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La vie avant la mort

Bernard Héber et Renée-Claude Riendeau présentent Offre-moi ton corps au FIFA

Caroline Montpetit   18 mars 2010  Cinéma
Elinor Carucci, une des dix photographes qui proposent un regard original sur le corps humain.
Photo : Source: Claire Obscura
Elinor Carucci, une des dix photographes qui proposent un regard original sur le corps humain.
On le regarde en secret avec affection, avec ses taches, ses cicatrices, ses rides, ses rictus, son âge. Puis on le compare avec une moue déçue à l'image uniformisée du corps idéal des grandes affiches de sous-vêtements à la mode.

Dans Offre-moi ton corps, le film de Bernard Héber et Renée-Claude Riendeau, le corps, celui de la femme surtout, est le personnage principal. Les autres, ce sont les dix photographes qui proposent un regard original sur le corps humain à travers leur travail. Ils photographient des femmes en position décontractée ou des femmes enceintes, des transgenres en cours de transformation d'un sexe à un autre, des enfants pleurant et criant, mais aussi des poupées-femmes offrant leur compagnie muette à des hommes esseulés, ou encore des corps décédés dont on a traqué sur les visages la dernière expression, enfin délivrés des souffrances terrestres. Ce film sera présenté dimanche, le 21 et mardi le 23 mars prochain au Festival international du film sur l'art, qui débute aujourd'hui à Montréal.

Déjà, l'an dernier, les deux cinéastes avaient présent L'Art du nu, un triptyque documentaire qui proposait le regard des modèles sur cet art. Si la peinture et la sculpture y avait été largement abordées, la photographie y était seulement effleurée. Petite-fille du peintre Stanley Cosgrove, Renée-Claude Riendeau a longtemps vécu dans l'intimité d'un modèle puisque sa grand-mère posait régulièrement pour son mari. Et c'est au Mexique, en se lançant sur les traces de son grand-père Cosgrove, ami du fresquiste mexicain Orozco, que Renée-Claude a rencontré Bernard Héber, qui allait devenir son associé.

Cette fois, les cinéastes offrent un regard sur le corps réel des modèles amateurs comme professionnels, nous forçant à constater l'écart entre la réalité rêvée et la réalité vécue. Cela commence par Elinor Carucci, qui se penche sur elle-même pour prendre par exemple des photos de son nombril, d'un grain de beauté au coin d'une bouche. «Quelque chose d'honnête», voilà comment elle décrit son travail de création. Plus tard, on la verra aussi photographier ses enfants, boudant et grognant. Elle raconte d'ailleurs qu'elle leur a formellement interdit l'usage du mot «cheese», à la maison.

Suit, entre autres, Jeff Bark, photographe de mode, qui, n'en pouvant plus de photographier des corps «tous pareils», grave sur pellicule des femmes grosses, aux formes tombantes, dont il camoufle parfois le visage sous des sacs ou des oursons de peluche.

Les projets d'Elena Dorfman sont plus troublants encore. Dans le film, elle s'intéresse d'abord à la transformation des transgenres, à des femmes devenant graduellement des hommes. Elle traque cette transformation dans des gestes quotidiens, observant par exemple comment ces hommes en devenir nouent leur cravate. Plus loin, Elena Dorfman nous entraîne dans le jardin secret d'un homme qui vit en compagnie de cinq poupées, déguisées en pin up, en partenaires sexuelles, en épouses, en amies.

«Non seulement les femmes veulent ressembler à des poupées, mais les poupées veulent ressembler à des femmes», dit l'homme qui vit à l'abri des regards de sa communauté, en Angleterre. Selon lui, on se leurre toujours en jaugeant les gens à leur apparence puisqu'on a jamais d'eux qu'une perception subjective. Ses poupées, quant à elles, ne sont qu'apparence. Impossible de se fourvoyer à leur sujet.

Des feuilles qui tombent avant l'automne

On traverse aussi l'univers d'Art Myers, qui photographie des femmes atteintes du cancer du sein en tentant de montrer leur existence dans son ensemble, plutôt que de ne se concentrer que sur leurs cicatrices et leurs maladies. «Ces femmes ne se voient pas comme endommagées», dit-il, ajoutant qu'elles continuent d'avoir une vie sexuelle entière. L'une de ses photos s'intitule Parfois les feuilles tombent avant l'automne.

L'ensemble du film porte une lourde charge émotive pour Renée-Claude Riendeau, qui a souffert d'un cancer du sein et qui a dû subir l'ablation de ses deux seins au cours de la réalisation d'Offre-moi ton corps, à l'âge de 35 ans. Les scènes les plus difficiles à monter pour elle, plus encore que les photographies mettant en scène la mort elle-même, ont été celles présentant des femmes en train d'allaiter.

Tout le long du Festival international des films sur l'art (FIFA), les oeuvres de certains photographes présentés dans le film, Art Myers, Elenor Carucci, Elena Dorfman, seront exposées à la Maison du Festival, rue Sainte-Catherine. On y trouvera aussi un photomaton, où les passants pourront faire photographier n'importe quelle partie de leur corps en toute intimité. Chacune des photos saisies fera partie d'une grande murale exposée à la fin du festival.

Le film se clôt avec une entrevue saisissante avec Walter Schels, un photographe allemand qui a photographié des bébés naissants, des aveugles, mais aussi des morts... Dans le cadre de son exposition La Vie avant la mort, le photographe a en effet accompagné 24 malades aux soins palliatifs, et a pris des photos d'eux durant cette période. Il a ensuite juxtaposé ces portraits avec d'autres, pris exactement sous le même angle que les premiers, immédiatement après leur mort.

Dans le film, il raconte que ce projet lui a appris à surmonter sa peur panique de la mort, lui qui avait vécu les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Walter Schels raconte aussi son expérience de photographe auprès des bébés naissants: «La deuxième tragédie (après la naissance), dit-il, c'est de savoir de quoi on a l'air.» Le photographe parle aussi d'un projet qu'il a mené auprès d'aveugles. Et il est étonnant de constater qu'une fois le projet complété, les aveugles ont insisté pour qu'on leur fasse visiter l'exposition en leur décrivant à quoi ils ressemblaient sur les photos...
 
 
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  • Yvon Bureau
    Abonné
    jeudi 18 mars 2010 11h21
    La vie avant
    Fin des années 60, en France, il y avait de grands panneaux sur le bords des routes: «Il y a une vie avant la mort».

    Et cette vie possède en soi une fin de vie, que l'on veut avec le plus de qualité possible. C'est nécessaire et supportant pour affronter notre destin de vivants de mourir et de disparaître.

  • Robert Henri
    Inscrit
    jeudi 18 mars 2010 16h13
    La vie avant
    Fin des années soixante, au Québec, à Montréal, il y avait un graffiti célèbre : «Y a-t-il une vi8e avant la mort ?».

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