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Le cinéma québécois au Festival de Cannes: Séduire le monde

Martin Bilodeau   23 mai 2003  Cinéma
Grand jeu sur la Croisette aujourd'hui alors que la Quinzaine des réalisateurs présente en première mondiale La Grande Séduction, une comédie québécoise sur le mensonge et autres vérités.

Jean-François Pouliot, réputé réalisateur des pubs de Monsieur B, n'avait jamais mis les pieds à Cannes, pas même au festival du film publicitaire, où il a pourtant déjà remporté un prix. Ken Scott, ex-Bizarroïde, auteur de la comédie Le Plateau, non plus. Il y a un peu plus d'un an, les deux hommes se sont rencontrés à l'initiative de Benoît Brière, qui connaissait l'un (pour les pubs, justement) et l'autre (Brière joue dans Le Plateau) et voyait dans la rencontre du talent du premier et du scénario du second un cocktail prometteur. Il avait vu juste, comme en témoigne La Grande Séduction, que la Quinzaine des réalisateurs projette ce soir en première mondiale après quelques séances très prometteuses au Marché de Cannes.

Lunettes sur le nez, assis face à la mer sur la terrasse du pavillon de Téléfilm Canada, Scott a l'air détendu, Pouliot ne cache pas sa nervosité. Le tandem, il est vrai, attendait encore, mercredi, d'être détrompé dans son idée que La Grande Séduction (oubliez l'allusion à Renoir) n'est pas un film de festivals.

Sur des thèmes qui comportent de fortes résonances sociales chez nous (les régions dépossédées, les pêcheries condamnées et l'absence de médecins en province rurale), Scott et Pouliot ont échafaudé une comédie tonique, intelligente, vibrante et universelle, susceptible de trouver son public dans les salles de cinéma du monde entier.

Afin de convaincre un médecin de venir s'installer chez eux, condition sine qua non posée par des promoteurs désireux de construire une usine dans leur village de pêche en ruine, les habitants de Sainte-Marie-La-Mauderne, sous l'impulsion d'un trio de désespérés dysfonctionnels (Raymond Bouchard, Pierre Collin, Benoît Brière), attirent dans leur filet un chirurgien plastique de la ville (David Boutin). Tout au long de son séjour, qui doit durer quatre semaines, ils feront tout pour le séduire et ultimement le convaincre de s'établir pour cinq ans. Leur plan: mettre son téléphone sur écoute (Rita Lafontaine et Clémence DesRochers tendent l'oreille) afin de précéder ses désirs, de limiter ses frustrations, de faciliter son intimité avec les villageois.

«C'est un jeu où ceux qui mentent sont détenteurs d'une plus grande vérité que les autres», affirme Jean-François Pouliot, précisant que dans ce jeu de mensonge et de vérité, tout le monde a sa part de responsabilité. Si la conclusion peut sembler expéditive, si quelques situations semblent étirées inutilement, la palette des sentiments abordés et la vigueur du regard social inscrivent le film en faux dans la déferlante des comédies (Nuit de noces, Les Dangereux) qui abâtardissent le cinéma québécois. En regardant La Grande Séduction, c'est plutôt à Carle, à ses Mâles et à sa Bernadette qu'on pense, ainsi qu'aux récentes comédies champêtres venues des îles Britanniques, telles Waking Ned Devine et Saving Grace (elles-mêmes pulsées par les cinémas naturalistes de Loach et Leigh).

«La profondeur permet à l'humour d'être performant, dit Ken Scott. Il faut oublier l'humour pour camper les personnages. Dans une bonne comédie, ce n'est pas la quantité de gags qui importe mais la satisfaction qu'on ressent lorsqu'un gag est réussi.» Sa méthode: cacher l'intention comique. «Il ne faut pas qu'on voie l'effort. Il faut jouer à cache-cache avec les spectateurs.»

Inutile de cacher plus longuement que, porté par une distribution admirable, un scénario frais et une réalisation solide, La Grande Séduction fera sonner au Québec, dès la mi-juillet, un rire intelligent. D'ici là, c'est à Cannes que ça se passe, et les applaudissements des spectateurs du Marché hier, au terme d'une projection ou personne n'est parti (phénomène très rare dans un marché), donnaient à entendre que le film de Jean-François Pouliot et Ken Scott voguera sur bien des mers.
 
 
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  • Mona Fortin - Inscrite
    23 mai 2003 14 h 59
    Bravo pour une comédie...intelligente.
    J'ai bien hâte de voir ce film. Franchement toute la gomme a été mise pour Les Invasiosns barbares... je ne pensais même pas qu'il y avait un autre film québecois en présentation à Cannes.
    Bonne chance.
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