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À l'ombre du Che

Le fils du Che accompagne au FFM le documentaire de l'Argentin Tristan Baur consacré à son père, une hagiographie truffée de documents inédits

Odile Tremblay   4 septembre 2010  Cinéma
«Le poids du mythe, je le sens seulement quand je sors du pays pour présenter un film», dit Camilo Guevara March, le fils du Che.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
«Le poids du mythe, je le sens seulement quand je sors du pays pour présenter un film», dit Camilo Guevara March, le fils du Che.
Il a ses yeux, vrai de vrai, et un cigare aux lèvres, quoi d'autre? L'avocat de 48 ans partage les convictions paternelles et n'a guère envie de les entendre être contestées. On se surprend à traquer chez lui des traits, des expressions communes avec l'icône. Le beau visage du Che, croqué par le photographe Alberto Korda, trône sur tellement de t-shirts, à pleines affiches, symbole éternel des révolutions qui vous sacralisent et vous font mourir troué de balles à 39 ans.

Allez pousser sous son ombre...

Camilo Guevara March, troisième rejeton d'Aleida, la seconde épouse du médecin guérillero d'origine Argentine, ne sait plus trop si ses souvenirs du disparu sont réels, fantasmés ou tirés du témoignage des autres. Le papa était si souvent dans le maquis: au Congo, en Bolivie. Lui-même avait trois ans lorsque le Che fut exécuté, alors...

«Le poids du mythe, je le sens seulement quand je sors du pays pour présenter un film, lance-t-il. À La Havane, personne ne m'arrête dans la rue pour en parler.»

N'empêche que le fils du Che est devenu le gardien du temple à sa mémoire.

Il coordonne à La Havane le Centre d'études Che Guevara, ouvert en 1983, qui conserve les archives d'Ernesto: photos, documentaires, écrits, enregistrements sonores, tout ce qu'on voudra. Le Centre a publié une vingtaine de documents, dont des contes du Che. Certains textes de sa plume seraient encore inédits.

C'est dans ces locaux que les cinéastes Walter Salles pour Carnets de voyage, retour sur la traversée de l'Amérique latine du jeune Ernesto de 21 ans, et David Soderbergh pour sa grande fresque Che, sont venus se documenter. Camilo préfère nettement le film de Salles au Soderbergh, à ses yeux mieux collé à la réalité historique, d'une plus grande sensibilité dans sa forme aussi. «Mais une oeuvre est aussi une création artistique et tout créateur a droit à son point de vue.»

Camilo est au FFM pour accompagner un passionnant documentaire sur son père, sans doute le plus complet qu'on ait pu voir à ce jour, par delà son irritant caractère hagiographique. Des documents d'archives inédits, photos de films de famille, mais aussi images officielles retrouvées, certaines de pure propagande, des interviews, ses lettres à sa femme et à sa mère, certaines lues par lui à voix haute.

Che, un homme nouveau de Tristan Bauer, à travers entre autres des carnets retrouvés, nous le montre à tous les âges: dans les bras de sa mère adorée, avec Mao en Chine et Kroutchev en URSS, dans la boue avec les barbudos, à son mariage, sur sa chaise de ministre, en voyage, caméra au cou, son sourire charmeur crevant l'objectif des autres. On le verra même en partie tondu histoire de pouvoir traverser les frontières, déguisé en homme d'affaires, méconnaissable sous ses lunettes. Soldat, médecin ou poète. Les images sont nombreuses et les carnets du Che, foisonnants. Sous sa trajectoire ressuscitent les grandes années des luttes anti-impérialistes de l'Amérique latine.

Mais, mais, mais... Sans angle critique pour autant sur les aspects controversés de celui qui créa à Cuba des camps de travail et de rééducation, sur les exécutions qu'il dirigea. Le film est une ode au Che, qui admet quand même avoir échoué à l'industrialisation du pays, peste contre la bureaucratie, l'ennemi intérieur de tout régime, se déclare aussi un aventurier, mais un aventurier avec des convictions.

«Dans ce documentaire, c'est la première fois, par exemple, que le public peut entendre les adieux qu'il enregistra pour ma mère avant sa mort, note Camilo. Aussi, au cours de la visite en Chine, on perçoit la relation d'amour qu'il entretenait avec les enfants.» Ironie du sort, dans la bouche de celui qui grandit sans père...

Camilo a une haute opinion du Che: «Un homme d'une éthique pure, intègre, honnête, cohérent, d'un grand courage physique et intellectuel, qui pouvait par son intelligence et sa culture tenir tête à tous ses opposants et qui constitue un modèle. Son legs est dans sa pensée, dans son combat pour la justice sociale.»

