Ça va saigner !
Le réalisateur Podz et le scénariste et écrivain Patrick Senécal parlent de leur film Les 7 Jours du talion
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Le réalisateur Podz et le scénariste Patrick Senécal
Dans l'univers de l'écrivain et scénariste Patrick Senécal, se cachent souvent derrière de tranquilles banlieusards de dangereux tortionnaires (5150, rue des Ormes), et des psychiatres finissent par devenir aussi désorientés que leurs patients aux visions prémonitoires (Sur le seuil). Qu'on se le tienne pour dit: il sera de retour le 5 février prochain pour éclabousser de sang le grand écran avec Les 7 Jours du talion, mettant en vedette Claude Legault, Rémy Girard, Fanny Mallette et Martin Dubreuil. Et après le cinéaste Éric Tessier, c'est maintenant au tour de Podz (de son vrai nom Daniel Grou) de transposer au cinéma le monde inquiétant de l'auteur, qui prend plaisir à donner froid dans le dos à ses lecteurs.
Bousculer
Toute l'équipe rencontrait les journalistes quelques jours avant son départ pour le festival de Sundance, cet événement créé et chouchouté par Robert Redford pour assurer le rayonnement du cinéma indépendant et international. Et elle n'était pas peu fière de le souligner à gros traits puisque le film, produit par Nicole Robert (1981, Tout est parfait, Cheech), n'a pas reçu l'aval financier des institutions gouvernementales, comme la SODEC et Téléfilm Canada. «Un film miraculé», selon le scénariste. Malgré cette absence de subventions, Les 7 Jours du talion est finalement devenu le troisième roman de Senécal adapté au cinéma, scénarisé par la main même de son auteur.
Il revisitait ainsi une histoire de vengeance particulièrement sordide, celle d'un médecin prospère et bon père de famille (Claude Legault) qui, à la suite du viol et du meurtre de sa fille, décide de se transformer en bourreau pour donner une bonne leçon — le mot est faible... — à l'assassin pédophile (Martin Dubreuil). Un inspecteur de police (Rémy Girard), jonglant avec un désarroi similaire, va tenter de retrouver leur trace avant que le jeu (effroyable) n'aille trop loin. Ceux qui connaissent déjà le monde sanguinolent de Patrick Senécal seront en terrain familier. Et le scénariste tient mordicus à faire ce qu'il aime le plus: bousculer le spectateur.
«J'ai toujours revendiqué un côté manipulateur... dans le bon sens du terme, admet l'auteur. Je ne suis pas d'accord avec les scénaristes qui prétendent ne pas donner leur opinion et laissent le spectateur penser ce qu'il veut. Je m'excuse, mais j'ai quelque chose à dire et je veux que les gens le comprennent.» Dans Les 7 Jours du talion, ce que Senécal tient à exprimer remonte à l'époque où, en 2002, il écrivait ce roman. «J'étais en réaction contre tous ces films américains qui faisaient la glorification du phénomène de la vengeance, comme si c'était une bonne idée. Mais je suis très conscient que la violence extrême peut court-circuiter le discours. Le roman est très cru et, au cinéma, il n'y a pas d'échappatoire: pour dénoncer les méfaits de la violence, il faut la montrer.»
Caméra froide
Lorsque le scénariste parle de manipulation, il évoque surtout ce jeu pervers des perceptions brouillées. «Au départ, on peut être d'accord avec le père parce que l'on souhaite du mal au violeur, mais le but du film est de prouver que ça ne règle rien. Le "monstre", comme je l'appelle, est en train de se détruire et ça devient insoutenable pour le spectateur. D'ailleurs, mes héros, ce sont des gens qui sont victimes d'eux-mêmes.»
Ces propositions ne pouvaient que plaire à celui qui rêvait du septième art «depuis l'âge de 11 ans». Même s'il ne délaisse pas complètement la télé (il prépare en France la série Xanadu, inspirée d'une famille impliquée dans l'industrie de la porno), Podz a résolument la tête au cinéma, surtout après le tournage de ce film et un deuxième, toujours avec Claude Legault, intitulé 10 1/2, qui sortira plus tard cette année.
Très euphorique en ce début de 2010, le cinéaste se souvient de ses réactions plus mitigées à la lecture du scénario des 7 Jours du talion... Pour Podz, «le déclic s'est fait à la lecture du roman, pas de la première version du scénario, parce qu'il manquait toutes les scènes fortes; Patrick était très étonné que j'aie envie de tourner ça, car j'étais le premier à le réclamer.» Et «ça», ce sont des séances de torture parfois insoutenables, où le héros utilise entre autres ses habiletés de chirurgien...
Malgré cette apparente débauche d'hémoglobine, Podz voulait aussi «une caméra froide et distante», en plus d'assumer un choix courageux: l'absence de musique. Une décision «esthétique, pas économique», plutôt «dure à vendre», précise-t-il. «J'aurais pu mettre des violons sur les scènes de torture, et ainsi guider la pensée du spectateur. Mais au montage, ça sonnait faux, tandis que sans musique ça rend la chose plus lourde, plus difficile à porter. Devant cela, le spectateur doit décider.»
