Jafar Panahi est arrêté à Téhéran
Le cinéaste engagé a été président du jury au 33e Festival des films du monde
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
«Je veux être la voix de l’Iran dans le monde», confiait Jafar Panahi au Devoir en août dernier.
«Je veux être la voix de l'Iran dans le monde», confiait Jafar Panahi au Devoir en août dernier. Président du jury au 33e Festival des films du monde, il arborait alors le vert, couleur du parti d'opposition, lors des cérémonies officielles, dénonçait l'oppression du régime d'Ahmadinejad à pleine voix. Ce fut sa dernière échappée hors du pays.
Motus, aujourd'hui. Car les temps sont durs pour les artistes debout. Multiprimé (Ours d'argent à Berlin, Lion d'or à Venise, Caméra d'or à Cannes, etc.), talent confirmé et gloire nationale, le cinéaste du Ballon blanc et du Cercle, film-plaidoyer pour la libération de la femme dans sa patrie voilée, fut arrêté lundi soir à son lumineux domicile de Téhéran aux fenêtres ouvrant sur les monts Alborz. Son épouse, sa fille, une quinzaine d'invités auraient été de la rafle, aux dires de son fils. Le procureur de Téhéran ne confirme pour sa part qu'une seule autre arrestation à ses côtés, en précisant qu'il n'a pas été arrêté pour des motifs politiques ou artistiques.
En Iran, les gardiens de la révolution peuvent entrer chez tout un chacun, le capturer et l'inculper sous divers chefs: festoyer, boire de l'alcool, écouter de la musique occidentale, danser, être court vêtu, capter des chaînes en farsi en provenance de la communauté iranienne de San Francisco, garder images et propos prohibés sur du matériel électronique, etc.
Après perquisitions et saisies d'ordinateurs effectuées par des hommes en civil, des ordres: «Suivez-nous.» L'enquête suivrait son cours, quel que soit le sens revêtu par le mot «enquête».
Refus de se taire
Censuré dans son pays, encensé sur la scène internationale, Jafar Panahi n'a plus guère le droit de tourner, hormis sous le manteau, et refuse de se taire.
Opposant actif au régime, le cinéaste de 49 ans avait manifesté dans les rues de Téhéran avec ses compagnons de révolte à la suite de la réélection contestée du président Ahmadinejad. En juillet dernier, après avoir participé à une cérémonie commémorant la mort de Neda Agha-Soltan, tombée au cours des répressions policières postélectorales, il avait déjà été arrêté avec sa femme et sa fille, puis relâché. Sa notoriété le protégea longtemps du pire, mais toute protection a ses limites. La communauté internationale le soutient, la France protestait haut et fort hier, appelant les autorités à libérer tous les prisonniers politiques, comme l'avait annoncé le procureur de Téhéran à l'occasion de la nouvelle année iranienne. Un vent de réprobation planétaire peut souffler dans sa cour et sauver encore sa mise. Mais l'Iran sait aussi fermer l'oreille... Le régime pourrait l'inculper pour des motifs non politiques, plutôt socio-religieux, en contournant le problème. À suivre donc.
Comme président du jury au dernier Festival des films du monde, Jafar Panahi avait accordé des entrevues aussi courageuses que dangereuses: «Nous sommes nombreux, nous vaincrons, confiait-il au Devoir. Et n'allez pas croire que le mouvement s'essouffle, comme certains le laissent croire. Le recul est artificiel, stratégique. On cherche d'autres chemins. Nous nous ajustons. Les jeunes constituent une force extraordinaire et leurs images de la répression sont retransmises partout.»
Son passage à Montréal avait sonné le glas des déambulations de Jafar Panahi. Invité partout sur la planète festival, pour des jurys ou des hommages, de Delhi à Berlin, ses demandes de visa étaient demeurées depuis lors lettre morte.
Motus, aujourd'hui. Car les temps sont durs pour les artistes debout. Multiprimé (Ours d'argent à Berlin, Lion d'or à Venise, Caméra d'or à Cannes, etc.), talent confirmé et gloire nationale, le cinéaste du Ballon blanc et du Cercle, film-plaidoyer pour la libération de la femme dans sa patrie voilée, fut arrêté lundi soir à son lumineux domicile de Téhéran aux fenêtres ouvrant sur les monts Alborz. Son épouse, sa fille, une quinzaine d'invités auraient été de la rafle, aux dires de son fils. Le procureur de Téhéran ne confirme pour sa part qu'une seule autre arrestation à ses côtés, en précisant qu'il n'a pas été arrêté pour des motifs politiques ou artistiques.
En Iran, les gardiens de la révolution peuvent entrer chez tout un chacun, le capturer et l'inculper sous divers chefs: festoyer, boire de l'alcool, écouter de la musique occidentale, danser, être court vêtu, capter des chaînes en farsi en provenance de la communauté iranienne de San Francisco, garder images et propos prohibés sur du matériel électronique, etc.
Après perquisitions et saisies d'ordinateurs effectuées par des hommes en civil, des ordres: «Suivez-nous.» L'enquête suivrait son cours, quel que soit le sens revêtu par le mot «enquête».
Refus de se taire
Censuré dans son pays, encensé sur la scène internationale, Jafar Panahi n'a plus guère le droit de tourner, hormis sous le manteau, et refuse de se taire.
Opposant actif au régime, le cinéaste de 49 ans avait manifesté dans les rues de Téhéran avec ses compagnons de révolte à la suite de la réélection contestée du président Ahmadinejad. En juillet dernier, après avoir participé à une cérémonie commémorant la mort de Neda Agha-Soltan, tombée au cours des répressions policières postélectorales, il avait déjà été arrêté avec sa femme et sa fille, puis relâché. Sa notoriété le protégea longtemps du pire, mais toute protection a ses limites. La communauté internationale le soutient, la France protestait haut et fort hier, appelant les autorités à libérer tous les prisonniers politiques, comme l'avait annoncé le procureur de Téhéran à l'occasion de la nouvelle année iranienne. Un vent de réprobation planétaire peut souffler dans sa cour et sauver encore sa mise. Mais l'Iran sait aussi fermer l'oreille... Le régime pourrait l'inculper pour des motifs non politiques, plutôt socio-religieux, en contournant le problème. À suivre donc.
Comme président du jury au dernier Festival des films du monde, Jafar Panahi avait accordé des entrevues aussi courageuses que dangereuses: «Nous sommes nombreux, nous vaincrons, confiait-il au Devoir. Et n'allez pas croire que le mouvement s'essouffle, comme certains le laissent croire. Le recul est artificiel, stratégique. On cherche d'autres chemins. Nous nous ajustons. Les jeunes constituent une force extraordinaire et leurs images de la répression sont retransmises partout.»
Son passage à Montréal avait sonné le glas des déambulations de Jafar Panahi. Invité partout sur la planète festival, pour des jurys ou des hommages, de Delhi à Berlin, ses demandes de visa étaient demeurées depuis lors lettre morte.
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