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Un héros très discret

François Lévesque   4 septembre 2010  Cinéma
Marc-André Grondin sur le faux tapis en gazon vert pétant déroulé devant la roulotte inox du Bus Palladium<br />
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Marc-André Grondin sur le faux tapis en gazon vert pétant déroulé devant la roulotte inox du Bus Palladium
Pas de ceux qu'on voit courir les manifestations mondaines et prodiguer des moues étudiées sur les tapis rouges, l'acteur Marc-André Grondin est sorti de sa cachette le temps de faire la promotion de Bus Palladium, l'un de trois films présentés lors de la 34e édition du Festival des films du monde où son nom figure tout en haut du générique. Gros plan sur une vedette qui aime mieux faire profil bas.

Bus Palladium relate le retour de Lucas au sein du groupe rock qu'il avait jadis monté avec son meilleur ami Manu. Les déchirements subséquents, sur fond d'amitié fusionnelle et de triangle amoureux, forment la base du premier long métrage en qualité de réalisateur du comédien et scénariste Christopher Thompson (Fauteuils d'orchestre), fils de la scénariste (La Reine Margot) et réalisatrice (Le code a changé) Danièle Thompson et petit-fils du réalisateur Gérard Oury (Les Aventures de rabbi Jacob). C'est dire que le cinéma lui coule dans le sang.

Et pour son baptême derrière la caméra, c'est Marc-André Grondin que Thompson voulait dans le rôle de Lucas, personnage, on l'apprend, à saveur autobiographique. «Il y a beaucoup de la jeunesse de Christopher dans le scénario. Il a eu son groupe et tout ça. Le contexte est un peu changé, mais c'est vraiment lui», révèle Marc-André Grondin, bien installé sur l'une des quatre chaises Solair qui ornent le tapis en faux gazon vert pétant qu'on a déroulé devant la roulotte inox du Bus Palladium, un décor kitsch à souhait spécialement aménagé pour la promotion du film. «Sachant ça, je me suis basé sur Christopher pour mon interprétation, mais lui ne s'en est jamais aperçu! À la première, son fils de sept ans lui a dit combien il trouvait que je lui ressemblais dans le film, avec les mêmes mimiques, les mêmes expressions. J'étais content.»

Seul le silence


Lucas et Manu sont aux antipodes l'un de l'autre, ce qui à la fois soude et ronge leur amitié. À l'extravagance narcissique de Manu, Lucas oppose une réserve attentive. Bien plus que la perspective de jouer un musicien, ce qu'est également Marc-André Grondin dans la vie, c'est cet aspect du personnage qui a plu au comédien. «On dirait que je vais naturellement vers ces rôles-là. Les gars discrets, peu bavards. Lucas est très proche de moi, quoique dans le privé, je suis un peu plus comique que lui!»

Plus qu'une question de zone de confort, ce dont l'acteur se défend d'ailleurs du même souffle, c'est davantage une affaire d'affinité de jeu, de prédilection pour les silences, les non-dits, qui l'entraîne inconsciemment sur ces chemins-là. «J'aime avoir l'opportunité de parler sans ouvrir la bouche, d'être amené à communiquer par le regard... Au cinéma c'est un beau challenge, mais dans la vie, c'est quelque chose que je fais naturellement.»

Après le triomphe de C.R.A.Z.Y. en 2005, Marc-André Grondin a connu une période de vaches maigres, puis «les choses se sont placées», comme il le dit lui-même. En 2008, cependant, tout a changé, enchaînant collaboration avec Steven Soderbergh (Che) et César du meilleur espoir masculin (Le Premier Jour du reste de ta vie).

Depuis, les offres pleuvent, au point que toutes ne peuvent être acceptées. «Oui, j'ai été contraint de refuser certains beaux projets, faute de temps. Mais c'est loin d'être catastrophique», précise-t-il, sourire en coin. «Et les trois films cette année, c'est exceptionnel. Pour Le Caméléon, de Jean-Paul Salomé, on devait tourner il y a deux ans. Il y a eu des reports de production et je me suis retrouvé avec deux films qui sortaient en France à deux semaines d'intervalle, l'autre étant Insoupçonnable, de Gabriel Le Bomin, qui s'est fait ramasser mais que j'aime et que je continuerai de défendre.» C'est dire qu'ici aussi, on reverra bientôt Marc-André Grondin. Quant à la couleur du tapis qu'on déroulera alors, les paris sont ouverts. D'ici là, on peut voir l'acteur québécois dans Bus Palladium qui prend l'affiche cette fin de semaine (voir la critique de Martin Bilodeau en bas de page).

***

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