Le retour de Martin Guerre
Photo : Agence Reuters
Gérard Depardieu et Nathalie Baye sont attendus cette fin de semaine au Festival des films du monde.
Déjà, à la conférence de presse du FFM, les films et les invités français sélectionnés frappaient par leur grand nombre. L'œil aguerri qui année après année soupèse les œuvres d'une programmation trop vaste, s'alluma illico: Tiens donc! On a droit au grand débarquement hexagonal cette année. Que nous vaut soudain pareille offensive?
Depardieu et Nathalie Baye sont attendus cette fin de semaine. Plusieurs de leurs compatriotes ont fait le voyage, dont Bertrand Tavernier. Il est vrai que Jacques Doillon posa un lapin pour son confus Mariage à trois, accueilli ici dans un silence consterné, mais mieux valait pour lui préférer la paix du logis.
Cinquante-neuf films français au programme, dont trois en compétition. Trois autres dans la compétition des premières oeuvres. Pas à dire! C'est le retour de Martin Guerre...
Le FFM perd du lustre à un point qui désole, mais si cette édition affiche plus d'hôtes de marque que les précédentes, c'est à la forte délégation de cinéastes et de stars françaises qu'elle le doit surtout.
J'ai rencontré Jean-Christophe Baubiat, chargé d'études à Unifrance pour le marché extérieur, dans les corridors de l'hôtel Hyatt, dégarni quartier général du FFM. «59 films français dans un festival international toutes catégories confondues, c'est un record», précise-t-il. Les cousins veulent accroître leur présence ici pour donner une vitrine à leur cinéma, qui en a bien besoin.
Serge Losique avait même été invité par Unifrance à visionner à Paris des oeuvres françaises. Le gros organisme promotionnel remettra ça l'an prochain.
Il faut dire que le FFM avait été passablement négligé par l'Hexagone au fil des ans, voire snobé. J'ai souvenir du temps où feu Toscan du Plantier, à la tête d'Unifrance, crachait littéralement sur le festival québécois.
On a beau contester nous-mêmes l'ambiance et le contenu du gros rendez-vous de Montréal, l'être humain est ainsi fait qu'il préfère laver son linge sale en famille. Des délégués d'Unifrance venaient faire leur petit tour, avant de filer fissa vers la Ville-reine. Ça irritait. Le Festival de Toronto, immense pôle d'attraction pour les producteurs et distributeurs d'Europe et d'ailleurs, démarrant quelques jours après la fin du FFM, attirait à lui les gros films français et les attire toujours. Allez reprocher à l'industrie parisienne de s'y ruer: ils trouvent dans la métropole un marché international bourdonnant comme une ruche. Mais leur rêve de vendre là-bas leurs films aux majors américaines tient un peu du miroir aux alouettes, tant les États-Unis, côté bouffe et cinéma, consomment maison.
Sauf qu'il est loin le temps où la France, forte d'une langue commune, trouvait chez nous un marché naturel enthousiaste sans trop se forcer le pompon pour le conserver. À une époque préhistorique, Un homme et une femme de Lelouch garda l'affiche ici une année durant.
Désormais, nos films québécois marchent mieux et ont grugé la part dévolue traditionnellement aux oeuvres hexagonales, nos structures de distribution ont changé, les goûts du public aussi, l'offre française fut parfois faible. Ajoutez à Montréal une crise de salles vouées au cinéma indépendant, etc.
En 2002, 1,8 million de spectateurs québécois ont été voir des films français. En 2003: chute à 1,1 million de têtes de pipe. Puis des chiffres en dents de scie: 1,8 million en 2008 pour leurs oeuvres, mais 857 000 en 2009. Reste l'espoir de dépasser le million en 2010. Ça va, ça vient, sans assises. D'où l'offensive.
Les délégués d'Unifrance profitent du FFM pour rencontrer les distributeurs québécois, cherchent à développer des stratégies au long de l'année. La France ne sauvera sans doute pas le FFM, ni le FFM le cinéma français, mais voir Paris et sa cour s'y repointer procure un petit velours ironique. On n'est plus une audience acquise et dédaignée, mais fragile, rétive, moins rentable que jadis. Ô combien plus séduisante! Ainsi va le monde!
