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Festival de films sur les droits de la personne de Montréal - Philippe Van Leeuw accompagne son film Le jour où Dieu est parti en voyage

Le génocide rwandais à travers les yeux d'une rescapée

Gwenaëlle Reyt   11 mars 2010  Cinéma
Le réalisateur belge Philippe Van Leeuw en est à son premier voyage au Québec.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Le réalisateur belge Philippe Van Leeuw en est à son premier voyage au Québec.
Jacqueline est tutsie. Elle est nourrice pour une famille de coopérants belges à Kigali, au Rwanda. En 1994, la famille fuit face à l'horreur du génocide commencé quelques jours auparavant et qui fera près de 800 000 morts. Jacqueline reste cachée, mais personne ne sait si elle survivra.

Quinze ans après ce drame, le réalisateur belge Philippe Van Leeuw a décidé de faire un film sur cette tragédie qui l'a profondément marqué. Le jour où Dieu est parti en voyage, son premier long métrage comme réalisateur et scénariste, sera présenté aujourd'hui en ouverture du Festival de films sur les droits de la personne de Montréal (FFDPM).

«En 1994, j'ai vu à la télévision les images incroyablement violentes du génocide. C'est horrible d'être témoin impuissant, explique le réalisateur. J'ai accueilli une famille de coopérants de retour du Rwanda qui a dû abandonner sa nourrice, Jacqueline. L'image de cette femme réfugiée dans le faux plafond m'est restée en tête des années», confie l'homme de 55 ans, directeur photo d'expérience. Un jour pourtant, hanté et déterminé, il décide de raconter le récit de cette femme pour ne pas oublier et pour faire oeuvre de compassion. Philippe Van Leeuw a donc imaginé le destin de Jacqueline sans jamais avoir mis les pieds au Rwanda ni s'être référé aux témoignages de survivants.

Dans le film, Jacqueline sort finalement de sa cachette et part à la recherche de ses enfants, découverts sans vie. Réfugiée dans la forêt, elle se terre comme un animal privé de raison de vivre. La rencontre avec un homme blessé en fuite va la maintenir en vie, fragile et aliénée.

Pour incarner Jacqueline, Philippe Van Leeuw a choisi la chanteuse rwandaise Ruth

Nirere. «Le film devait s'appuyer sur une expérience réelle. Il était donc essentiel que ce rôle soit interprété par une rescapée. Ce sont ses souvenirs que le spectateur voit dans le film», explique le Belge. Pourtant, aucune scène de massacre ni aucun visage de tueurs n'est visible. Pour Philippe Van Leeuw, il était important d'entrevoir le génocide du point de vue des victimes sans donner de caractère humain aux tueurs. Ceux-ci feront l'objet d'un deuxième film. Comme dans le procès d'Eichmann, il souhaite que le cours des événements soit présenté par une personne qui a joué un rôle actif dans le génocide.

Le jour où Dieu est parti en voyage a déjà été montré au Rwanda, où il a reçu un bon accueil de la population. «Je suis heureux que le film existe. J'ai l'impression d'avoir fait quelque chose de bien», déclare l'auteur, qui ne se fait aucune illusion sur la situation des droits humains ailleurs sur la planète. «Le sentiment d'impuissance réapparaît devant chaque nouveau massacre. Quand on dit "plus jamais ça", je n'y crois pas. L'important, c'est de ne pas oublier.»

***

Une projection supplémentaire est prévue le samedi 13 mars à 17h au Cinéma du Parc. www.ffdpm.com.

Une modification a été apportée à ce texte le 11 mars 2010.
 
 
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