— Idéaliste, le médecin révolutionnaire?

— Non. Toujours, il mettait ses actions au service de ses convictions.

Ne comptez pas sur Camilo pour ternir l'auréole sous le béret étoilé.

Et la violence?

— Celle des armes était pour lui le dernier choix, après l'échec des autres.

Mais Cuba a bien changé depuis l'écroulement du bloc soviétique qui compensait en partie l'embargo américain. Le documentaire ne se penche pas sur l'après-Che. «Y vivre au jour le jour est une lutte constante, dit-il. Dans les conditions qui sont les nôtres, essayer d'imposer un projet différent sur notre territoire constitue un exemple pour l'Amérique latine. Mon pays est à 90 milles des États-Unis. Avant le Che, avant Castro, avant que Marx ne soit né, ils ont voulu conquérir Cuba. Nous combattons.»

— Et tous ces prisonniers politiques?

«Quand vous m'en direz le nombre, on pourra discuter», répond-il d'un ton sec.
 
 
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  • Gilbert Talbot
    Abonné
    samedi 4 septembre 2010 10h19
    L'après Che
    Il faut aussi envisagé l'après-Che non seulement à Cuba mais partout où le Che est intervenu et a eu une certaine influence, à commencer par la Bolivie, pays où il fut assassiné par la dictature de l'époque. Aujourd'hui elle est dirigée par Evo Morales, un indigène, pour la première fois, qui met en place sa propre révolution indigéniste. Partout en Amérique du Sud et en Amérique centrale, le visage du Che se retrouve, pas seulement sur les T-shirts, mais dans les derniers groupes de Guerilleros ou dans les politiques de gauche qui émergent des pays comme le Brésil, l'Équateur, le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala. On a mis de côté, la lutte armée, dans la plupart des cas, puisque les dictatures n'y ont presque plus cours, mais son influence demeure énorme dans les partis politiques de gauches de ces pays où les jeunes générations apprennent des erreurs de leurs pères qui eux avaient fait le Maquis comme le Che.

  • Roy10egen
    Inscrit
    samedi 4 septembre 2010 18h12
    Che merite mieux que ça!
    Je ne sais pas si le fils du Ché correspond à la carricature qu'en fait la journaliste dans cet article. Ce qui est certain c'est que la légèreté du ton et les raccourcis utilisés dans l'article sont loin d'être à la hauteur de celui qui fut le Ché.
    Jean Jacques Roy

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    dimanche 5 septembre 2010 13h14
    Facteur important.
    Démonisé par les uns et idole pour les autres, « el Che » est une figure incontournable dans l'histoire récente de la décolonisation de l'Amérique latine. On peut dire que c'est la deuxième décolonisation car il y eût la première, avec, entre autres, Simon Bolivar, pour libérer l'Amérique latine du joug de l'Espagne. La plus récente c'est la lutte contre le colonialisme américain et celle-ci, quoiqu'en dise l'article, est encore bien présent et la lutte continue.

    Il est probable que la poussée anti-coloniale du Che ait aidé l'Amérique latine à voir son potentiel et l'a amené à choisir la voie démocratique au lieu de l'insurrection qui n'a mené à rien dans la plupart des pays de ce continent. Évidemment, l'Empire a contre-attaqué quand la démocratie a fait son chemin, comme par exemple en provoquant le renversement du gouvernement du président Allende au Chili en 1973, mais la démocratie fut quand même restaurée plus tard mais il y a encore bien du chemin à parcourir vers la décolonisation.

    M. Talbot donne l'exemple du président Morales de Bolivie, là où le Che a été exécuté par la dictature d'alors. C'est un excellent exemple de décolonisation mais ce processus est loin d'être fini et le régime Morales fait toujours face à l'hostilité des États-Unis et on peut y voir ses efforts de déstabilisation avec des grèves et des attentats.

    Évidemment, tout n'est pas noir et blanc et la situation de Cuba, par exemple, montre non seulement les forces mais aussi les faiblesses de l'approche du Che. L'Amérique latine continue à chercher sa voie et on peut dire que le Che a été une inspiration pour bien des gens de ce continent... avec bien d'autres... et que c'est encore bien d'actualité!

  • Gilbert Talbot
    Abonné
    dimanche 5 septembre 2010 22h47
    Le faux pas du Honduras
    Le meilleur exemple de l'emprise du Pentagone sur la politique d'Amérique latine est le coup d'État au Honduras pour déloger le Président Zelaya. Là encore la lutte contre l'agression américaine se fait sous l'étendard du Che et il y a encore des milliers de personnes qui la suive.

