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Festival de Cannes: Dogville domine le sondage des festivaliers

Odile Tremblay   23 mai 2003  Cinéma
Cannes — Les Invasions barbares a été longuement ovationné au palais des Festivals et la carrière internationale du film semble lancée comme une balle. Mais du côté de la critique, ça se morpionne..

Tout le monde consulte le magazine Le Film français en buvant son café du matin pour connaître l'indice de popularité des oeuvres en sélection officielle à Cannes. À travers les suffrages de 631 festivaliers, la revue émet chaque jour des pronostics d'attribution de la palme d'or. Dogville, de Lars von Trier, y domine le peloton depuis le début. Il obtenait 18,55 % des voix hier. Cela dit, Les Invasions barbares, cantonné la veille à un peu plus de 0 %, a bondi hier au deuxième rang, ex aequo avec Elephant de Gus Van Sant. Ça va sur ce champ-là.

Le Film français affiche surtout un précieux pool de critiques. Quinze médias (dont Les Cahiers du cinéma, Studio, L'Express, Le Nouvel Obs, etc.) octroient des cotes aux films. Une série de symboles allant de la baboune de dégoût à la Palme d'or en passant par une, deux ou trois étoiles offre un panorama d'opinions.

Or la critique nationale est scindée face au film d'Arcand. En gros, les médias grand public l'aiment, mais pas les journaux intellos qui, en France, créent hélas l'opinion cinéphilique. Au pool, quatre babounes (dont Les Cahiers du cinéma, Positif et Les Inrockuptibles) y côtoient autant de palmes à côté de une, deux ou trois étoiles. Libération n'aime pas, évoquant la logorrhée verbale, voyant le film comme du cinéma de papa mais lui reconnaissant une chaleur humaine. Le Monde a détesté et qualifie le film de comédie de situation télévisée. Le Figaro encense. Positif, L'Humanité, Le Parisien adorent. Schisme, donc.

C'est Dogville qui domine le pool des critiques français, mais les médias des États-Unis (dont l'influent Variety) assassinent le film de Lars von Trier, révoltés par son antiaméricanisme. Reste à voir comment tout ça se traduira au palmarès.

Les dates du FFM

Pour obtenir des nouvelles de nos propres festivals, il suffit, en somme, de venir à Cannes. Ici, on croise tout le milieu du cinéma au cours des soirées, sur la Croisette ou à travers les corridors du palais, recueillant quelques échos par-ci par-là. Prenez le FFM: on sait qu'à partir de l'édition 2003, en août prochain, sa direction a entrepris de reculer les dates du rendez-vous montréalais. Or l'échiquier des manifestations internationales de films s'en trouve ébranlé.

Jusqu'à maintenant, la clôture du FFM avait lieu quelques jours avant l'ouverture du festival de Toronto, ce qui donnait à l'industrie comme à la presse le temps de souffler avant de monter à bord d'un autre train de cinéma.

Voilà qu'en 2003, le FFM roulera du 27 août au 7 septembre, chevauchant son rival ontarien (du 4 au 13 septembre). Il marchera aussi sur les pieds de la Mostra de Venise (du 27 août au 6 mai), désormais confinée à la même portion de calendrier que le FFM. Comment faire la navette entre ces rendez-vous imbriqués?, se demande le milieu. Il n'est d'ailleurs pas dit que le fragile FFM gagnera au jeu. Les choix pourraient se faire à son détriment. Gare!

Ce changement de dates a suscité le courroux des dirigeants de festivals, tant dans la cité des doges que dans la Ville reine, lesquels ont protesté haut et fort. Tant et si bien que la Fédération internationale des producteurs de films (FIAPH), elle-même mécontente de ce changement, s'est penchée avec sérieux sur le litige. La FIAPH est cet organisme qui décerne entre autres les grades de catégorie A à certains festivals: Montréal et Venise, par exemple (et, bien sûr, Cannes). Toronto n'y a pas droit, étant non compétitif. Cette FIAPH vient de rendre son verdict. Compte tenu du fait qu'il est trop tard cette année pour exiger un changement de dates du FFM, la FIAPH, quoique contrariée, laisse la situation en l'état mais réclame un retour aux anciennes dates pour 2004 et 2005. Le dossier sera ensuite réévalué. En tout cas, l'affaire suscite bien des grognements...

