des anglo-saxons. Deux fautes rédhibitoires. Myopie et nombrilisme, quand vous nous tenez...

  • André Michaud - Inscrit 11 mars 2011 10 h 12

    Bravo Mme Azabal

    Mme Azabal est de loin la meilleure actrice dans Incendies...sans elle le film serait beaucoup moins puissant!

    Le fait que l'on ne connait pas cette actrice a énormément joué pour donner plus de crédibilité à son personnage.

    Le film "Les Clandestins" avait aussi cette crédibilité que donne des acteurs non connus. Si je faisais des films j'aimerais utiliser seulement des acteurs inconnus, mais comme le financement se fait sur le casting..

    Personnellement j'ai plus aimé Le Monde selon Barney que Incendies. Une excellent adaptation du meilleur roman québécois que j'ai lu..

  • Bernard Gervais - Inscrit 11 mars 2011 10 h 26

    Des prix bien mérités

    Même si on s'y attendait un peu, bravo au film Incendies pour tous les prix Génie qu'il a raflés, surtout pour les plus importants de tous, soit ceux du meilleur film et et de la meilleure réalisation. Et on peut déjà prévoir que ce sera la même chose lors du gala des Jutra.

    Denis Villeneuve est décidément un cinéaste qui a beaucoup de talent.

    Malgré un scénario parfois difficile à suivre, son film, fort bien interprété, nous tient constamment en haleine. Une oeuvre qui nous donne aussi le goût de découvrir - si on ne le connaît pas encore - l'univers théâtral de Wajdi Mouawad et d'en savoir plus sur la guerre civile qu'a connue son pays au cours des années 1970.