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Samouraïs à rabais

Odile Tremblay   28 août 2010  Cinéma
On l'a dit: le Festival des films du monde attire davantage d'hôtes de marque que lors des dernières éditions. L'ennui, cette année, c'est que les événements importants se court-circuitent. Des raisons de disponibilité des invités doivent jouer un rôle là-dedans, comme une étrange gestion du calendrier. Dommage! Car la machine médiatique réclame sa part de chair au quotidien. Avant-hier, Bertrand Tavernier rencontrait des journalistes le même jour que l'équipe du film d'ouverture, ce qui dédoublait les grandes entrevues, tandis qu'on n'avait pas grand-chose à se mettre sous la dent le lendemain.

Par ailleurs, les hommages majeurs se bousculent lors du dernier week-end de la fête du Travail, alors que les journaux ne publient pas deux jours durant. Nathalie Baye, Stefania Sandrelli, Jafar Panahi (même in abstentia) arrivent tous en wagon de queue. La classe de maître de Gérard Depardieu se déroule le lundi, soit le jour même de l'annonce du palmarès. L'espace des uns sera réduit pour laisser pleine lumière aux grosses pointures à la Depardieu. Bref, un peu d'étalement sur la durée n'aurait pas fait de tort à ce festival.

***

Hier, il n'y avait qu'un seul long métrage en compétition: Sword of Desperation, du Japonais Hideyuki Hirayama, venu au FFM avec une grosse délégation nippone et couronné en 1998 du prix de la critique internationale (FIPRESCI) pour Begging for Love au festival montréalais. Il s'agit d'un film de samouraïs, mais tous n'ont pas le talent de Kurosawa et de Kobayashi pour maîtriser un genre par eux hissé si haut.

Adaptant une oeuvre littéraire de Shuhei Fujisawa, Sword of Desperation met en scène un samouraï, donc, aussi courageux que malchanceux. Il a assassiné la favorite de son prince, qui intriguait et affamait le royaume. Relégué à l'ombre, puis revenu au service du prince, l'homme sera trahi et ne mourra pas sans assouvir sa vengeance. Un accent est quand même mis sur la vie privée de ce maître d'armes qui n'aspire qu'à la paix, et parfois des scènes plus poétiques, surtout en pleine nature, cassent celles plus convenues des intrigues de palais et des jacqueries nippones. Les costumes et décors sont magnifiques, mais le jeu caricatural des acteurs et certaines répliques simplistes sapent la crédibilité du film.

L'oeuvre, au départ très académique, en fin de parcours bascule dans la production gore avec force meurtres au sabre et giclées de sang, sombrant dans le ridicule. Le sort des femmes japonaises n'a jamais été enviable, d'autant moins à l'époque d'Edo, qui s'est étirée du XVIIe au XIXe siècle. Mais tous les poncifs misogynes se succèdent ici sans répit dans les bouches masculines, et on voudrait crier grâce. La musique occidentale, qui ponctue chaque moment d'émotion comme à Hollywood, nourrit l'agacement que le film distille.
 
 
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  • Marc Provencher
    Inscrit
    samedi 4 septembre 2010 23h25
    Complément de liste
    « Il s'agit d'un film de samouraïs, mais tous n'ont pas le talent de Kurosawa et de Kobayashi pour maîtriser un genre par eux hissé si haut... »

    Par eux et par Tomu Uchida ('Le Mont Fuji et la lance ensanglantée'), Kenji Misumi ('Tuer'), Eiichi Kudo ('Le Grand attentat') Kihachi Okamoto ('Le Sabre du mal'), Masahiro Shinoda ('Assassinat'), Hideo Gosha ('Goyokin').

    Au cours des années 2000, les cinéphiles français ont découvert grâce au DVD ces films incomparables avec, le plus souvent un bon 40 années de retard. Pourquoi ce retard irréparable, enrageant, qui a rendu obscurs des films si lumineux ? Parce que, comme le note bien madame Tremblay, il s'agit en effet d'un cinéma de genre, et que quoi qu'en dise la théorie des auteurs, c'est bien le GENRE qui connaît une magnifique apothéose au début des années 60, et pas seulement Kurosawa et Kobayashi. Même signé Kurosawa, 'Yojimbo' est un film de sabre, c'est-à-dire un film de genre. Même signé Vittorio de Sica, 'Il boom' est une comédie à l'italienne, c'est-à-dire un film de genre. Et dans les deux cas, j'ai envie de dire aussi : c'est du 61, c'est du 63. Car pour ces films-là, c'est par années que ça marche, comme le vin. C'est un vent qui soufflait à ce moment-là, un vent de créativité prodigieux. Luciano Salce n'est pas un "grand auteur" ? Bien d'accord. Mais pour mitonner une comédie à l'italienne, ce n'est pas un pré-requis: il vaut mieux, même, être une sorte d'artisan-spécialiste. Alors, 'Le Fédéral' (1961) et 'Elle est terrible' (1962) sont des sommets immortels de la comédie à l'italienne, à égalité avec ceux, plus nombreux certes, réussis par Monicelli ou Risi (tardivement classés comme "auteurs" par la critique).

    Pourquoi ce laïus ? Parce que s'agissant d'un cinéma de genre, même des deux plus prodigieux genres du 20e siècle, on ne saurait se fier à la critique qui, à l'époque de leur splendeur, est passée à côté des deux pour cause d'attachemen

  • Marc Provencher
    Inscrit
    dimanche 5 septembre 2010 10h52
    Suite du laius : une vulgaire machine a osé m'interrompre !
    Il y a un décalage entre le nombre de mots autorisés et celui qui paraît effectivement à l'écran. Ce bogue devrait attirer l'attention du maître de céans virtuel. Quoi qu'il en soit, j'allais dire ceci :

    "Pourquoi ce laïus ? Parce que s'agissant d'un cinéma de genre, même des deux plus prodigieux genres du 20e siècle, on ne saurait se fier à la critique qui, à l'époque de leur splendeur, est passée à côté DES DEUX - comédie à l'italienne et chambara - pour cause d'attachement exclusif au dogme de la théorie des auteurs."

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