35e Festival international du film de Toronto - Quand le septième art s'ouvre un palace
Pour l'instant, il y a encore des casques de construction dans l'immeuble sur la tête d'ouvriers affairés comme des fourmis. En fait, l'inauguration se fera le 12 septembre avec party, concert, champagne, gros bonnets de la finance et du cinéma, richesse palpable et mines réjouies.
La plus grande star de cette 35e édition du Festival international du film de Toronto (TIFF), qui démarre aujourd'hui, n'est ni un acteur, ni un cinéaste, ni un film, plutôt un temple cinéphilique, un mammouth urbain. Le fameux Bell Ligthbox au coin de King et de John Street, en plein centre-ville, entre tramways et quartier des médias, voit enfin le jour.
Hier, avec un groupe de journalistes, on eut droit à une visite guidée du palace du 7e art, érigé au coût modique de 196 millions, promotion comprise. Toronto est riche et ça paraît.
Remarquez: côté façade et flancs, les architectes Bruce Kuwabara et Shirley Blumberg de la firme KPMB n'ont pas créé ici un Taj Mahal du XXIe siècle: des murs aveugles, mais avec trouées devant. Autour, les belles maisons et édifices victoriens s'écrasent en rechignant. À l'intérieur, on aurait bien rajouté quelque poésie artistique, mais les lieux sont high-tech, fonctionnels, avant tout riches de mille promesses et de bonnes idées. Ça impressionne.
Cinq cinémas, dont un de 530 places, un autre aux sièges rétractables pour laisser place à des installations, deux salles d'exposition, trois studios d'apprentissage, un centre pour les enfants et étudiants. Bistro, restaurant, alouette! Et j'en oublie. Cinq étages et tous les possibles.
Hier on s'est laissé toucher par l'hommage au passé: le volet «Essential Cinema» déroule le tapis rouge aux 100 meilleurs films de l'histoire du septième art, avec des affiches merveilleuses, des extraits de films (ils seront tous programmés), des artefacts: place à la robe de bal de Claudia Cardinale dans Le Guépard de Visconti, hommage central au Vertigo d'Hitchcock, à qui on doit au cinéma la figure de la spirale, du vortex, au coeur de notre imaginaire.
En haut, dans une petite salle, Atom Egoyan a créé une merveilleuse installation en projetant en fragments, sur des tissus de fortune accrochés sur des cordes à linge, des extraits de 8 1/2. Et l'Italie de Fellini renaît à travers cette mosaïque.
Dans la plus grande salle de cinéma sera projeté en 3D Cave of Unforgotten Dreams, que Werner Herzog a filmé dans les grottes de Chauvet. Après le festival, les chefs-d'oeuvre restaurés comme le Metropolis de Fritz Lang, vu à Montréal dans le cadre de Fantasia avec là aussi orchestre, compositeur et Gabriel Thibodeau à la baguette, sera un des événements de l'année. Bientôt aussi le Videodrome de David Cronenberg — avec le Wavelength de Michael Young, le seul film canadien à figurer au TIFF parmi le florilège des 100 meilleurs au monde — prendra l'écran, restauré lui aussi. Le Bell Lightbox sera l'hôte également de festivals comme le Hot Docs.
Le cinéma dans tous ses états: passé, présent et futur. Avec un important volet canadien et international. «Pas question de concurrencer Cineplex, dit Piers Handling, le directeur du TIFF. On veut offrir une programmation complémentaire.»
Il rappelle qu'il a fallu huit ans de travail intensif pour assister à l'accouchement de ce Bell Lightbox. Depuis le temps que lui et son équipe rêvaient d'un centre unifié, à la fois cinémathèque et rampe d'expérimentation, lieu de formation, de projection et d'exposition, palais d'accueil: un TIFF à l'année, le voici!
Dès octobre, l'exposition Tim Burton, qui a fait un tabac au Museum of Modern Arts de New York, y aménage ses pénates.
Le TIFF entend créer plusieurs événements-chocs au long des saisons, histoire de garder intacte l'ardeur cinéphilique qui retombait après chaque festival. «À Toronto, précise Piers Handling, les productions américaines occupent 95 % de la fréquentation des salles, 1 % pour le cinéma canadien, 4 % en provenance des autres pays. Mais nous voulons changer l'offre et accroître la demande pour les films non hollywoodiens, nos coups de coeur, les chefs-d'oeuvre de l'histoire aussi.»
Il espère y accueillir un million de visiteurs la première année, avec des films certes, des événements, des concerts, mais aussi des expos grand public. «Celle de Tim Burton attirera des clientèles qui ne fréquentent pas nécessairement la Cinémathèque et le Festival, des enfants aussi. Nous voulons former de nouvelles générations de cinéphiles. Les jeunes venus pour Tim Burton découvriront le centre, également des oeuvres accessibles sur les nouveaux supports: iPod, etc.»
N'empêche. Il fallut le financer, ce Bell Lightbox de 196 millions.
Le fédéral a injecté 25 millions, le provincial 35 millions. De généreux donateurs, dont la famille Reitman et The King and John Festival Corporation poussèrent la roue à grands frais. Les gouvernements ne mettront plus un sou dans l'aventure. L'argent privé est le nerf de la guerre, pour la suite des choses aussi.
«On prend un risque financier, explique Piers Handling. Cette année, 30 % de nos revenus proviendront d'activités que nous n'avons jamais organisées auparavant: les expos, la boutique de DVD, de livres. Sur la terrasse du dessus, on accueillera même de grandes réceptions, des mariages. Il faudra être à notre affaire, mais on y croit. Le Bell Lightbox par son ampleur est unique au monde.»
