Festival des films du monde - Dans les montagnes russes
Photo : FFM
De la Infencia nous fait plonger dans la violence d’un bidonville, à travers la vie d’une famille bien amochée. Mais tout est vu à travers des regards d’enfants, celui surtout du jeune Francesco à visage d’ange brun (Benny Emmanuel), jeune frisé délicieux et petit dur par la force des choses.
C'est bien pour dire. Après s'être farci ce matin en compétition le très mauvais film japonais The Box de Banmei Takahashi — nous y reviendrons—, le désespoir s'est fait sentir. D'où l'envie de fuir à toutes jambes cette compétition de niveau globalement trop faible, en pestant contre cette pochade nippone qui serait déplacée dans tout festival de cinéma.
C'est bien pour dire, donc, car tout de suite après, les valeureux (toujours les mêmes têtes. Brave public!), en plus du jury et des rares critiques qui suivent la compétition de jour en jour, eurent droit au meilleur film à émerger jusqu'ici du lot: De la infancia du Mexicain Carlos Carrera, d'après un roman de Mario González Suárez.
Dommage qu'aucun membre de son équipe ne l'ait accompagné. Cette oeuvre vraiment solide nous faisait plonger dans la violence d'un bidonville, à travers la vie d'une famille bien amochée. Mais tout est vu à travers des regards d'enfants, celui surtout du jeune Francesco à visage d'ange brun (Benny Emmanuel), jeune frisé délicieux et petit dur par la force des choses. Le père (remarquable Damián Alcázar, à la dégaine d'Anthony Quinn mexicain), macho batteur de femmes, criminel, sans foi ni loi, coureur de jupons, est attaché pourtant à la famille qu'il fait vivre dans des conditions de misère infinies, et qu'il met en danger sans relâche. Il lui offre un magnifique profil noir, avec des éclats de lumière, aspiré par sa destruction.
Portée par un scénario puissant, la mise en scène toujours habile entremêle des images oniriques à l'horreur du quotidien vécu dans un décor de fin du monde. De la infancia offre un crescendo dramatique qui n'annonce pas dès le départ ses couleurs les plus horrifiantes, avant de plonger dans les abîmes. Le naturel des acteurs, les enfants entre autres, y compris le jeune Benny Emmanuel, est criant. À saluer aussi: l'art d'entrelacer les émois amoureux, le courage, les restes d'enfance du jeune héros. La multiplicité des lieux d'action, qui répond à la complexité de l'intrigue, cimente ce bon film sur l'âge tendre qui pousse en enfer. On souhaite à De la infancia de monter très haut au palmarès.
***
Aux antipodes de cette oeuvre de maîtrise, nous fut présenté ce The Box réalisé par le japonais Banmei Takahashi. C'est le film qui dit tout, sans laisser à l'intelligence du spectateur la moindre piste d'intuition. Lourd, lourd! Le fond du baril.
Son propos est louable, puisque basé sur un cas vécu d'erreur judiciaire au cours des années 1960: un des trois juges appelés à prononcer la sentence de mort d'un ouvrier accusé sans preuves et torturé essaiera de sauver le condamné et se battra pour que triomphe la vérité.
Mais rien ne tient. C'est joué par des interprètes qui en font des tonnes. Les moments d'intimité sortent d'un mauvais téléfilm. Scène de crime reconstituée, plaidoyers, prison, remords du juge, flash-backs appuyés, tout assomme. Quel scénario primaire et quelle mauvaise direction d'acteurs! On crie grâce.
***
Pur objet de curiosité: L'Héritage perdu du Guadeloupéen Christian Lara, tourné au Gabon. Le cinéaste vit préciser avant la projection que dans le programme du festival à la rubrique de son film, avait été placé le synopsis d'une autre de ses oeuvres. Vraiment, ce catalogue a des côtés surréalistes...
