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Iran - Le cinéaste Jafar Panahi écroué et muselé

Il a livré ses dernières interviews d'homme libre à Montréal en 2009

Odile Tremblay   21 décembre 2010  Cinéma
Jafar Panahi était assigné à résidence depuis sa sortie de prison en mai dernier.<br />
Photo : Agence France-Presse Atta Kenare
Jafar Panahi était assigné à résidence depuis sa sortie de prison en mai dernier.
Voici que la liberté artistique est bafouée plus que jamais au pays des mollahs et que le septième art est frappé au cœur et à l'âme. Jafar Panahi, cinéaste âgé de 50 ans et vrai héros de la résistance, s'est vu infliger par un tribunal iranien, en fin de semaine, une sentence lourde et inique de six ans de prison pour activités et propagande contre le pouvoir. Son clou enfoncé, on lui interdit de réaliser des films, d'accorder des entrevues, d'écrire des scénarios et de mettre le nez hors du pays durant vingt ans. À lui, l'écrou et la muselière.

Mohammad Rasulov, cinéaste iranien et assistant de Panahi, a écopé d'une peine identique de six ans de prison. L'avocate Farideh Gheyrat ira en appel, mais la notoriété internationale de Panahi, qui lui a longtemps servi d'armure contre son propre gouvernement, semble ternie et usée face aux rigueurs d'un régime qui défie désormais les imprécations planétaires.

Rappelons que, le 1er mars dernier, le cinéaste du Ballon blanc (Caméra d'or à Cannes) et du magnifique plaidoyer féministe Le Cercle (Lion d'or à Venise) interdit en son pays voilé, célébré et multiprimé pour tous ses films sur la planète festival, avait été arrêté à son domicile de Téhéran par des Gardiens de la révolution, avec perquisitions et saisies d'ordinateurs. On lui reprochait d'avoir tourné en juillet 2009 sous le manteau, à des fins cinématographiques, des images des manifestations et de la cérémonie ayant commémoré la mort de Neda Agha-Solam, victime des répressions policières après la réélection contestée du président Ahmadinejad.

Écroué pendant 88 jours dans des conditions terribles à la prison d'Évin, à Téhéran, réservée aux prisonniers politiques, et défendu par toute la communauté cinématographique à cor et à cri et à coups de pétitions, il avait entamé une grève de la faim en mai dernier en plein Festival de Cannes, où il n'avait pu siéger comme juré. Son siège était demeuré ostensiblement vide. On avait vu l'actrice Juliette Binoche dénoncer avec vigueur, larme sur joue, le sort du prisonnier politique. Le cinéaste avait été libéré après dix jours sans boire ni manger, en danger de mort, moyennant le versement d'une caution de 200 000 $, désormais assigné à domicile. Son procès s'est déroulé en octobre dernier, avec plaidoyer de Panahi se défendant contre une accusation d'incitation à la révolte et précisant que son travail n'avait pour but que de faire connaître la situation de l'Iran actuel. Il affirmait alors: «Seule une tolérance accrue pourrait sauver la nation.»

Combattant de la liberté

Sa dernière sortie publique s'était faite à Montréal, au Festival des films du monde en août 2009, comme président du jury de la compétition officielle. Arborant l'écharpe verte aux couleurs du parti d'opposition, il avait bravement confié sa résistance au régime d'Ahmadinejad, alors reconduit de façon douteuse. «Toute la population s'est manifestée contre l'insulte qui lui fut faite, confiait-il au Devoir. Elle ne peut tolérer cette élection truquée. Nous sommes nombreux. Nous vaincrons. Aucun régime ne devrait être théocratique et le ver est dans la pomme de ce gouvernement.» Cet artiste, qui aurait pu recevoir asile partout, refusait de quitter sa patrie mais y voyait ses récents projets refusés, en particulier ce film sur le conflit Iran-Irak dont il était un ancien combattant et qu'il brûlait de tourner.

Figure de proue de la Nouvelle Vague iranienne, au départ documentariste, Jafar Panahi avait été l'assistant d'Abbas Kiarostami pour le merveilleux film Au travers des oliviers, en 1994, chant de mémoire cinématographique. Cinéaste témoin et urbain, Panahi ancra surtout son oeuvre dans les rues de Téhéran, prêtant la parole à des êtres en quête de dignité. Outre Le Ballon blanc et Le Cercle, ses film Sang et Or, en 2003 (primé à Un Certain Regard à Cannes), et Offside, en 2006 (Ours d'argent à la Berlinade), mettaient en scène des humiliés et des obstinés qui refusent d'abdiquer. La condition des femmes fut pour lui un combat, et ses prouesses stylistiques furent un langage d'exception. Il contourna longtemps le système en présentant des synopsis divergeant de ses véritables projets, mais, depuis quatre ans, il se voyait débouté à tout coup.

