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Entrevue - Le lourd poids des secrets

La réalisatrice Julie Lopes-Curval parle de son film Mères et filles

André Lavoie   4 septembre 2010  Cinéma
La cinéaste Julie Lopes-Curval<br />
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
La cinéaste Julie Lopes-Curval
C'est en 2002 que j'ai d'abord rencontré Julie Lopes-Curval, de passage au FFM pour présenter son premier long métrage, Bord de mer, un film délicat sur des personnages esseulés d'une petite ville balnéaire et couronné de la Caméra d'or au Festival de Can-nes. À l'époque, deux choses avaient marqué notre échange: un magnétophone capricieux et une jeune cinéaste encore intimidée devant les questions d'un critique de cinéma.

L'an dernier, au même bar du même festival, je retrouvais une Julie Lopes-Curval qui se souvenait vaguement de cette histoire d'appareil défectueux mais qui affichait surtout une aisance et une confiance que je n'ai pu m'empêcher de relever. Après un grand éclat de rire, la réalisatrice de Mères et filles, son dernier long métrage qui sortira à Montréal la semaine prochaine, reconnaît la justesse de mes observations. «J'étais terrorisée, admet-elle aujourd'hui. Le fait de décrocher la Caméra d'or à Cannes n'avait pas calmé mes peurs, au contraire. Je sentais sur mes épaules un poids terrible, celui de ne pas décevoir.»

Entre ces deux films, elle n'a pas chômé, mais elle confesse que le travail rapide et sous pression, ce n'est pas pour elle. «Le cinéma, ça prend beaucoup de temps, et je suis lente. D'autres sont plus productifs, pas moi.» Julie Lopes-Curval a tout de même cosigné le scénario du Rôle de sa vie, de François Favrat, tourné une comédie romantique avec Marion Cotillard (Toi et moi) avant que celle-ci n'incarne Piaf et ne fasse tourner les têtes à Hollywood, et revient maintenant avec Mères et filles, une coproduction franco-québécoise qui met en vedette Catherine Deneuve, Marina Hands et Marie-Josée Croze.

Une envie et un prétexte


C'est lors de ses nombreux voyages dans les festivals avec Bord de mer que l'idée de ce film sur les rapports maternels et le syndrome de l'abandon a germé. «On me posait beaucoup de questions sur mon regard sur les femmes, surtout lorsque je visitais des sociétés plus patriarcales comme le Japon. C'est alors que je me suis mise à lire Simone de Beauvoir et Virginia Woolf. Il ne s'agissait pas de faire un film féministe, mais d'une envie de parler de l'histoire des femmes et de trouver un prétexte pour la raconter.»

Ce prétexte, c'est le départ inexpliqué d'une jeune mère (Marie-Josée Croze) laissant derrière elle ses enfants; dans les années 1950, ça relevait du sacrilège. À notre époque, sa fille Martine (Catherine Deneuve), devenue médecin, n'a pas réussi à apaiser ses rapports tendus avec sa progéniture. Audrey (Marina Hands), une trentenaire établie à Toronto, revient vers elle et semble la gardienne involontaire d'un terrible secret de famille qu'elle cherchera à déterrer. D'ailleurs, la cinéaste s'est aussi intéressée au pouvoir des secrets, car, selon elle, «il y a toujours une personne dans une famille qui hérite de quelque chose qui n'a pas été dit». Et cette chose finit par intoxiquer tout le monde, comme l'illustre Mères et filles.

Julie Lopes-Curval ne cache pas sa fierté d'avoir su con-vaincre autant de gens talentueux de la suivre dans son aventure, des stars comme Catherine Deneuve et d'autres en devenir, comme Patrick Watson, qui a écrit la musique du film. Et elle s'étonne encore que Marie-Josée Croze ait accepté son offre, «un petit rôle bien qu'il soit central». De plus, «ça l'amusait beaucoup de jouer la mère de Catherine, elle adorait raconter ça!».

Et la question inévitable, que tout le monde lui pose, la cinéaste ne l'esquive pas, avec cette assurance acquise au fil des années, et sans doute des festivals. «Non, ce n'est pas autobiographique... même si c'est toujours autobiographique quand on écrit. Disons qu'il y a une part d'intime.»

***

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  • Michèle Dorais
    Abonnée
    dimanche 12 septembre 2010 09h18
    Courez-y vite !
    Magnifique film que ce Mères et filles de Julie Lopes-Curval. Un film qui nous raconte comme nous avons vécu nos rapports mêres-filles au fil des générations. Un film sensible, écrit avec une économie de mots toujours avec justesse et interprété par des acteurs au talent immense. Le discours féministe est traité avec subtilité et intelligence. Vraiment à voir.

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