  • Michel Mongeau
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 09h03
    Guevara de La Serna, un héros méconnu?
    Che est certes un personnage qui a marqué l'Amérique latine et tous ceux qui, a l'extrême gauche, ont lutté pour faire avancer l'histoire dans un certain sens. Mais pourquoi toujours et encore cette vision de carton-pâte d'un révolutionnaire dont l'oeuvre et l'engagement devraient plutôt susciter un regard nuancé et critique? Ses rôles a Cuba ont-ils réellement contribué a ériger une société juste, libre et prospère? Comment qualifier rationnellement le projet de guérilla en Bolivie de saine entreprise révolutionnaire, quand on sait que Guevara y affrontait avec 47 companeros mal équipés, démunis et plus ou moins méprisés par les populations locales, une armée professionnelle, équipée, entraînée et soutenue par la Cia? Les délires guévariens, certes au diapason des rêves d'une époque, ne devraient-ils pas, de nos jours, faire l'objet d'une analyse plus sérieuse sur les relations entre les fins et les moyens du changement en politique? En passant, il semblerait, selon les témoins de l'époque, que les tous derniers mots du Che avant sa mort, furent destinés a Fidel, l'idôle suprême qui ne s'est pourtant pas gêné pour l'envoyer faire la révolution loin de La Havane.

  • MAROMA
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 09h38
    Evocando al Che
    Un livre incontournable, écrit en espagnol par Angel Arcos Bergnes, qui fut un des proches collaborateurs cubains du Che. Il a eu le privilège, en tant que ministre de l'industrie, de connaître le Che, que ce soit personnellement et professionnellement. Ces souvenirs en vivant quotidiennement auprès d'un homme extraordinaire, permet de léguer ce témoignage, aux génératins futures.
    Editorial de ciencias sociales, La Habana, 2009

  • argento
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 18h50
    El Ché hasta la muerte
    ce sont les paroles que j'ai frequement entendu de mes parents. Il a marqué la jeuneuse lationamericaine au fer rouge pour un ideal de liberté. Le prix payé pour cet ideal a ete terrible et effrayant ! Je garde dans mon coeur une saveur amère...

    Certainement, el Ché était un homme extraordinnaire mais enfermé dans une doctrine. Ludovic

  • Mendelien
    Inscrit
    samedi 11 septembre 2010 14h27
    Je seconde l'expression "pas à la hauteur"
    Je rajouterai, que madame Tremblay fait dans la petitesse. Elle qui nous rabâche les oreilles avec les "dictatures" comme si notre monde occidental n'était pas lui-même une immense dictature de la pensée. Une dictature de la pensée dont elle se fait l'écho.

    Combien de prisonnier politique à la Havane ? A-t-elle seulement répondue à la question ? La quelque poignée de "dissidents" emprisonnés pour la plupart sont des agents à la solde de la CIA.

    Peut-être que Madame Tremblay préfère le sort réservé aux haitiens, sous les bons auspices de l'ONU et de l'armée américaine plutot que celui réservé aux Cubains sous Fidel Castro ?
    Lamentable .

  • Michel Mongeau
    Inscrit
    dimanche 12 septembre 2010 10h44
    La nuit où toutes les vaches sont grises (G.W.F. Hegel)
    Monsieur Thibaud écrit: "comme si notre monde occidental n'était pas lui-même une immense dictature de la pensée'' La dictature, rappelons-le, c'est la contrainte de l'unique. Quand l'individu peut voyager, s'exprimer, refuser, écrire, contester, s'instruire, élire, contester, acheter...Ça se nomme la démocratie laquelle, bien entendu, ne signifie pas que la liberté y soit absolue et qu'il n'y ait aucun cadre contraignant sur le plan politique, légal ou économique. Il est tout à fait légitime que Monsieur Thibaud se réfère, consciemment ou non, à un monde d'une virtuelle et totale liberté. Cela ne le dégage pas, à un autre niveau, du devoir de respecter certaines réalités comme celle de l'histoire du régime castriste à Cuba. Vous avez droit d'ignorer l'histoire, mais sachez q'il y a des millions d'humains, Cubains ou autres, qui souffrent réellement des effets humiliants de la dictature. Quand vous écrivez que ''la poignée de dissidents emprisonnés pour la plupart sont des agents à la solde de la CIA", non seulement vous faites preuve ici de méconnaissance profonde des faits et de l'histoire de ce pays, mais vous insultez impunément des victimes courageuses, de même que des centaines de familles touchées par le non respect de plusieurs des droits humains qui sont ici, légalement, considérés comme fondamentaux et irréductibles.

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