Absent à Cannes, Jafar Panahi l'avait été tout autant au dernier Festival des films du monde et à la Mostra de Venise l'été dernier, où il était attendu. Le prochaine Berlinade l'a également invité à siéger au jury, du 10 au 20 février 2011, mais sa chaise, là aussi, devrait demeurer vide.

Le comité de soutien qui avait mobilisé en mai la communauté des cinéastes, après la première incarcération de Panahi, sera remis sur pied. Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, en a fait la promesse, tandis que le philosophe Bernard-Henri Lévy a accusé l'Iran d'avoir déclaré la guerre à ses artistes et à la société civile tout entière. Quant au ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, il a dénoncé une atteinte inacceptable à la liberté de pensée et de création artistique, en réclamant pour Panahi une totale liberté. Intellectuels et artistes se mobilisent, mais le cinéaste a repris pour deux semaines le chemin de la prison, avant de pouvoir faire appel de sa terrible condamnation.

***

Avec l'Agence France-Presse
 
 
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  • Gebe Tremblay - Inscrit
    21 décembre 2010 06 h 40
    Un autre de la National "Démocratic" Institute ?
    Il tourne des images de la "révolution verte", des cérémonies de la Sainte Nada, mais n'arrive pas à tourner des images des supposées lapidations publiques qui supposément se produisent presque chaque jour en Iran !

    Un cinéaste qui n'est jamais là au bon moment pour certains événements bien spécifiques, mais toujours là à d'autres.

    Et voilà-ti pas nos intellos "Français" qui braillent pour la liberté de parole en Iran pendant qu'ils condamnent leurs humoristes et emprisonnent des ingénieurs pour leurs découvertes non-compatibles aux dogmes du politicorrect !

    Quelle belle bande d'hypocrites !
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  • Yves Lever - Abonné
    21 décembre 2010 08 h 29
    Qu'en pense Amir Khadir ?
    Voiià ce qui serait une bonne cause pour le député de Québec solidaire...

    S'est-il déjà prononcé contre les turpitudes venant de son monde musulman et de son pays d'origine?

    Évidemment, c'est moins dangereux d'aller manifester devant un magasin de chaussures de son quartier! Ou de lancer un soulier devant un Américain.
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  • Carol Létourneau - Abonné
    21 décembre 2010 08 h 34
    La liberté
    @G. Tremblay
    Attention! Que diriez-vous d'un régime qui vous emprisonnerait pour vous taire? Vous dénoncez les intellos... comme les conservateurs, qui se foutent de ceux qu'ils prétendent représenter, qui comme vous dénoncent les appels à la liberté, se croyant les seuls détenteurs de La Vérité. Non! On ne gagnera jamais rien à mépriser les appels à la liberté. Vous pouvez dénoncer les intellos qui ne pensent pas comme vous. Bravo pour cet acte libre! Mais comment pouvez-vous ne pas dénoncer l'emprisonnement de M. Panahi.
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  • André Michaud - Inscrit
    21 décembre 2010 08 h 53
    Ou sont les artistes?
    Voila une cause très pertinente pour les artistes, défendre la liberté d'expression des artistes.

    Pourquoi dénoncent-ils l'hydroélectricté des barrages, une science qu'il ne connaissent aucunement, crachent sur le premier ministre M.Charest, mais restent silencieux devant la censure en Iran ou à Cuba?

    Drôle de sens des valeurs..
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  • YvonMo - Abonné
    21 décembre 2010 18 h 46
    L'Homme
    Tous les combats pour une plus grande transparence de l'appareil politique, toute lutte pour une plus grande liberté, toute dénonciation visant à mobiliser la masse sur des questions qui la touche de près ou de loin doit être encouragée.
    Les attaques destinées aux artistes qui ont le courage de sortir et de dénoncer la bêtise humaine n'ont pas lieu d'être ; on devrait plutôt suivre l'exemple et embarquer dans la parade.
    Le cas de Panahi en rejoint d'autres du même ordre, ailleurs dans des contrées dirigées par des gouvernements totalitaires, méprisants et opprimants tout individu qui remet en cause les dogmes archaïques des "partis" au pouvoir. Qu'on regarde vers la Chine, l'Arabie Saoudite ou encore la Corée du Nord, pour n'en nommer que quelques uns, des situations similaires s'y produisent au quotidien, ruinant l'existence de nos semblables pour des raisons idéologiques. Panahi est un cinéaste de renom, mais pour un homme qui fait l'objet d'une couverture médiatique, combien sont oubliés ? Combien de chercheurs aussi font l'objet de censure pour contempler l'actionnaire avide ? Et ne soyons pas dupes, le cas de Panahi se déroule en Iran mais dans nos grandes démocraties occidentales on ne fonctionne plus à la façon platonicienne non plus. L'idéologie conservatrice est un bon exemple ...
    Le genre humain se distingue du règne animal par sa capacité de penser et de créer.
    Lui enlever cette capacité c'est le tuer.

    Yves Monette
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