Podz reconnaît du même souffle qu'il n'a «aucun contrôle sur la manière dont le message passe», mais il ajoute qu'il n'aurait pas été «honnête, en tant que cinéaste, de ne pas montrer les conséquences de ces actes». Il semble pourtant plus effrayé par les restrictions budgétaires, au cinéma mais aussi à la télé. «En tournant des épisodes de Minuit, le soir avec peu d'argent, j'avais l'impression de me tirer une balle dans le pied. Si je le fais, on décide que mes collègues peuvent le faire aussi. Il y a pourtant des histoires qui demandent un certain budget, une certaine façon de faire. Pour ce film, le tournage a duré 24 jours: quand il faut compter tous les effets et les maquillages, c'est très court. Mais tu ne peux pas toujours t'arrêter à ces questions-là, sinon tu n'as pas une longue carrière de réalisateur!»
***
Collaborateur du Devoirt
Bousculer
Toute l'équipe rencontrait les journalistes quelques jours avant son départ pour le festival de Sundance, cet événement créé et chouchouté par Robert Redford pour assurer le rayonnement du cinéma indépendant et international. Et elle n'était pas peu fière de le souligner à gros traits puisque le film, produit par Nicole Robert (1981, Tout est parfait, Cheech), n'a pas reçu l'aval financier des institutions gouvernementales, comme la SODEC et Téléfilm Canada. «Un film miraculé», selon le scénariste. Malgré cette absence de subventions, Les 7 Jours du talion est finalement devenu le troisième roman de Senécal adapté au cinéma, scénarisé par la main même de son auteur.
Il revisitait ainsi une histoire de vengeance particulièrement sordide, celle d'un médecin prospère et bon père de famille (Claude Legault) qui, à la suite du viol et du meurtre de sa fille, décide de se transformer en bourreau pour donner une bonne leçon — le mot est faible... — à l'assassin pédophile (Martin Dubreuil). Un inspecteur de police (Rémy Girard), jonglant avec un désarroi similaire, va tenter de retrouver leur trace avant que le jeu (effroyable) n'aille trop loin. Ceux qui connaissent déjà le monde sanguinolent de Patrick Senécal seront en terrain familier. Et le scénariste tient mordicus à faire ce qu'il aime le plus: bousculer le spectateur.
«J'ai toujours revendiqué un côté manipulateur... dans le bon sens du terme, admet l'auteur. Je ne suis pas d'accord avec les scénaristes qui prétendent ne pas donner leur opinion et laissent le spectateur penser ce qu'il veut. Je m'excuse, mais j'ai quelque chose à dire et je veux que les gens le comprennent.» Dans Les 7 Jours du talion, ce que Senécal tient à exprimer remonte à l'époque où, en 2002, il écrivait ce roman. «J'étais en réaction contre tous ces films américains qui faisaient la glorification du phénomène de la vengeance, comme si c'était une bonne idée. Mais je suis très conscient que la violence extrême peut court-circuiter le discours. Le roman est très cru et, au cinéma, il n'y a pas d'échappatoire: pour dénoncer les méfaits de la violence, il faut la montrer.»
Caméra froide
Lorsque le scénariste parle de manipulation, il évoque surtout ce jeu pervers des perceptions brouillées. «Au départ, on peut être d'accord avec le père parce que l'on souhaite du mal au violeur, mais le but du film est de prouver que ça ne règle rien. Le "monstre", comme je l'appelle, est en train de se détruire et ça devient insoutenable pour le spectateur. D'ailleurs, mes héros, ce sont des gens qui sont victimes d'eux-mêmes.»
Ces propositions ne pouvaient que plaire à celui qui rêvait du septième art «depuis l'âge de 11 ans». Même s'il ne délaisse pas complètement la télé (il prépare en France la série Xanadu, inspirée d'une famille impliquée dans l'industrie de la porno), Podz a résolument la tête au cinéma, surtout après le tournage de ce film et un deuxième, toujours avec Claude Legault, intitulé 10 1/2, qui sortira plus tard cette année.
Très euphorique en ce début de 2010, le cinéaste se souvient de ses réactions plus mitigées à la lecture du scénario des 7 Jours du talion... Pour Podz, «le déclic s'est fait à la lecture du roman, pas de la première version du scénario, parce qu'il manquait toutes les scènes fortes; Patrick était très étonné que j'aie envie de tourner ça, car j'étais le premier à le réclamer.» Et «ça», ce sont des séances de torture parfois insoutenables, où le héros utilise entre autres ses habiletés de chirurgien...
Malgré cette apparente débauche d'hémoglobine, Podz voulait aussi «une caméra froide et distante», en plus d'assumer un choix courageux: l'absence de musique. Une décision «esthétique, pas économique», plutôt «dure à vendre», précise-t-il. «J'aurais pu mettre des violons sur les scènes de torture, et ainsi guider la pensée du spectateur. Mais au montage, ça sonnait faux, tandis que sans musique ça rend la chose plus lourde, plus difficile à porter. Devant cela, le spectateur doit décider.»
Podz reconnaît du même souffle qu'il n'a «aucun contrôle sur la manière dont le message passe», mais il ajoute qu'il n'aurait pas été «honnête, en tant que cinéaste, de ne pas montrer les conséquences de ces actes». Il semble pourtant plus effrayé par les restrictions budgétaires, au cinéma mais aussi à la télé. «En tournant des épisodes de Minuit, le soir avec peu d'argent, j'avais l'impression de me tirer une balle dans le pied. Si je le fais, on décide que mes collègues peuvent le faire aussi. Il y a pourtant des histoires qui demandent un certain budget, une certaine façon de faire. Pour ce film, le tournage a duré 24 jours: quand il faut compter tous les effets et les maquillages, c'est très court. Mais tu ne peux pas toujours t'arrêter à ces questions-là, sinon tu n'as pas une longue carrière de réalisateur!»
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