Une intrigue confuse

Vu hier en compétition: Purple Butterfly, du Chinois Lou Ye, un film auquel j'avoue ne pas avoir compris grand-chose. Inquiète de l'état de mes neurones en ces temps d'épuisement festivalier, j'ai fait enquête autour de moi pour découvrir que personne ne semblait trop au parfum de l'intrigue, ce qui m'a rassurée sans éclairer ma lanterne pour autant. Lorsqu'il faut ronger le dossier de presse pour démêler une intrigue, c'est qu'il y a un os.

Lou Ye nous avait donné le contemporain Suzhou River. Cette fois-ci, il verse dans la romance politique sur fond de guerre et de trahisons. À sa proue, la star montante chinoise Zhang Ziyi.

L'action se déroule au début des années 30. Shanghaï est occupé par les Japonais. Un amour d'antan entre une jeune Chinoise (Zhang Ziyi) et un Japonais se perdra dans le tourbillon politique. La belle est membre d'un groupe de résistance contre l'envahisseur nippon et son ancien amant appartient à l'ennemi.

Purple Butterfly est une de ces oeuvres techniquement sans reproche, au perfectionnisme oriental, aux éclairages de clairs-obscurs magnifiques glissant sur des fondus enchaînés, à la musique lancinante, au bruitage parfait. Malheureusement — peut-être est-ce dû à une infirmité de notre oeil occidental? —, on a du mal à différencier physiquement un Chinois d'un Japonais. De longs plans sont livrés sans explications, des massacres succèdent aux massacres dans Shanghaï incendié, des agents secrets confondent d'autres agents secrets. Mais qui espionne qui, au juste? Un doute nous assaille.

À l'affiche cette semaine

LES BEAUX-PÈRES

États-Unis, 2003, 98 minutes.

Comédie d'Andrew Fleming avec Michael Douglas, Albert Brooks.

Un podologue sujet à diverses phobies est entraîné dans une aventure par un agent de la CIA qui veut coincer un marchand d'armes.

* V.o.: Forum, Cavendish, Côte-des-Neiges, Carrefour Angrignon, Colisée Kirkland, Lacordaire, Des Sources, Spheretech.

* V.f.: Place LaSalle, Quartier

latin, StarCité, Versailles.

NOWHERE IN AFRICA

Allemagne, 2001, 138 minutes.

Chronique de Caroline Link avec Juliane Köhler, Merab Ninidze, Sidede Onyulo.

En 1938, accompagnée de sa fille Regina, la juive Jettel Redlich rejoint son mari Walter, déjà installé sur une ferme au Kenya pour fuir la persécution nazie en Allemagne. Avec l'aide du cuisinier kényan Owuor, la famille essaie de s'adapter à sa nouvelle existence.

* V.o., s.-t.a.: Cinéma du Parc,

Cavendish.

L'IMMORTALITÉ EN FIN DE COMPTE

Québec, 2003, 82 minutes.

Documentaire de Pascale

Ferland.

Dans certains villages québécois, des oeuvres frappent l'oeil de par leurs couleurs, leurs formes et leurs proportions. Elles représentent le travail acharné de divers créateurs sans formation artistique, qui font toutefois face à l'incompréhension de leur entourage.

* V.o.: Ex-Centris

LAWLESS HEART

Grande-Bretagne, 2001, 102 minutes.

Drame de moeurs de Neil Hunter et Tom Hunsinger avec Tom Hollander, Douglas Henshall, Bill

Nighy.

Dans une petite ville d'Angleterre, la mort d'un jeune restaurateur a diverses répercussions sur la vie sentimentale des membres de son entourage.

* V.o.: Forum

TOUT À COUP

Argentine, 2002, 90 minutes.

Comédie dramatique de Diego Lerman avec Tatiana Saphir, Carla Crespo, Veronica Hassan.

Marcia, une vendeuse de Buenos Aires complexée par son poids, tombe dans l'oeil de la punk lesbienne Mao. Kidnappée par cette dernière et son amie Lénine, Marcia est entraînée dans une escapade sans but précis à bord d'un taxi volé.

* V.o., s.-t.f.: Ex-Centris.






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