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J'm'en va r'viendre aux Rendez-vous du cinéma québécois - Mission Faulkner

Sylvain Cormier   24 février 2011  Cinéma
Envers et contre tout, Sarah Fortin a réalisé presque à elle seule son Faulkner, un portrait franchement extraordinaire.<br />
Photo : Photo Sarah Fortin
Envers et contre tout, Sarah Fortin a réalisé presque à elle seule son Faulkner, un portrait franchement extraordinaire.
Je m'en va r'viendre, documentaire présenté ce soir à l'auditorium de la Grande Bibliothèque dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois, est une sorte de miracle. L'aboutissement d'un projet sans bon sens mené par une cinéaste valeureuse et têtue.

Un film sur Stephen Faulkner? Idée ruineuse par excellence, quiconque a fréquenté le cowboy itinérant de la chanson québécoise vous le dira. Faulkner? Irrésistible, vif, méchamment drôle, mais pas gérable. Draine son monde. Joue trop expertement pour son bien le rôle du loser magnifique. Néanmoins l'un des géants de la poésie chansonnière nord-américaine. Et l'un des moins célébrés, hélas. Et l'un des plus désargentés, doublement hélas. Pourtant, rien que pour Doris, Le Météore, Si j'avais un char et le bridge de Pleine lune, on devrait tous le remercier à genoux. Aux États, il serait Kris Kristofferson et Roger McGuinn à lui tout seul. Ici, il vivote et les vieux fans l'appellent encore Cassonade.

Envers et contre tout, Sarah Fortin a réalisé presque à elle seule son Faulkner, un portrait franchement extraordinaire, bouleversant souvent, à pisser de rire parfois, sensible tout le temps. Et je ne l'ai pas aidée. J'aurais pu: il y a deux-trois ans, elle avait voulu qu'on se parle de lui, en ma qualité d'auteur de la préface de Si j'avais un char - Anthologie 1975-1992. Honnêtement, j'avais un peu abandonné le grand échalas à son sort. De guerre lasse. J'en pouvais plus de le voir frapper le même mur et imputer la faute au mur. «Je ne lâche pas le morceau», m'avait-elle écrit et récrit.

L'admirable ténacité de Sarah Fortin aura permis de montrer très exactement ça: «un tour de roue» dans la vie de Stephen Faulkner. Tournage en noir et blanc, personnage haut en couleur. «Je replonge dans la marde tous les cinq ans, c'est cyclique», y résume l'intéressé, laconique. Ainsi le suit-on dans sa dernière tentative de sortie du trou, entouré de jeunes musiciens, fous de country-rock, qui l'accompagnent corps et âme et qui, à leur tour, vivent la totale Faulkner: moments d'exaltation sur scène, moments de doute puis de colère quand les nouvelles chansons promises n'arrivent pas et les espoirs d'endisquer s'amenuisent. «Quand [le jeune guitariste] Carl Prévost finit par se fâcher, l'histoire se répète, constate la jeune femme. J'espérais que ça brasse un peu Steve, mais il est tellement saboteur qu'il se contente d'avouer qu'il est paresseux...»

En contrepartie, il y a les performances: partout Sarah Fortin obtient Faulkner à son meilleur, dans les petites salles de Montréal (Divan orange, Verre Bouteille), sous les chapiteaux de festivals. À chaque chanson on se remet à l'aimer très fort. «C'était mon pari. Le montrer comme il est et qu'on le trouve attachant quand même.» La preuve, après la projection, on se transportera au bistro de la Cinémathèque pour un boeuf en l'honneur de Faulkner avec ses amis Antoine Gratton, Fred Fortin et cie. Belle occasion de relance. En profitera-t-il? Dixit Stephen: «J'atteins le point de mon retour...»
 
 
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  • Pierre Schneider - Abonné
    24 février 2011 07 h 04
    Une réponse ?
    Je me suis toujours demandé comment il se faisait qu'un artiste et créateur de si grand talent demeure si longtemps dans l'obscurité, après quelques succès éphémères. Je pense que ce film va répondre à mes questions, tout comme j'espère vivement que revive sur scène ce musicien poète pour qui j'ai la plus vive admiration.


    J'écoute encore ses anciens disques et je me dis souvent: Quel génie méconnu !
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