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Entretien avec Bille August, président du jury du FFM - Entre Copenhague et la planète cinéma

Odile Tremblay   21 août 2010  Cinéma
« Les films ont besoin de publicité, de la rencontre avec une audience, et les festivals ouvrent tellement de portes aux cinéastes primés »<br />
Photo : Agence France-Presse Tiziana Fabi
« Les films ont besoin de publicité, de la rencontre avec une audience, et les festivals ouvrent tellement de portes aux cinéastes primés »
Le cinéaste danois sera président du jury au 34e Festival des films du monde, qui débute jeudi prochain à Montréal avec Route 132 de Louis Bélanger. Au menu, 430 films, et à vue de nez — l'espoir fait vivre — plusieurs titres inspirants, dont une forte présence française.

Parmi les hôtes de marque attendus plus nombreux que d'habitude au Festival des films du monde (FFM), le nom de Bille August trône au milieu d'un petit aréopage. Car Montréal verra défiler également Gérard Depardieu, Bertrand Tavernier, Nathalie Baye, Édouard Molinaro, Jacques Doillon, Stefania Sandrelli, Camilio Guevara, fils du Che, Carlos Saura, etc. Mais à tout seigneur tout honneur: c'est au célèbre cinéaste danois qu'incombe la tâche de présider le jury en départageant avec son équipe le bon grain de l'ivraie.

Avant de le croiser au fil des jours à l'Impérial, on rejoint Bille August à Copenhague. Il se dit ravi d'atterrir bientôt dans nos terres, qu'il n'a pas foulées depuis des lunes, excité aussi à la perspective de son marathon de cinéma. L'homme du Nord, souvent entre deux projets, n'a pas toujours le temps de s'adonner à un exercice qui lui plaît.

«Voir un tas de films issus de plusieurs pays nous rappelle pourquoi on s'est lancé dans la réalisation, dit-il. Belle occasion de s'éloigner des statistiques sur la production pour se coller à l'esprit des oeuvres. Mon rôle dans le jury m'apparaît à la fois sérieux par ses responsabilités et rafraîchissant comme spectateur.»

Il fait partie du club sélect des doubles palmés d'or de Cannes, aux côtés de Francis Ford Coppola, d'Emir Kusturica, de Shohei Imamura et des frères Dardenne. Bille August avait reçu la convoitée statuette pour Pelle le Conquérant en 1988, production historique intimiste sur la difficulté de l'exil, film coiffé aussi d'un Oscar et d'un Golden Globe. Rebelote en Palme d'or pour Les Meilleures Intentions en 1992, qui valut également à l'épouse du cinéaste, Permilla August, le laurier d'interprétation féminine.

Avec Bergman

Ce dernier film fut d'ailleurs scénarisé par nul autre qu'Ingmar Bergman. Le cinéaste de Fanny et Alexandre et des Fraises sauvages lui avait d'abord donné un coup de fil: «Allo, c'est Ingmar Bergman. J'ai écrit une pièce à propos de mes parents et je n'ai plus trop envie de la mettre moi-même en scène, alors j'aimerais vous en confier la réalisation.»

Allez refuser... Bille August rappelle toutefois à quel point Bergman lui laissa carte blanche pour greffer ses propres images et sa sensibilité sur son univers familial. «Mais comme il s'agissait de la vie de ses parents, je l'ai fait beaucoup parler. Nous avons passé deux mois dans sa maison et ce fut le début d'une grande amitié. Avec lui, j'ai compris à quel point tout est dans le scénario. Les lacunes à ce niveau ne peuvent être comblées lors du passage à l'écran.»

Ses films mettent souvent l'être humain en contact avec une nature qui le dépasse et l'inspire tout à la fois. «Ça tient à l'univers scandinave, où les gens vivent isolés au milieu de paysages majestueux, où les jours sont courts l'hiver et longs l'été, où les cycles de la nature ponctuent nos vies.»

L'exceptionnelle vitalité du cinéma scandinave, il l'estime liée au soutien de l'État, qui le considère comme un art à part entière. «Vingt-cinq longs métrages par année dans un petit pays comme le Danemark, cela constitue une production très importante, et quand les autres réalisateurs ont du talent, ça crée un effet d'émulation.»

Évolution

Bille August, à ses débuts à la fin des années 70 et au début des années 80, a beaucoup témoigné dans ses films de la jeunesse en pleine révolution culturelle et sociale. In My Life, Zappa et Twist and Shout en ont fait le chantre de cette ébullition. L'enfance en difficulté fut aussi un de ses thèmes de prédilection.

