Un deuil en hiver
Catherine Martin signe un beau film grave et patient autour d'une histoire toute simple
Photo : Michel La Veaux
Sheila Jaffé et Guylaine Tremblay dans Trois temps après la mort d’Anna, de Catherine Martin
À retenir
- Trois temps après la mort d'Anna
- Réalisation et scénario: Catherine Martin.
- Avec Guylaine Tremblay, François Papineau, Sheila Jaffé, Denis Bernard, Denise Gagnon, Paule Baillargeon, Gilles Renaud, Gary Boudreault.
- Image: Michel La Veaux.
- Montage: Natalie Lamoureux.
- Musique: Robert M. Lepage.
Un beau film grave, patient, parent du cinéma de Bernard Émond, le compagnon de vie de Catherine Martin, mais Trois temps après la mort d'Anna, en demeurant dans la retenue, laisse quand même l'émotion s'affirmer plus librement que chez le cinéaste de La Neuvaine. Catherine Martin possède sa propre touche, très féminine, déjà admirée dans son Mariages. Guylaine Tremblay, vedette de Contre toute espérance d'Émond, est ici dirigée par Catherine Martin avec une même quête de vérité. Traquée en gros plans, mais faisant également parler son corps, sa nuque, son intériorité, cette comédienne livre une extraordinaire interprétation.
L'histoire, toute simple, est celle d'une femme dont la fille unique, violoniste, est assassinée après un concert sublime par un maniaque. Elle part vivre seule son deuil dans la propriété familiale de Kamouraska, retrouvant là un amour de jeunesse, un peintre, É-douard (François Papineau).
Trois temps après la mort d'Anna est le film d'une douleur, mais aussi de l'instant qui oscille entre le choix de la mort et celui de la vie, sur un scénario à la ligne parfois trop fragile. Après une courte entrée en matière, le dernier concert, puis la découverte de la jeune fille morte dont on n'assistera ni au trépas ni aux funérailles, l'action bascule dans le deuil de Françoise. À travers ce parcours initiatique doublé d'un saut dans le vide, cette femme affrontera les fantômes de sa vie — mère, grand-mère, fille disparue — réincarnés dans sa chambre, en des moments très émouvants. Comme dans son précédent film, Mariages, les relations entre les femmes et les rituels qui s'y rattachent constituent des liens de transmission qui permettent avec poésie et mystère de surmonter les épreuves.
On a l'impression que différentes influences picturales, dont Georges de La Tour pour les lueurs éclairant le visage de l'actrice et La Mort de Marat de Louis David pour la scène très stylisée de la jeune fille assassinée, ont inspiré la cinéaste et les magnifiques images de Michel La Veaux, qui constituent une des grandes forces du film.
Claude Jutra avait immortalisé Kamouraska au cinéma. Cette fois, en une fin d'hiver, le même village superbe, avec ses paysages d'hiver et de neige, est livré dans une perspective d'intimité plus forte, et la beauté du panorama et de l'architecture, la musique inspirée, un traitement de la lumière exceptionnel pour les scènes intérieures, épousent ici les états d'âme des protagonistes. Ceux de Guylaine Tremblay surtout, qui a dû plonger pour capter des états d'extrême tension intérieure. Mais aussi à travers le jeu plein d'humanité de François Papineau, un des meilleurs acteurs québécois de sa génération, incarnant avec une puissance rentrée un homme blessé et solitaire rattrapé par l'amour.
Certaines figures, celle du mari campé par Denis Bernard surtout, auraient gagné à être développées davantage, ne serait-ce que pour créer une tension à l'intérieur des choix amoureux de Françoise. Endeuillé comme son épouse, ce personnage se voit relégué presque à la figuration, ce qui nuit à la vraisemblance de l'histoire. La lenteur des scè-nes, tout en servant le climat du film, en plombe quand même parfois le rythme. Quant au dénouement, il aurait mérité d'être un peu accentué pour gagner de la force. Ce qui n'enlève pas sa grande beauté et sa charge dramatique et poétique à Trois temps après la mort d'Anna.
L'histoire, toute simple, est celle d'une femme dont la fille unique, violoniste, est assassinée après un concert sublime par un maniaque. Elle part vivre seule son deuil dans la propriété familiale de Kamouraska, retrouvant là un amour de jeunesse, un peintre, É-douard (François Papineau).
Trois temps après la mort d'Anna est le film d'une douleur, mais aussi de l'instant qui oscille entre le choix de la mort et celui de la vie, sur un scénario à la ligne parfois trop fragile. Après une courte entrée en matière, le dernier concert, puis la découverte de la jeune fille morte dont on n'assistera ni au trépas ni aux funérailles, l'action bascule dans le deuil de Françoise. À travers ce parcours initiatique doublé d'un saut dans le vide, cette femme affrontera les fantômes de sa vie — mère, grand-mère, fille disparue — réincarnés dans sa chambre, en des moments très émouvants. Comme dans son précédent film, Mariages, les relations entre les femmes et les rituels qui s'y rattachent constituent des liens de transmission qui permettent avec poésie et mystère de surmonter les épreuves.
On a l'impression que différentes influences picturales, dont Georges de La Tour pour les lueurs éclairant le visage de l'actrice et La Mort de Marat de Louis David pour la scène très stylisée de la jeune fille assassinée, ont inspiré la cinéaste et les magnifiques images de Michel La Veaux, qui constituent une des grandes forces du film.
Claude Jutra avait immortalisé Kamouraska au cinéma. Cette fois, en une fin d'hiver, le même village superbe, avec ses paysages d'hiver et de neige, est livré dans une perspective d'intimité plus forte, et la beauté du panorama et de l'architecture, la musique inspirée, un traitement de la lumière exceptionnel pour les scènes intérieures, épousent ici les états d'âme des protagonistes. Ceux de Guylaine Tremblay surtout, qui a dû plonger pour capter des états d'extrême tension intérieure. Mais aussi à travers le jeu plein d'humanité de François Papineau, un des meilleurs acteurs québécois de sa génération, incarnant avec une puissance rentrée un homme blessé et solitaire rattrapé par l'amour.
Certaines figures, celle du mari campé par Denis Bernard surtout, auraient gagné à être développées davantage, ne serait-ce que pour créer une tension à l'intérieur des choix amoureux de Françoise. Endeuillé comme son épouse, ce personnage se voit relégué presque à la figuration, ce qui nuit à la vraisemblance de l'histoire. La lenteur des scè-nes, tout en servant le climat du film, en plombe quand même parfois le rythme. Quant au dénouement, il aurait mérité d'être un peu accentué pour gagner de la force. Ce qui n'enlève pas sa grande beauté et sa charge dramatique et poétique à Trois temps après la mort d'Anna.
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