Le char d'assaut
Photo : Source Maple Pictures
Liban, du cinéaste israélien Samuel Maoz, gagnant l’an dernier du Lion d’or à Venise
À retenir
-
Liban
- Scénario et réalisation: Samuel Maoz.
- Avec Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen, Michael Mochonov, Zohar Shtrauss.
- Photo: Giora Bejach.
- Montage: Arik Lahav-Leibovici.
- Musique: Nicolas Becker.
- Allemagne-France-Israël-Liban, 2009, 94 min.
Liban, dimanche 6 juin 1982, 3h du matin. Le soldat Shmulik vient de se joindre à l'équipage du char d'assaut où il officiera à titre de canonnier. Assi, le commandant, lui présente Yigal, le conducteur, ainsi que Herzel, le manœuvre têtu. Devant le blindé, une route à barrer et, plus loin, une ville dévastée à «nettoyer». Par la lorgnette de son viseur, Shmulik observe le dehors, contemple les ravages de la guerre. Au bout de son index, une gâchette sur laquelle il n'arrive pas à appuyer avec, dans la balance, des vies qu'il ne peut se résoudre à prendre.
Premier long métrage de fiction du cinéaste israélien Samuel Maoz, Liban, gagnant l'an dernier du Lion d'or à Venise, s'impose d'emblée comme un coup de maître précoce. Quoique, pour la petite histoire, le cinéaste, âgé de 48 ans, connaît très bien son sujet pour l'avoir pratiqué. En effet, Maoz occupait la même fonction que Shmulik dans le premier char d'assaut qui franchit le Liban à l'aube de la première guerre qui déchira le pays.
Ceci expliquant cela, c'est un regard de l'intérieur qu'adopte tout le film, un huis clos savamment orchestré qui, hormis le premier et le dernier plans, se déroule exclusivement dans le confinement de la cabine du char d'assaut. L'intrigue que Maoz a concoctée ne s'intéresse pas tant à l'action, aux péripéties, lesquelles demeurent judicieusement minimales, qu'à la psychologie de personnages forcés de cohabiter et avec qui l'on aura tout le loisir de se familiariser.
Parent proche du Bateau (Das Boot), Liban jouit d'une mise en scène d'une rare intelligence qui remporte le pari de tourner à son avantage un espace encore plus claustrophobe que celui immortalisé jadis par Wolfgang Petersen. Maoz, qui refuse de jouer la carte du montage guerrier frénétique, favorise des plans suffisamment longs pour que le spectateur prenne la pleine mesure de chaque situation, du moral qui se détériore, des conflits de personnalités annoncés qui soudain éclatent, de la paranoïa qui croît, etc.
En donnant le temps au temps, le cinéaste visse, mine de rien, le spectateur à son siège et le contraint à devenir un témoin impuissant, à l'instar de Shmulik, des hostilités qui font rage au-dehors comme au-dedans. C'est d'ailleurs le point de vue de cette recrue, par le truchement d'un viseur de plus en plus amoché, qui donne un accès limité à un monde extérieur dont on n'aura jamais qu'une vue partielle, entre autres touches symboliques. Liban, lundi 7 juin 1982... un char est passé.
***
Collaborateur du Devoir
Premier long métrage de fiction du cinéaste israélien Samuel Maoz, Liban, gagnant l'an dernier du Lion d'or à Venise, s'impose d'emblée comme un coup de maître précoce. Quoique, pour la petite histoire, le cinéaste, âgé de 48 ans, connaît très bien son sujet pour l'avoir pratiqué. En effet, Maoz occupait la même fonction que Shmulik dans le premier char d'assaut qui franchit le Liban à l'aube de la première guerre qui déchira le pays.
Ceci expliquant cela, c'est un regard de l'intérieur qu'adopte tout le film, un huis clos savamment orchestré qui, hormis le premier et le dernier plans, se déroule exclusivement dans le confinement de la cabine du char d'assaut. L'intrigue que Maoz a concoctée ne s'intéresse pas tant à l'action, aux péripéties, lesquelles demeurent judicieusement minimales, qu'à la psychologie de personnages forcés de cohabiter et avec qui l'on aura tout le loisir de se familiariser.
Parent proche du Bateau (Das Boot), Liban jouit d'une mise en scène d'une rare intelligence qui remporte le pari de tourner à son avantage un espace encore plus claustrophobe que celui immortalisé jadis par Wolfgang Petersen. Maoz, qui refuse de jouer la carte du montage guerrier frénétique, favorise des plans suffisamment longs pour que le spectateur prenne la pleine mesure de chaque situation, du moral qui se détériore, des conflits de personnalités annoncés qui soudain éclatent, de la paranoïa qui croît, etc.
En donnant le temps au temps, le cinéaste visse, mine de rien, le spectateur à son siège et le contraint à devenir un témoin impuissant, à l'instar de Shmulik, des hostilités qui font rage au-dehors comme au-dedans. C'est d'ailleurs le point de vue de cette recrue, par le truchement d'un viseur de plus en plus amoché, qui donne un accès limité à un monde extérieur dont on n'aura jamais qu'une vue partielle, entre autres touches symboliques. Liban, lundi 7 juin 1982... un char est passé.
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