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Cinéma - Un séduisant clone approximatif

Martin Bilodeau   15 juin 2002  Cinéma
Matt Damon dans The Bourne Identity. - Photo Isabel Ellsen
Matt Damon dans The Bourne Identity. - Photo Isabel Ellsen
Les films d'action se déroulant à Paris sont rares. Le seul qui me vient à l'esprit est Frantic, un des films les plus sous-estimés de Roman Polanski. Heureusement, The Bourne Identity, transposition à l'écran du roman du même titre de Robert Ludlum paru en 1980, est dans la même veine.

La proie de la chasse à l'homme qui s'engage dès les premières minutes de ce film signé Doug Liman (Swingers, Go) est un dénommé Bourne (Matt Damon), repêché dans la Méditerranée avec deux balles de revolver dans le dos et un trou béant dans la mémoire. Lancé sur une piste hasardeuse, l'homme qui ignore son identité, son métier et son adresse se rend à Zurich où on lui dévoile avec stupéfaction un bienheureux secret bancaire: son coffre contient six passeports et assez d'argent pour acheter un aéroport. Aussitôt pris en chasse par les agents européens de la CIA, mobilisés depuis Washington où sa tête est mise à prix par deux fonctionnaires arrogants (Chris Cooper et Brian Cox, à couteaux tirés), Bourne s'embarque pour la Ville lumière en achetant son passage dans la mini-Austin d'une Allemande bohème (Franka Potente). S'amorce alors une chasse à l'homme musclée, avec d'un côté un arsenal technologique de pointe et une armée de tireurs d'élite, de l'autre des traqués, un Nikita qui s'ignore et une Lola qui court à ses côtés sans savoir pourquoi.

Supérieur aux drames d'espionnage qu'on produit à la chaîne aujourd'hui (Mission: Impossible, Jeux d'espionnage), inférieur aux modèles du genre (Le Troisième Homme, L'espion qui venait du froid), The Bourne Identity, paradoxalement, assume fièrement son identité de clone approximatif. Sans autre souci pour lui-même, Liman enfile adroitement les poursuites et les moments tendres, dosant et rythmant son intrigue avec mesure, de telle sorte que les péripéties et la tension font oublier la forme conventionnelle du film et le peu d'originalité du scénario.

Sans doute l'un des acteurs les plus consciencieux et les plus intelligents de la nouvelle génération hollywoodienne, Matt Damon se révèle pour sa part étonnant dans un rôle où, une fois de plus, son esprit et son corps sont à couteaux tirés. Armée pour sa part d'un personnage unidimensionnel et bédéesque, l'Allemande Franke Potente (l'héroïne de Cours, Lola, cours) — dont l'avenir en sol américain, on le suppose, dépend du succès éventuel de ce film — inaugure sous nos yeux une nouvelle routine. Et du coup trompe la nôtre, qui consiste à voir des poupées glacées occuper ce poste. Devant des acteurs narcissiques comme Tom Cruise ou Keanu Reeves, elle aurait, sans grand effort, brillé de tous ses feux. Aux côtés du héros troublé qu'incarne si bien Matt Damon, on sent qu'elle a travaillé plus fort, pour un résultat plus modeste. Cela dit, c'est tout à son honneur si on se rappelle qu'on a passé un bon moment avec The Bourne Identity.
 
 
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