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    Enquête passionnelle

    15 mai 2010 |François Lévesque | Cinéma
    Dans ses yeux est un polar diablement efficace.
    Photo: Metropole Dans ses yeux est un polar diablement efficace.
    • Dans ses yeux (El secreto de sus ojos)
    • Réalisation: Juan José Campanella. Scénario: J. J. Campanella et Eduardo Sacheri, d'après son roman. Avec Ricardo Darín, Soledad Villamil, Guillermo Francella, Pablo Rago, Javier Godino. Photo: Felix Monti. Montage: J. J. Campanella. Musique: Federico Jusid. Argentine, 2009, 127 min.
    El secreto de sus ojos, le titre original espagnol de Dans ses yeux, fait référence à un secret qui s'y cache. Nuance gommée par la traduction et qui cerne davantage l'esprit d'un film où se meuvent et s'émeuvent des personnages dont la part d'ombre envahit souvent le regard. Dans ces zones où règnent ténèbres et paroles tues, la passion bouillonne, dévorante, parfois violente. Or certains secrets ne se révèlent qu'à qui sait sonder ces abîmes-là.

    Benjamín Esposito est l'une de ses personnes. Observateur, empathique et pugnace, ce juge d'instruction à la retraite a consacré sa carrière, et par extension sa vie, à chercher dans l'oeil des suspects, reflet de leur âme, un indice de leur possible culpabilité. Ce regard coupable, il l'a jadis repéré dans une série de clichés contenus dans l'album de la victime d'un meurtre particulièrement sordide. Il a même réussi à arrêter l'assassin. Mais la vie, comme la mort, est souvent injuste et, vingt-cinq ans plus tard, Benjamín ressent le besoin de revisiter l'affaire sous forme de roman factuel. Une entreprise qui lui fournit l'occasion de renouer avec la belle Irene, jadis collègue, aujourd'hui flamme toujours brûlante.

    Dans ses yeux est un polar diablement efficace. Son intrigue dense, sinueuse en son centre, captive presque jusqu'au bout. Car ce film racé et élégant de Juan José Campanella (Le Fils de la mariée) ne parvient pas à se conclure dès après un dénouement fort, préférant en ajouter d'autres, moindres. Consciencieux, le cinéaste s'attarde — littéralement — à ne laisser aucun élément en suspens, quitte à s'éterniser, quitte à diminuer la force de frappe d'un retournement final qui, bien qu'on l'ait un peu vu venir, s'avère satisfaisant et conséquent.

    Cela dit, ces réserves ne sauraient entacher le franc plaisir que l'on prend à voir le film, à l'admirer aussi, car outre ses qualités narratives, réelles, Dans ses yeux constitue un bien bel objet. Très recherchée au plan visuel, cette oeuvre affiche en effet une maîtrise formelle frappante, de celle observable chez Brian De Palma. La palette retenue pour les retours en arrière ainsi que la composition des plans rappellent d'ailleurs souvent Blow Out. Ajoutez un clin d'oeil à Dirty Harry à l'issue d'une poursuite remarquablement filmée (oh le joli plan-séquence!) dans un stade de foot, et la cinéphilie de Campanella ainsi que le réseau référentiel qui l'anime sautent aux yeux, rehaussant d'un cran l'intérêt que les amateurs porteront à son film.

    Avec une intrigue moins solide, sans doute la virtuosité de sa mise en scène, ni classique ni baroque, aurait porté ombrage au récit. Or, non seulement le scénario est-il à la hauteur, mais il distille de plus soigneusement ses petites et grandes révélations. Quand on croit avoir tout compris, l'histoire se complexifie et des enjeux tout à l'heure capitaux deviennent soudain secondaires.

    Campanella dirige ses comédiens avec la même assurance qu'il manifeste derrière la caméra. Soledad Villamil est une révélation en Irene, et son regard opalescent fait certainement honneur au titre. Idem pour Guillermo Francella, une forte présence dans le rôle de Pablo, le collègue poivrot mais perspicace. Acteur fétiche du cinéaste, Ricardo Darín (L'Aura) rend admirablement les complexes et les tiraillements d'un héros d'une rafraîchissante noblesse. Gagnant-surprise de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, ce polar capiteux souffrira, gageons là-dessus, un remake américain avant longtemps.

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    Dans ses yeux (El secreto de sus ojos)
    Réalisation: Juan José Campanella. Scénario: J. J. Campanella et Eduardo Sacheri, d'après son roman. Avec Ricardo Darín, Soledad Villamil, Guillermo Francella, Pablo Rago, Javier Godino. Photo: Felix Monti. Montage: J. J. Campanella. Musique: Federico Jusid. Argentine, 2009, 127 min.

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    Collaborateur du Devoir












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