***
otremblay@ledevoir.com
Depardieu et Nathalie Baye sont attendus cette fin de semaine. Plusieurs de leurs compatriotes ont fait le voyage, dont Bertrand Tavernier. Il est vrai que Jacques Doillon posa un lapin pour son confus Mariage à trois, accueilli ici dans un silence consterné, mais mieux valait pour lui préférer la paix du logis.
Cinquante-neuf films français au programme, dont trois en compétition. Trois autres dans la compétition des premières oeuvres. Pas à dire! C'est le retour de Martin Guerre...
Le FFM perd du lustre à un point qui désole, mais si cette édition affiche plus d'hôtes de marque que les précédentes, c'est à la forte délégation de cinéastes et de stars françaises qu'elle le doit surtout.
J'ai rencontré Jean-Christophe Baubiat, chargé d'études à Unifrance pour le marché extérieur, dans les corridors de l'hôtel Hyatt, dégarni quartier général du FFM. «59 films français dans un festival international toutes catégories confondues, c'est un record», précise-t-il. Les cousins veulent accroître leur présence ici pour donner une vitrine à leur cinéma, qui en a bien besoin.
Serge Losique avait même été invité par Unifrance à visionner à Paris des oeuvres françaises. Le gros organisme promotionnel remettra ça l'an prochain.
Il faut dire que le FFM avait été passablement négligé par l'Hexagone au fil des ans, voire snobé. J'ai souvenir du temps où feu Toscan du Plantier, à la tête d'Unifrance, crachait littéralement sur le festival québécois.
On a beau contester nous-mêmes l'ambiance et le contenu du gros rendez-vous de Montréal, l'être humain est ainsi fait qu'il préfère laver son linge sale en famille. Des délégués d'Unifrance venaient faire leur petit tour, avant de filer fissa vers la Ville-reine. Ça irritait. Le Festival de Toronto, immense pôle d'attraction pour les producteurs et distributeurs d'Europe et d'ailleurs, démarrant quelques jours après la fin du FFM, attirait à lui les gros films français et les attire toujours. Allez reprocher à l'industrie parisienne de s'y ruer: ils trouvent dans la métropole un marché international bourdonnant comme une ruche. Mais leur rêve de vendre là-bas leurs films aux majors américaines tient un peu du miroir aux alouettes, tant les États-Unis, côté bouffe et cinéma, consomment maison.
Sauf qu'il est loin le temps où la France, forte d'une langue commune, trouvait chez nous un marché naturel enthousiaste sans trop se forcer le pompon pour le conserver. À une époque préhistorique, Un homme et une femme de Lelouch garda l'affiche ici une année durant.
Désormais, nos films québécois marchent mieux et ont grugé la part dévolue traditionnellement aux oeuvres hexagonales, nos structures de distribution ont changé, les goûts du public aussi, l'offre française fut parfois faible. Ajoutez à Montréal une crise de salles vouées au cinéma indépendant, etc.
En 2002, 1,8 million de spectateurs québécois ont été voir des films français. En 2003: chute à 1,1 million de têtes de pipe. Puis des chiffres en dents de scie: 1,8 million en 2008 pour leurs oeuvres, mais 857 000 en 2009. Reste l'espoir de dépasser le million en 2010. Ça va, ça vient, sans assises. D'où l'offensive.
Les délégués d'Unifrance profitent du FFM pour rencontrer les distributeurs québécois, cherchent à développer des stratégies au long de l'année. La France ne sauvera sans doute pas le FFM, ni le FFM le cinéma français, mais voir Paris et sa cour s'y repointer procure un petit velours ironique. On n'est plus une audience acquise et dédaignée, mais fragile, rétive, moins rentable que jadis. Ô combien plus séduisante! Ainsi va le monde!
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otremblay@ledevoir.com
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