«Au départ, je trouvais très important de témoigner de ma génération, qui au cours des années 60, en rupture avec le passé, s'était trouvé un langage commun qui passait par la musique. Plus tard, on m'a souvent demandé de participer au Dogma [ce mouvement lancé en 1995 par les Danois Lars Von Trier et Thomas Vinterberg, prônant un cinéma d'auteur dont les règles strictes s'opposaient aux normes du cinéma commercial], mais j'ai décliné les invitations, précisant que j'avais fait des oeuvres très Dogma dans ma jeunesse.»

Son style s'est fait plus classique par la suite. Il a adapté par ailleurs plusieurs oeuvres littéraires, des Misérables de Victor Hugo à Smilla's Sense of Snow de Peter Hoegen, en passant par La Maison des esprits d'Isabel Allende, Pelle le Conquérant de Martin Andersen Nexo, etc. «Le bon côté des adaptations, c'est que les grandes décisions narratives furent prises en amont par l'auteur. Reste le risque de décevoir les admirateurs du livre, qui ont leur propre film en tête.»

Également homme de théâtre au Danemark, Bille August fut derrière des films indépendants qui lui offraient une flexibilité, mais aussi de grosses productions sous le chapeau des majors américaines. Dans La Maison des esprits, il dirigeait Meryl Streep, Glenn Close, Jeremy Irons, Wynona Ryder et Antonio Banderas; dans Les Misérables, Liam Neeson, Uma Thurman, etc.

«Après ma deuxième Palme d'or, j'ai commencé à être sérieusement courtisé par Hollywood, explique-t-il. Et j'ai travaillé avec les studios. Le plus important, c'est de partager une vision commune avec la production. Je n'ai pas rencontré là-bas de gros problèmes, même sans avoir accès au montage final. C'est du côté des coproductions que ça se corse: trop d'intervenants et trop de discussions.»

Il se sent à jamais un réalisateur danois, mais jouant avec un art universel qui peut atteindre une audience internationale et lui ouvrir de nouveaux horizons. «Je suis curieux de nature. Dans mon dernier film, Goodbye Bafana, où j'abordais la relation de Nelson Mandela avec son geôlier, j'ai appris énormément sur le pourquoi de cette histoire, c'était passionnant. Faire des films à travers le monde est une école pour moi.»

Il trouve désormais plus difficile de faire du cinéma indépendant. Difficile de le montrer aussi, avec un espoir pour l'avenir. «La crise économique n'a pas aidé. Plusieurs films espagnols, italiens, danois, canadiens ne trouvent plus la route des salles. La distribution va changer quand les gens pourront télécharger les films légalement chez eux et sur les écrans de cinéma, où un exploitant décidera à volonté de projeter un film italien un soir ou deux s'il en a envie. L'audience est encore là. Reste à lui offrir un plus vaste éventail de productions.»

À ses yeux, les festivals jouent un rôle très important. «Les films ont besoin de publicité, de la rencontre avec une audience, et ces rendez-vous ouvrent tellement de portes aux cinéastes primés.»

Bille August a deux projets en chantier: un film sur les premières années de la baronne Karen Blixen, grande écrivaine danoise, dont la vie ultérieure en Afrique a inspiré le film de Sydney Pollack Out of Africa. Aussi The Diary, une adaptation du roman Burden of Desire du Canadien Robert Macneil, traitant de l'explosion dévastatrice dans le port d'Halifax en 1917.

Aux yeux du cinéaste, un film constitue dans l'esprit du spectateur un point de contact entre le fantasme et la réalité. «Toucher ce point sensible est le but à atteindre. Ceux qui me disent avoir aimé un de mes films y ont souvent trouvé quelque chose de leur propre vie. Tout est question de répercussion.»
 
 
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  • EMILIE90 - Inscrit
    28 août 2010 15 h 35
    À propos du Festival et du cinéma quebecois
    Ça m'a fait un grand plaisir de lire l'article sur Bille August. C'est trés intéressant.

    On parle des difficultés que les films de plusieurs pays ont pour arriver au grand public. Totallement d'accord.
    Moi, je vis à la Catalogne (Espagne) et j'ai l'habitude de voir de cinéma pas commercial, français, allemand, italien, espagnol, etc.
    C'est trés, trés difficil, par exemple, trouver des films quebecois aux salles de cinéma et même dans les videoclubs. Pour quoi ça? Moi je connais votre cinéma et à mon avis, il a une qualité superieure a la plupart des films qu'on peut voir chez nous, surtout ceux qui on peût voir dans les salles commerciales.

    Si moi je connais le cinéma quebecois, c'est grâce à des amis que j'ai au
    continent americaine.

    Je souhaite un grand succès au Festival des Films du Monde de Montréal.
    et, aussi, au cinéma quebecois.

    Je vous en prie d'excuser mon Français. J'aime cette langue, mais je parle pas souvent la langue de Molière.


    Je souhaite que le Festival soit un grand succès.
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