Plusieurs vies, une seule mort
Photo : Source Films séville
Mr. Nobody, de Jaco Van Dormael, une fable aux accents métaphysiques.
À retenir
-
Mr. Nobody (v.f.: M. Nobody)
- Réalisation et scénario: Jaco Van Dormael.
- Avec Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger, Linh-Dan Pham, Rhys Ifans, Natasha Little.
- Image: Christophe Beaucarne.
- Montage: Matyas Veress, Susan Shipton.
- Musique: Pierre Van Dormael.
- France-Canada-Belgique, 2009, 139 min.
Mais où est-il passé? C'est la question que tous se posaient devant l'absence prolongée du cinéaste belge Jaco Van Dormael. Contrairement à tant de réalisateurs contraints au silence après de cuisants échecs, il n'avait pas à rougir du succès international de Toto le héros (1990) et du Huitième Jour (1996).
Ce retrait volontaire aura servi à la production de son film le plus ambitieux, le plus coûteux, le plus complexe, et forcément le plus périlleux, pour lui comme pour le spectateur. Mr. Nobody, une coproduction internationale qui en porte parfois les défauts (casting éclectique, lieux de tournage disparates, opulence tapageuse), offre aussi une réflexion familière dans l'univers du cinéaste, véritable fil d'Ariane de son oeuvre. Si la vie est la somme de nos choix, disait Albert Camus, ceux-ci ne sont jamais sans conséquence, pour soi et pour les autres, affirme Jaco Van Dormael.
Multiples possibilités...
Dans Mr. Nobody, il pousse encore plus loin cette idée puisque son héros se retrouve face à de multiples possibilités... mais semble les vivre simultanément. Juste avant son dernier, dans un monde du futur où l'immortalité est une réalité et alors qu'il est le dernier de la race des mortels, Nemo (Jared Leto, dans une interprétation remarquable) se souvient de sa vie de famille et de sa vie conjugale. Or il semble vivre à la fois chez son père et sa mère; quelques années plus tard, ses trois amies d'enfance deviendront chacune ses conjointes, avec un faible pour la plus inaccessible des trois, incarnée à l'âge adulte par Diane Kruger. Les deux autres, l'une dépressive (Sarah Polley) et l'autre dépourvue de spontanéité (Linh-Dan Pham), semblent des parenthèses moins heureuses, autant d'anecdotes qui plongent le confident de Nemo dans des abîmes de confusion.
Cette fable aux accents métaphysiques se présente dans un splendide écrin visuel, surtout dans sa portion futuriste. Ce récit labyrinthique se veut sans cesse déroutant, alors que les multiples vies de ce héros — lucide ou en plein délire? — se superposent dans une absence parfois complète de logique. De ce chaos émerge une démonstration à la fois simple et audacieuse sur l'impact de nos décisions, symbolisé ici par le choix déchirant du jeune Nemo sur le quai d'une gare: partira-t-il avec son père ou avec sa mère? Tout le film est construit autour de cet enjeu, et la réponse se résume à un refus de se priver de la moindre option.
Pourtant, une autre question nous tenaille. Faillait-il tout ce bric-à-brac technologique et d'une durée excessive pour en faire la démonstration? Mr. Nobody croule parfois sous les excès d'un cinéaste visiblement emballé par le caractère imposant de son entreprise. Celle-ci, impressionnante, l'a parfois dévoré, au point où l'on a du mal à reconnaître celui qui savait si bien insuffler une âme à ses personnages. Ceux de Mr. Nobody ressemblent aux pièces d'un jeu d'échecs: ils sont déplacés avec une intelligence rare, mais avec une froideur esthétique qui entrave souvent l'émotion.
***
Collaborateur du Devoir
Ce retrait volontaire aura servi à la production de son film le plus ambitieux, le plus coûteux, le plus complexe, et forcément le plus périlleux, pour lui comme pour le spectateur. Mr. Nobody, une coproduction internationale qui en porte parfois les défauts (casting éclectique, lieux de tournage disparates, opulence tapageuse), offre aussi une réflexion familière dans l'univers du cinéaste, véritable fil d'Ariane de son oeuvre. Si la vie est la somme de nos choix, disait Albert Camus, ceux-ci ne sont jamais sans conséquence, pour soi et pour les autres, affirme Jaco Van Dormael.
Multiples possibilités...
Dans Mr. Nobody, il pousse encore plus loin cette idée puisque son héros se retrouve face à de multiples possibilités... mais semble les vivre simultanément. Juste avant son dernier, dans un monde du futur où l'immortalité est une réalité et alors qu'il est le dernier de la race des mortels, Nemo (Jared Leto, dans une interprétation remarquable) se souvient de sa vie de famille et de sa vie conjugale. Or il semble vivre à la fois chez son père et sa mère; quelques années plus tard, ses trois amies d'enfance deviendront chacune ses conjointes, avec un faible pour la plus inaccessible des trois, incarnée à l'âge adulte par Diane Kruger. Les deux autres, l'une dépressive (Sarah Polley) et l'autre dépourvue de spontanéité (Linh-Dan Pham), semblent des parenthèses moins heureuses, autant d'anecdotes qui plongent le confident de Nemo dans des abîmes de confusion.
Cette fable aux accents métaphysiques se présente dans un splendide écrin visuel, surtout dans sa portion futuriste. Ce récit labyrinthique se veut sans cesse déroutant, alors que les multiples vies de ce héros — lucide ou en plein délire? — se superposent dans une absence parfois complète de logique. De ce chaos émerge une démonstration à la fois simple et audacieuse sur l'impact de nos décisions, symbolisé ici par le choix déchirant du jeune Nemo sur le quai d'une gare: partira-t-il avec son père ou avec sa mère? Tout le film est construit autour de cet enjeu, et la réponse se résume à un refus de se priver de la moindre option.
Pourtant, une autre question nous tenaille. Faillait-il tout ce bric-à-brac technologique et d'une durée excessive pour en faire la démonstration? Mr. Nobody croule parfois sous les excès d'un cinéaste visiblement emballé par le caractère imposant de son entreprise. Celle-ci, impressionnante, l'a parfois dévoré, au point où l'on a du mal à reconnaître celui qui savait si bien insuffler une âme à ses personnages. Ceux de Mr. Nobody ressemblent aux pièces d'un jeu d'échecs: ils sont déplacés avec une intelligence rare, mais avec une froideur esthétique qui entrave souvent l'émotion.
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