Réchauffé
Photo : Warner
Mel Gibson dans Aux Frontières des ténèbres, de Martin Campbell
À retenir
- Edge of Darkness (Aux frontières des ténèbres)
- Réalisation: Martin Campbell. Scénario: William Monahan, Andrew Bovell, d'après la série télévisée du même nom écrite par Troy Kennedy Martin. Photo: Phil Meheux. Montage: Stuart Baird. Musique: Howard Shore. États-Unis-Grande-Bretagne, 2009, 117 min.
Edge of Darkness est avant tout présenté comme le grand retour au jeu de Mel Gibson après six ans d'absence, presque huit si l'on considère que son dernier premier rôle remonte à Signs, en 2002. On le sait, Hollywood aime les «come-back». Et tout cela est juste et bon pour peu qu'on apprécie la star, au demeurant très appréciable quand elle s'en tient au cinéma.
Ce que la campagne publicitaire ne mentionne pas, ou en tout cas beaucoup moins, c'est qu'Edge of Darkness est un remake. Les amateurs de longue date de séries policières britanniques se souviendront, eux, à coup sûr, de l'oeuvre originale datant du milieu des années 1980. Laquelle est plutôt mal servie dans sa nouvelle incarnation, disons-le d'emblée.
Pour mémoire, l'intrigue relate l'enquête entêtée d'un policier, le détective Craven, suivant l'assassinat de sa fille sous ses yeux. Croyant initialement être la victime désignée du tueur, le père ravale son deuil et met rapidement au jour un inquiétant complot dont les ramifications s'étendent du laboratoire de recherche qui employait sa fille jusqu'au Sénat. Complot, grande entreprise, politique: on connaît la chanson.
Sur le plan technique, Edge of Darkness est un produit manufacturé avec précision. Martin Campbell, qui signait déjà la mise en scène de la série télé, est manifestement à l'aise avec le matériel et sa réalisation s'avère contrôlée et efficace. À la musique, Howard Shore convoque le souvenir de ses partitions passées de Silence of the Lambs et History of Violence sans trop insister. Quant à Mel Gibson, il opère un retour attachant en y allant d'une interprétation à la fois robuste et sensible.
Le problème, en dépit de la qualité de la source, réside dans le scénario. Tout ce que l'on anticipe survient — et je doute que d'avoir ou non vu la série y change quoi que ce soit. Certes, les scénaristes tentent de brouiller les pistes en ayant recours aux classiques «personnages mystères» dont l'identité et les motifs demeurent flous. Les mêmes efforts n'ont toutefois pas été déployés dans la conception des personnages périphériques, tous typés, à commencer par ceux du sinistre chef d'entreprise et du sénateur véreux. En cela, le film profite plus qu'il ne le mérite du talent d'excellents acteurs de composition, nommément Danny Huston et Damian Young.
Quand il est question de thriller de conspiration, difficile de ne pas penser à la trilogie d'Alan J. Pakula, The Parallax View, All the President's Men et The Pelican Brief; autant de titres prouvant qu'en la matière, il est tout à fait possible d'être à la fois commercial et intelligent, limpide et exigeant. Edge of Darkness fait mine de miser sur les méninges du spectateur, mais a tôt fait de verser dans une violence répétitive assez convenue. Dès lors, le film abandonne ses visées premières, dans l'espoir peut-être de plaire au plus grand nombre. Quoique le but avoué était peut-être effectivement de prendre une bonne histoire bien dense et d'en faire un film d'action hollywoodien standard... Mais là encore, il ne s'agirait que d'une demi-réussite.
***
Edge of Darkness (Aux frontières des ténèbres)
Réalisation: Martin Campbell. Scénario: William Monahan, Andrew Bovell, d'après la série télévisée du même nom écrite par Troy Kennedy Martin. Photo: Phil Meheux. Montage: Stuart Baird. Musique: Howard Shore. États-Unis-Grande-Bretagne, 2009, 117 min.
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Collaborateur du Devoir
Ce que la campagne publicitaire ne mentionne pas, ou en tout cas beaucoup moins, c'est qu'Edge of Darkness est un remake. Les amateurs de longue date de séries policières britanniques se souviendront, eux, à coup sûr, de l'oeuvre originale datant du milieu des années 1980. Laquelle est plutôt mal servie dans sa nouvelle incarnation, disons-le d'emblée.
Pour mémoire, l'intrigue relate l'enquête entêtée d'un policier, le détective Craven, suivant l'assassinat de sa fille sous ses yeux. Croyant initialement être la victime désignée du tueur, le père ravale son deuil et met rapidement au jour un inquiétant complot dont les ramifications s'étendent du laboratoire de recherche qui employait sa fille jusqu'au Sénat. Complot, grande entreprise, politique: on connaît la chanson.
Sur le plan technique, Edge of Darkness est un produit manufacturé avec précision. Martin Campbell, qui signait déjà la mise en scène de la série télé, est manifestement à l'aise avec le matériel et sa réalisation s'avère contrôlée et efficace. À la musique, Howard Shore convoque le souvenir de ses partitions passées de Silence of the Lambs et History of Violence sans trop insister. Quant à Mel Gibson, il opère un retour attachant en y allant d'une interprétation à la fois robuste et sensible.
Le problème, en dépit de la qualité de la source, réside dans le scénario. Tout ce que l'on anticipe survient — et je doute que d'avoir ou non vu la série y change quoi que ce soit. Certes, les scénaristes tentent de brouiller les pistes en ayant recours aux classiques «personnages mystères» dont l'identité et les motifs demeurent flous. Les mêmes efforts n'ont toutefois pas été déployés dans la conception des personnages périphériques, tous typés, à commencer par ceux du sinistre chef d'entreprise et du sénateur véreux. En cela, le film profite plus qu'il ne le mérite du talent d'excellents acteurs de composition, nommément Danny Huston et Damian Young.
Quand il est question de thriller de conspiration, difficile de ne pas penser à la trilogie d'Alan J. Pakula, The Parallax View, All the President's Men et The Pelican Brief; autant de titres prouvant qu'en la matière, il est tout à fait possible d'être à la fois commercial et intelligent, limpide et exigeant. Edge of Darkness fait mine de miser sur les méninges du spectateur, mais a tôt fait de verser dans une violence répétitive assez convenue. Dès lors, le film abandonne ses visées premières, dans l'espoir peut-être de plaire au plus grand nombre. Quoique le but avoué était peut-être effectivement de prendre une bonne histoire bien dense et d'en faire un film d'action hollywoodien standard... Mais là encore, il ne s'agirait que d'une demi-réussite.
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Edge of Darkness (Aux frontières des ténèbres)
Réalisation: Martin Campbell. Scénario: William Monahan, Andrew Bovell, d'après la série télévisée du même nom écrite par Troy Kennedy Martin. Photo: Phil Meheux. Montage: Stuart Baird. Musique: Howard Shore. États-Unis-Grande-Bretagne, 2009, 117 min.
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