Au coeur du ressac
Photo : Mongrel Media
Le réalisateur Patric Jean
À retenir
- La Domination masculine
- Réalisation, scénario, photo : Patric Jean. France-Belgique, 2009, 103 min.
Avant même de prendre l'affiche cette semaine sur nos écrans, le documentaire du Belge Patric Jean était déjà précédé d'échos inquiétants: mise en demeure, menaces de mort à peine voilées à l'approche des Rencontres internationales du documentaire... La cause de tant d'émoi? Le sujet du film, la domination masculine toujours présente, insidieuse, mais aussi, et peut-être surtout, la colère des masculinistes qui s'y prononcent candidement et qui ont réalisé subséquemment que le cinéaste n'érigeait pas un monument à leur gloire. Au menu: livres et jouets pour enfants, conditionnement, violence conjugale, gros chars et taille du sexe.
La Domination masculine n'a rien d'un truc sulfureux usant du scandale comme d'une fragrance. Le choc qu'il suscite n'est engendré ni par des effets racoleurs ni par une technique manipulatrice, quoique les Éric Zemmour de ce monde en disent. La caméra braque un oeil attentif sur chacun. Pour le reste, les propos captés ne sont le fruit que de qui les débitent et de personne d'autre. «La violence psychologique, c'est sûr que ça laisse des traces, mais une claque... ça reste pas!» explique le plus sérieusement du monde un jeune homme. «Oui, il y a eu Marc Lépine, mais ça, c'était une erreur politique» de préciser un autre. Ça vole, ou plutôt ça rampe, à ce niveau-là.
Et si Patric Jean va à la rencontre de ces pauvres bêtes qui ont mal à leur appendice castré, il donne aussi la parole aux femmes, et pas qu'aux féministes. Fait intéressant (représentatif, j'ose espérer que non), des participantes françaises à une séance de speed-dating tiennent un discours d'un traditionalisme affligeant, avec images de protecteur et de valorisation par la jalousie à la clé. On se pince. À l'inverse, une table ronde de féministes québécoises, dont Monique Simard, Pascale Navarro et feue Hélène Pedneault, à qui le film est d'ailleurs dédié, explique en quoi le féminisme actuel est en butte à l'illusion communément acceptée que la lutte de l'équité a été gagnée. On parle du phénomène de ressac qui a accompagné lesdites batailles.
Des témoignages de femmes battues sont entendus, effrayant dans leur froide banalité. Évidemment, ça bouleverse, mais on aurait tort d'accuser Patric Jean de manichéisme ou de malhonnêteté intellectuelle. Certes, des arguments fallacieux ont été nécessaires à ce qu'il puisse infiltrer les groupes masculinistes, mais au final, le documentariste nuance son trait. En effet, il donne également la parole à un homme jadis violent qui a eu le courage de demander de l'aide et qui, depuis, tente de comprendre le pourquoi du comment de ses comportements passés. Il confie poursuivre sa réflexion et être conscient que ça dort toujours en lui, qu'il doit faire attention. Éclairant. À l'inverse, l'attitude victimisante des premiers et leur mauvaise foi, qui seraient drôles si elles n'étaient pas si alarmantes, sont inducteurs de nausées.
On comprend aisément la levée de boucliers de ces messieurs qui ont vu leur pensée mise au grand jour sans le filtre d'un vecteur favorable. On le conçoit, mais on ne ressent aucune sympathie. Au moment d'aborder le massacre de Polytechnique, Francine Pelletier, dont le nom figurait sur la liste des féministes à abattre de Marc Lépine, explique comment ce fut pour elle la prise de conscience que contrairement à ce qu'elle avait cru jusque-là, il y avait un prix à payer à endosser la cause, un prix fort qui pouvait aller jusqu'à un peloton d'exécution dans un établissement d'enseignement. Le contrecoup que les masculinistes devront encaisser, au pire, se résumera à du mépris et quelques doigts accusateurs. Alors pour la pommade, on repassera!
***
La Domination masculine
Réalisation, scénario, photo :
Patric Jean. France-Belgique, 2009, 103 min.
***
Collaborateur du Devoir
La Domination masculine n'a rien d'un truc sulfureux usant du scandale comme d'une fragrance. Le choc qu'il suscite n'est engendré ni par des effets racoleurs ni par une technique manipulatrice, quoique les Éric Zemmour de ce monde en disent. La caméra braque un oeil attentif sur chacun. Pour le reste, les propos captés ne sont le fruit que de qui les débitent et de personne d'autre. «La violence psychologique, c'est sûr que ça laisse des traces, mais une claque... ça reste pas!» explique le plus sérieusement du monde un jeune homme. «Oui, il y a eu Marc Lépine, mais ça, c'était une erreur politique» de préciser un autre. Ça vole, ou plutôt ça rampe, à ce niveau-là.
Et si Patric Jean va à la rencontre de ces pauvres bêtes qui ont mal à leur appendice castré, il donne aussi la parole aux femmes, et pas qu'aux féministes. Fait intéressant (représentatif, j'ose espérer que non), des participantes françaises à une séance de speed-dating tiennent un discours d'un traditionalisme affligeant, avec images de protecteur et de valorisation par la jalousie à la clé. On se pince. À l'inverse, une table ronde de féministes québécoises, dont Monique Simard, Pascale Navarro et feue Hélène Pedneault, à qui le film est d'ailleurs dédié, explique en quoi le féminisme actuel est en butte à l'illusion communément acceptée que la lutte de l'équité a été gagnée. On parle du phénomène de ressac qui a accompagné lesdites batailles.
Des témoignages de femmes battues sont entendus, effrayant dans leur froide banalité. Évidemment, ça bouleverse, mais on aurait tort d'accuser Patric Jean de manichéisme ou de malhonnêteté intellectuelle. Certes, des arguments fallacieux ont été nécessaires à ce qu'il puisse infiltrer les groupes masculinistes, mais au final, le documentariste nuance son trait. En effet, il donne également la parole à un homme jadis violent qui a eu le courage de demander de l'aide et qui, depuis, tente de comprendre le pourquoi du comment de ses comportements passés. Il confie poursuivre sa réflexion et être conscient que ça dort toujours en lui, qu'il doit faire attention. Éclairant. À l'inverse, l'attitude victimisante des premiers et leur mauvaise foi, qui seraient drôles si elles n'étaient pas si alarmantes, sont inducteurs de nausées.
On comprend aisément la levée de boucliers de ces messieurs qui ont vu leur pensée mise au grand jour sans le filtre d'un vecteur favorable. On le conçoit, mais on ne ressent aucune sympathie. Au moment d'aborder le massacre de Polytechnique, Francine Pelletier, dont le nom figurait sur la liste des féministes à abattre de Marc Lépine, explique comment ce fut pour elle la prise de conscience que contrairement à ce qu'elle avait cru jusque-là, il y avait un prix à payer à endosser la cause, un prix fort qui pouvait aller jusqu'à un peloton d'exécution dans un établissement d'enseignement. Le contrecoup que les masculinistes devront encaisser, au pire, se résumera à du mépris et quelques doigts accusateurs. Alors pour la pommade, on repassera!
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La Domination masculine
Réalisation, scénario, photo :
Patric Jean. France-Belgique, 2009, 103 min.
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