Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Avatar: de la paix et des jeux vidéo

    12 janvier 2010 | Yves Picard - Professeur de communication au Cégep André-Laurendeau | Cinéma
    Avant même sa sortie, on a fait valoir que le film Avatar allait écrire l'histoire, tant le déploiement de la technologie qui s'y afficherait serait révolutionnaire. On a parlé de l'équivalent de L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat, cent ans plus tard. Avec les frères Lumière, les images étaient en mouvement; avec Cameron, elles sont maintenant en relief.

    Une chance que le propos du film n'est pas de montrer l'arrivée d'un train: il nous foncerait dessus et les spectateurs fuiraient les salles... Le temps est passé, les entrées au box-office se sont accumulées et, maintenant, c'est au tour de la droite états-unienne, d'obédience républicaine, de faire un plat d'Avatar. Elle allègue que le succès du film est suspect puisqu'il sanctionnerait un esprit anti-américain. On peut en rire ou s'en féliciter, mais pas confondre l'arbre et la forêt. Clarifions les choses.

    Quel que soit le produit, les majors mettent en scène la même stratégie: plaire au plus grand nombre, pour engranger le maximum de recettes. En fait, plus la mise au départ est élevée, plus le produit à l'arrivée est laminé. En termes limpides, plus les budgets sont énormes, plus le résultat est édulcoré, tant il est calibré pour ne froisser personne. Bien au contraire, les majors s'assurent que le produit, cher à produire, fasse applaudir les uns et les autres, l'homme comme la femme, le jeune comme le vieux, le Noir comme le Blanc. Alors, cette fois, on n'aurait pas pensé à la gauche et à la droite? Ce serait bien le comble: Avatar aurait coûté 500 millions, un demi-CHUM.

    Qu'est-ce qu'Avatar? D'un côté, un incroyable joujou, doté de la technologie de pointe, où les images de synthèse font croire au relief. Par ces images en 3D, on pénètre dans un monde inconnu, pour y voir, de près, une faune et une flore, d'abord, puis, pour y participer, longtemps, au combat guerrier, ailé et très armé d'une race contre une autre. D'un côté, personne ne s'en surprendra, Avatar, c'est un jeu vidéo, grandeur IMAX, toutefois sans manettes. Pour prolonger le plaisir avec celles-ci, il suffit de se procurer le jeu vidéo où, selon la plate-forme, le combat se fait aux côtés d'une race ou d'une autre. Tiens, tiens, il y en a pour les uns et pour les autres.

    D'un autre côté, Avatar, c'est aussi un scénario qui fait l'unanimité contre lui: si on loue la forme, on a de la difficulté à ne pas reconnaître que, côté fond, Avatar manque de profondeur. Ce qui, pour un film en 3D est, en soi, le comble de l'ironie. En ce qui concerne son récit, Avatar ne gagnera aucun prix. C'est encore le combat du bien contre le mal, avec un boy meets girl, tout à fait arrangé par le gars des vues pour susciter à la fin les ah après les oh. Le bien, cette fois, est du côté de la nature, des aborigènes, et a des relents de pacifisme, alors que le mal est du côté de la technologie, des humains cupides et belliqueux, et a des relents de militarisme. On peut se féliciter de la victoire de la paix contre la guerre, comme du coeur contre la machine, et voir de façon métaphorique la victoire d'Obama contre Bush, mais il faudrait se garder de trop applaudir.

    La stratégie des majors, qui ont calculé le tir d'Avatar le long de la production, image par image, n'est pas différente de l'habitude. Ils ont simplement joué, cette fois, la forme contre le fond, alors que le plus souvent ils jouent le bon cop contre le bad cop.

    Qu'est-ce qu'Avatar, en effet? Une forme qui promeut la technologie et la guerre face à un fond qui fait pencher la balance du côté de l'âme et de la paix. Yin en 3D et yang en baisers, pour avoir des couples dans les salles. Mais que l'on ne s'y trompe pas, le duel n'est pas égal: les images technologiques font parler d'elles avec louanges, mais les paroles pacifistes sont considérées comme quasi unanimement désuètes.

    Alors, quand la droite s'étonne que le fond soit rouge, il faut rétorquer: oui, mais les images sont bleues. Les néo-conservateurs ne peuvent avoir le beurre et l'argent du beurre. Qu'ils cessent de crier au loup: ce sont les jeux vidéo qui se vendent et ce sont les séquences, où la technologie prime, qui fascinent. Alors, la victoire de l'âme, c'est bon pour les coeurs sensibles. Pour les majors, la stratégie est gagnante: Goliath met en scène la victoire de David et empoche le magot. De la paix et des jeux vidéo aurait pu dire Néron, surtout s'il avait été fabricant de consoles.

    ***

    Yves Picard - Professeur de communication au Cégep André-Laurendeau
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel