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La Petite Lili: Faire du cinéma pour comprendre

Claude Miller a transposé la mélancolie tchekhovienne dans l'univers du cinéma

Odile Tremblay   23 mai 2003  Cinéma
Cannes — Il fait partie des cinéastes très «qualité française», ce Claude Miller. Collé au paysage hexagonal, classique avec parfois une graine d'audace, beaucoup de maîtrise surtout. En 1998, l'inquiétante Classe de neige lui avait valu le prix du jury ici. Il aime fixer les hantises, les dérapages. Ceci explique sans doute son engouement pour notre Yves Jacques national, un comédien au jeu glissant comme une anguille, au profil ambigu, collé à son univers.

Depuis une brève apparition dans Classe de neige, Yves Jacques surgit toujours quelque part au milieu des films de Miller, gagnant de l'espace. Aujourd'hui, il est de la distribution de La Petite Lili, présenté en compétition.

Nul ne l'a pour autant rencontré sur la Croisette avec l'équipe des Invasions Barbares ou celle du film de Miller. Et pour cause. Le comédien joue à Montréal, sur les planches du TNM, fabuleux dans la pièce de Lepage. Cannes se contente de présence virtuelle.

Mais on va écouter Claude Miller dire pourquoi il fait du cinéma. «Parce que tout le monde, y compris les psychopathes, les kidnappeuses d'enfants, a ses raisons et que j'ai envie de les comprendre.»

La Petite Lili constitue une adaptation libre et contemporaine de La Mouette de Tchekhov. Or, si un dramaturge a cherché à comprendre les raisons de tous ses personnages, c'est bien Tchekhov. Miller a transposé l'action de la pièce en France, dans le milieu du cinéma (plutôt que du théâtre et de la littérature), et a modifié la fin tragique en un dénouement plus ouvert.

Mettant en scène Ludivine Sagnier (également vedette principale du Swimming Pool d'Ozon) en Lili la mouette, Miller oppose son jeune créateur pur et intransigeant (Robinson Stévenin) à l'univers de compromission d'un cinéaste adulte (Bernard Giraudeau). La mère dure et fermée est ici incarnée avec force par Nicole Garcia, le médecin à l'écoute des autres par Yves Jacques. Jean-Pierre Marielle entre dans la peau de l'oncle philosophe.

Îuvre classique et à tiroirs, bien faite, bien jouée mais en retenue, comme Miller sait les ficeler, La Petite Lili ne révolutionne rien mais parvient à transposer la mélancolie tchekhovienne dans l'univers facilement factice du milieu du cinéma.

Que Lili choisisse de trahir des amours tendres pour faire avancer sa carrière n'étonnera personne aujourd'hui. Mais le film parle aussi de Miller, du métier de cinéaste, de ses choix à lui. «Tchekhov est contemporain et éternel», dit-il. Le dramaturge russe tient aussi du miroir dans lequel on se mire facilement.

Miller avoue avoir été ce jeune créateur idéaliste qui veut réinventer l'art mais s'identifier aussi au cinéaste de carrière qui a appris à composer avec la réalité. «Je suis un ancien jeune et un nouveau vieux. Or il est dans la nature des jeunes de bousculer les anciens.»

La Petite Lili est une coproduction France-Québec, tout comme le précédent film de Miller, Betty Fisher et autres histoires. L'hiver dernier, par des froids glaciaux, on avait vu le réalisateur circuler à Montréal, où une grosse partie de sa postproduction s'est faite. Alors, cette Petite Lili, en compétition à Cannes, est un peu québécoise, elle aussi.
 
 
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