Dire qu'on se bat à Montréal pour quelques millions afin de remettre eXcentris à peu près sur pied. Ça rend quand même jaloux...
La plus grande star de cette 35e édition du Festival international du film de Toronto (TIFF), qui démarre aujourd'hui, n'est ni un acteur, ni un cinéaste, ni un film, plutôt un temple cinéphilique, un mammouth urbain. Le fameux Bell Ligthbox au coin de King et de John Street, en plein centre-ville, entre tramways et quartier des médias, voit enfin le jour.
Hier, avec un groupe de journalistes, on eut droit à une visite guidée du palace du 7e art, érigé au coût modique de 196 millions, promotion comprise. Toronto est riche et ça paraît.
Remarquez: côté façade et flancs, les architectes Bruce Kuwabara et Shirley Blumberg de la firme KPMB n'ont pas créé ici un Taj Mahal du XXIe siècle: des murs aveugles, mais avec trouées devant. Autour, les belles maisons et édifices victoriens s'écrasent en rechignant. À l'intérieur, on aurait bien rajouté quelque poésie artistique, mais les lieux sont high-tech, fonctionnels, avant tout riches de mille promesses et de bonnes idées. Ça impressionne.
Cinq cinémas, dont un de 530 places, un autre aux sièges rétractables pour laisser place à des installations, deux salles d'exposition, trois studios d'apprentissage, un centre pour les enfants et étudiants. Bistro, restaurant, alouette! Et j'en oublie. Cinq étages et tous les possibles.
Hier on s'est laissé toucher par l'hommage au passé: le volet «Essential Cinema» déroule le tapis rouge aux 100 meilleurs films de l'histoire du septième art, avec des affiches merveilleuses, des extraits de films (ils seront tous programmés), des artefacts: place à la robe de bal de Claudia Cardinale dans Le Guépard de Visconti, hommage central au Vertigo d'Hitchcock, à qui on doit au cinéma la figure de la spirale, du vortex, au coeur de notre imaginaire.
En haut, dans une petite salle, Atom Egoyan a créé une merveilleuse installation en projetant en fragments, sur des tissus de fortune accrochés sur des cordes à linge, des extraits de 8 1/2. Et l'Italie de Fellini renaît à travers cette mosaïque.
Dans la plus grande salle de cinéma sera projeté en 3D Cave of Unforgotten Dreams, que Werner Herzog a filmé dans les grottes de Chauvet. Après le festival, les chefs-d'oeuvre restaurés comme le Metropolis de Fritz Lang, vu à Montréal dans le cadre de Fantasia avec là aussi orchestre, compositeur et Gabriel Thibodeau à la baguette, sera un des événements de l'année. Bientôt aussi le Videodrome de David Cronenberg — avec le Wavelength de Michael Young, le seul film canadien à figurer au TIFF parmi le florilège des 100 meilleurs au monde — prendra l'écran, restauré lui aussi. Le Bell Lightbox sera l'hôte également de festivals comme le Hot Docs.
Le cinéma dans tous ses états: passé, présent et futur. Avec un important volet canadien et international. «Pas question de concurrencer Cineplex, dit Piers Handling, le directeur du TIFF. On veut offrir une programmation complémentaire.»
Il rappelle qu'il a fallu huit ans de travail intensif pour assister à l'accouchement de ce Bell Lightbox. Depuis le temps que lui et son équipe rêvaient d'un centre unifié, à la fois cinémathèque et rampe d'expérimentation, lieu de formation, de projection et d'exposition, palais d'accueil: un TIFF à l'année, le voici!
Dès octobre, l'exposition Tim Burton, qui a fait un tabac au Museum of Modern Arts de New York, y aménage ses pénates.
Le TIFF entend créer plusieurs événements-chocs au long des saisons, histoire de garder intacte l'ardeur cinéphilique qui retombait après chaque festival. «À Toronto, précise Piers Handling, les productions américaines occupent 95 % de la fréquentation des salles, 1 % pour le cinéma canadien, 4 % en provenance des autres pays. Mais nous voulons changer l'offre et accroître la demande pour les films non hollywoodiens, nos coups de coeur, les chefs-d'oeuvre de l'histoire aussi.»
Il espère y accueillir un million de visiteurs la première année, avec des films certes, des événements, des concerts, mais aussi des expos grand public. «Celle de Tim Burton attirera des clientèles qui ne fréquentent pas nécessairement la Cinémathèque et le Festival, des enfants aussi. Nous voulons former de nouvelles générations de cinéphiles. Les jeunes venus pour Tim Burton découvriront le centre, également des oeuvres accessibles sur les nouveaux supports: iPod, etc.»
N'empêche. Il fallut le financer, ce Bell Lightbox de 196 millions.
Le fédéral a injecté 25 millions, le provincial 35 millions. De généreux donateurs, dont la famille Reitman et The King and John Festival Corporation poussèrent la roue à grands frais. Les gouvernements ne mettront plus un sou dans l'aventure. L'argent privé est le nerf de la guerre, pour la suite des choses aussi.
«On prend un risque financier, explique Piers Handling. Cette année, 30 % de nos revenus proviendront d'activités que nous n'avons jamais organisées auparavant: les expos, la boutique de DVD, de livres. Sur la terrasse du dessus, on accueillera même de grandes réceptions, des mariages. Il faudra être à notre affaire, mais on y croit. Le Bell Lightbox par son ampleur est unique au monde.»
Dire qu'on se bat à Montréal pour quelques millions afin de remettre eXcentris à peu près sur pied. Ça rend quand même jaloux...