Quant au film (qui fut projeté dans le mauvais format), il s'attache à une prophétie, qui entraîne un Guadeloupéen au Gabon pour se faire sacrer roi. Sur fond de rituels et de sorcellerie, L'Héritage perdu vaut pour ses costumes, le climat d'étrangeté et son exotisme. Sinon, l'amateurisme de la mise en scène et des effets spéciaux, l'invraisemblance du scénario, le jeu des comédiens en récitatif, la propension appuyée à exhiber des belles femmes à moitié dénudées semblent répondre aux fantasmes du cinéaste, plutôt qu'à son désir de faire un film qui tienne debout.
C'est bien pour dire, donc, car tout de suite après, les valeureux (toujours les mêmes têtes. Brave public!), en plus du jury et des rares critiques qui suivent la compétition de jour en jour, eurent droit au meilleur film à émerger jusqu'ici du lot: De la infancia du Mexicain Carlos Carrera, d'après un roman de Mario González Suárez.
Dommage qu'aucun membre de son équipe ne l'ait accompagné. Cette oeuvre vraiment solide nous faisait plonger dans la violence d'un bidonville, à travers la vie d'une famille bien amochée. Mais tout est vu à travers des regards d'enfants, celui surtout du jeune Francesco à visage d'ange brun (Benny Emmanuel), jeune frisé délicieux et petit dur par la force des choses. Le père (remarquable Damián Alcázar, à la dégaine d'Anthony Quinn mexicain), macho batteur de femmes, criminel, sans foi ni loi, coureur de jupons, est attaché pourtant à la famille qu'il fait vivre dans des conditions de misère infinies, et qu'il met en danger sans relâche. Il lui offre un magnifique profil noir, avec des éclats de lumière, aspiré par sa destruction.
Portée par un scénario puissant, la mise en scène toujours habile entremêle des images oniriques à l'horreur du quotidien vécu dans un décor de fin du monde. De la infancia offre un crescendo dramatique qui n'annonce pas dès le départ ses couleurs les plus horrifiantes, avant de plonger dans les abîmes. Le naturel des acteurs, les enfants entre autres, y compris le jeune Benny Emmanuel, est criant. À saluer aussi: l'art d'entrelacer les émois amoureux, le courage, les restes d'enfance du jeune héros. La multiplicité des lieux d'action, qui répond à la complexité de l'intrigue, cimente ce bon film sur l'âge tendre qui pousse en enfer. On souhaite à De la infancia de monter très haut au palmarès.
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Aux antipodes de cette oeuvre de maîtrise, nous fut présenté ce The Box réalisé par le japonais Banmei Takahashi. C'est le film qui dit tout, sans laisser à l'intelligence du spectateur la moindre piste d'intuition. Lourd, lourd! Le fond du baril.
Son propos est louable, puisque basé sur un cas vécu d'erreur judiciaire au cours des années 1960: un des trois juges appelés à prononcer la sentence de mort d'un ouvrier accusé sans preuves et torturé essaiera de sauver le condamné et se battra pour que triomphe la vérité.
Mais rien ne tient. C'est joué par des interprètes qui en font des tonnes. Les moments d'intimité sortent d'un mauvais téléfilm. Scène de crime reconstituée, plaidoyers, prison, remords du juge, flash-backs appuyés, tout assomme. Quel scénario primaire et quelle mauvaise direction d'acteurs! On crie grâce.
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Pur objet de curiosité: L'Héritage perdu du Guadeloupéen Christian Lara, tourné au Gabon. Le cinéaste vit préciser avant la projection que dans le programme du festival à la rubrique de son film, avait été placé le synopsis d'une autre de ses oeuvres. Vraiment, ce catalogue a des côtés surréalistes...
Quant au film (qui fut projeté dans le mauvais format), il s'attache à une prophétie, qui entraîne un Guadeloupéen au Gabon pour se faire sacrer roi. Sur fond de rituels et de sorcellerie, L'Héritage perdu vaut pour ses costumes, le climat d'étrangeté et son exotisme. Sinon, l'amateurisme de la mise en scène et des effets spéciaux, l'invraisemblance du scénario, le jeu des comédiens en récitatif, la propension appuyée à exhiber des belles femmes à moitié dénudées semblent répondre aux fantasmes du cinéaste, plutôt qu'à son désir de faire un film qui tienne debout.
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